Vente PRUVOST Decembre 2001 - Internet WEB access


 

Vente Coll. d’autographes de Pierre PRUVOST

Jeudi 13 décembre 2001

Hotel Drouot

Salle 8 à 14h15

Expert :

Renato Saggiori – Genève

Etude TAJAN - Paris

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IMPORTANT ENSEMBLE D'AUTOGRAPHES

LETTRES ET DOCUMENTS

Historiques Littéraires Artistiques Scientifiques

Collection Pierre PRUVOST - Deuxième partie

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EXPERT

Renato SAGGIORI

Librairie L'AUTOGRAPHE S.A.

1, rue des Barrières CH-1204 GENÈVE (Suisse)

Tél. (+ 41 - 22) 348 77 55 - Fax : (+ 41 - 22) 349 86 74

http://www.autographe.org - E-mail : autographe@autographe.org

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1. AGOULT, Marie de Flavigny, comtesse d' (1805-1876) Femme de lettres française, elle écrivit sous le pseudonyme de Daniel Stern. Egérie et maîtresse de Liszt, mère de Cosima Wagner - TROIS L.A.S., 4 pp. in-2. 1 000/1 500 F

Elle demande à son correspondant de venir retirer chez elle deux exemplaires de son ouvrage et "... entendre ce qui a été convenu... pour les Récits...". Dans son deuxième message, Marie d'Agoult invite (le même ami ?) à venir prendre le thé et le renseigne sur la valeur de "... l'appartement au-dessous de Baucène...". La troisième lettre, signée "Flav[igny] d'Ag[oult]" et écri te sur papier de deuil, se réfère au portrait du comte de Nassau ; la femme de lettres exprime le désir de revoir ce dernier avant d'ajouter : "N'oubliez pas... que l'histoire ne connaît pas la haine..." ! Elle aimerait que l'on fasse savoir "... à Mademoiselle Nathalie (l'actrice ?) que j'aurai grand plaisir à la revoir...", etc.

2. ALBERT Ier de Belgique (1875-1934) Roi dès 1909, il se tua dans les Ardennes en escaladant des rochers - Rare L.A.S., 3 pp. in-8 ; Bruxelles, 8.XII.1922. En-tête à son chiffre couronné. Enveloppe autographe avec sceau. 3 500/5 000 F

Au Maréchal PÉTAIN, le héros de Verdun qui doit, en sa qualité de Président du Comité supérieur de la Guerre, décider du futur de deux officiers inscrits aux cours de l'Ecole de Guerre. Le roi Albert Ier souhaiterait que l'un d'eux puisse rester à Bruxelles afin "... d'achever la partie de l'éducation..." de son fils le futur Léopold III. "... Je veux encore vous remercier du concours si obligeant que vous avez bien voulu nous prêter dans la question de l'éducation de notre fils et laissez-moi vous redire le prix que j'attache aux sentiments à notre égard du chef illustre auquel nous sommes si largement redevables de la victoire qui nous a libérés...".

Vingt-deux ans plus tard, en été 1944, Pétain et Léopold III des Belges seront tous deux - mais pour des raisons opposées - emmenés en Allemagne sous le joug d'Hitler.

Belle et importante missive.

3. ANNE d'Autriche (1601-1666) Reine de France, épouse de Louis XIII dès 1615. Régente de 1643 à 1661, elle s'éprit du cardinal Mazarin qui semble-t-il l'épousa secrètement - P.S., 1 p. in-folio obl. sur parchemin ; Paris, 29.X.1646. 2 000/2 500 F

"Anne... reyne regente de France et de Navarre, mère du roy [Louis XIV] ... désirant gratiffier et favorablement traicter Geneviefve Verdin, veufve feu Isaac... Sr de Longlepie et de Cransac...", lui fait don de la somme de 406 livres 13 sols et 4 deniers qu'elle aurait dû acquitter "... à cause des terres de Cransac et La Motte situées sous la jurisdiction de Vannes en Bretagne...", etc. Pièce contresignée par le c&eacut e;lèbre diplomate Hugues de LIONNE (1611-1671), collaborateur direct de Mazarin et secrétaire des commandements de la reine Anne dès 1646.

4. ANNUNZIO, Gabriele d' (1863-1938) Ecrivain italien, véritable héros national après la première guerre mondiale - Poème autographe, signé de son pseudonyme "Miscione" (?), 1 p. in-8. Ecriture légèrement palie. Sous cadre. En italien. 2 000/2 500 F

Sonnet improvisé, intitulé "A Maria", poème d'amour chargé de ratures et de rajouts commençant ainsi :

"Candida su pe'l ciel l'alba s'affretta

e ai consueti amor' dolce ne invita ;

la tenda tua da palme alte sorretta

biancheggia al sol, dai raggi aurei colpita.

E il mar dinanzi i nostri canti aspetta,

bionda Maria, ed all'amore incita...", etc.

("L'aube claire s'empresse de gagner le ciel / et aux amours habituels, douce elle nous invite / ton voilage tendu par de hauts palmiers / blanchit au soleil, touché par ses rayons dorés / Et la mer devant nous attend nos chants / Blonde Marie, et à l'amour nous incite...", etc)

En 1883, le jeune Poète avait épousé la blonde Marie Altemps Hardouin, duchesse de Gallese, âgée de 18 ans et déjà enceinte de leur premier enfant. Cette union avait fait scandale. Ce poème semble lui être dédié.

5. APOLLINAIRE Guillaume (1880-1918) Poète français d'origine italienne, initiateur de l'"esprit nouveau". Dans son œuvre, le modernisme s'associe à un lyrisme ingénu - Poème A.S. (en tête), 12 vers sur papier réglé in-12. 2 500/3 500 F

Curieux poème romantique, datant des premières années de la Grande Guerre. Ratures et changements.

"... le canon là-bas, tonne son glas ;

Or la lune, veilleuse d'or pâle,

Eclairant la nuit constellée de gemmes pâles

. . . . . . . . . . . . . . .

Semble la lampe merveilleuse

De quelque gigantesque Aladin,

. . . . . . . . . . . . . . .

Et meurt le bruit,

Et meurt la nuit

Voici que point le jour, pâle...".

6. APOLLINAIRE Guillaume - Manuscrit autographe signé, 9 1/2 pp. in-8 ; Paris, automne 1913. 15 000/20 000 F

Texte original chargé de ratures, corrections et rajouts, ayant pour titre "La vie anecdotique" et pour sous-titres "Les énervés de Jumièges - Tombes romantiques - Dîner Tharaud l'aîné", chronique que l'écrivain fit paraître dans la rubrique du Mercure de France, créée tout spécialement pour lui dès avril 1911 ; il la tiendra jusqu'à sa mort.

"Nous avons visité cet été, André Billy et moi, les ruines de l'Abbaye de Jumièges. Elles s'élèvent dans un beau parc où Jean de Tinan errait souvent... Et près du petit musée où l'on conserve la pierre tombale d'Agnès Sorel et le tombeau des Enervés nous vîmes une sorte de cabinet de travail dont la décoration nous ramenait plus de quinze ans en arrière... les portraits de Jean Lorrain, de Willy... caricatures... des gens de lettres vivants, qui furent célèbres et que l'on a presque oubliés...", etc.

Poursuivant leur ballade le long de la Seine, Apollinaire et Billy se rendent ensuite à Villequier où "... survit le souvenir de l'accident qui fit périr... le 4 septembre 1843 quatre personnes parmi lesquelles la fille de Victor Hugo... Une couturière... m'a dit que son père vit le naufrage, tandis que sa mère... veilla les cadavres dans la jolie maison... que l'on appelait alors la maison rouge...". Rares sont les "hugolâtre s", écrit Apollinaire, qui se rendent au cimetière du village, "... Et tandis qu'ils diminuent, le Grand Poète compte chaque jour plus de secrets admirateurs parmi les jeunes poètes... Sur la tombe romantique de la fille de Victor Hugo pousse un rosier blanc avec deux roses épanouies. Je n'ai pas osé toucher aux fleurs, mais j'ai cueilli trois feuilles que je porterai au grand Elémir Bourges...".

Vient ensuite la transcription d'un POÈME gravé sur la pierre tombale d'Auguste VACQUERIE :

"Ma mère avait sa chambre à côté de la mienne...

Je me suis assuré ma place au cimetière

Tout contre elle où nous l'avons couchée...

Ainsi mourir pour moi n'aura rien de troublant

Et ce sera reprendre une habitude ancienne

Que de ravoir ma chambre à côté de la sienne...".

Un dernier regard sur la Seine et sur l'activité de ses pilotes au manteau ciré, et le Poète nous livre les vers suivants :

"Comme l'herbe est odorante

Sous les arbres profonds et verts...".

Puis, changeant d'argument, Apollinaire nous dit, dans ce long article, la sympathie qu'il voue aux frères Tharaud et notamment à l'aîné, "... petit homme mince, agile et robuste... sa tête passée à la tondeuse... C'est ainsi que je me figure les bonzes thibétains...". Après un dîner rustique arrosé de bons vins et "... assaisonné par l'humeur gaillarde et les obscénités des convi ves... l'on décida de fonder les dîners du litre, où mensuellement quelques dîneurs, triés sur le volet, inviteraient un rageur notoire à ne pas présider la réunion...".

Magnifique document littéraire, rédigé vers la fin de l'été 1913 après que Louise Faure-Favier, qui espérait réconcilier Guillaume avec Marie Laurencin, eût entraîné ces derniers avec une petite bande - dont faisait partie André Billy et Dalize - pour de brèves vacances en Normandie. On se promena de Villequier à Yvetot, Caudebec et Saint-Wandrille, on s'amusa beaucoup, et si le résultat espéré ne fut pas atteint, il nous reste néanmoins ces quelques pages romantiques qu'Apollinaire confia au Mercure de France.

7. ARAGON Louis (1897-1982) Ecrivain et poète français. Parti de l'aventure Dada, il s'en alla fonder le mouvement surréaliste en 1923 - Manuscrit A.S., 7 pp. in-4 pleines ; Paris, vers 1923/1924. 15 000/20 000 F

Première ébauche (avec ratures et corrections) de la fameuse "Préface" insérée dans son ouvrage "Le Libertinage", recueil de textes de l'écrivain publié en 1924. Cette "Préface" est d'une extrême importance tant pour la connaissance de l'auteur à cette date-là (il allait bientôt amorcer une évolution bien connue) que pour celle du climat intellectuel du surréalisme , dont Aragon était en 1924 le représentant le plus conscient avec André Breton.

Dès les premières lignes, le Poète déclare son "émancipation" en tant qu'individu et écrivain. La longueur de ce texte, que l'on serait tenté de rapporter ici dans sa totalité, ne nous permettra hélas de n'en extraire que quelques courts passages.

"... J'ai laissé parler ma nourrice pendant vingt cinq années. C'est au bout de cette patience perpétuée que je vais enfin lui montrer de quoi je me sens capable. Publier un livre de contes... ne s'imposait pas. Cela, je l'impose. A force de hausser les épaules sans répondre, tous ceux qui portaient en eux quelque véritable feu humain ont laissé se former un faux idéalisme de Mi-Carême, et si l'un d'eux proteste con tre les niaiseries que l'on donne pour frontières à son esprit, les hypocrites l'applaudissent et le traitent de sceptique. Je portai d'abord assez allègrement cette épithète arbitraire. Il me gênait peu qu'on méconnut une fureur que je me sentais. Des années passèrent... En France tout finit par des fleurs de rhétorique... Eh bien non : je ne permettrai pas plus longtemps la mascarade...", etc.

Au début du second paragraphe : "... L'obsession de l'amour, après le scepticisme... Je ne fais pas de difficulté à le reconnaître... Il n'y a pour moi pas une idée que l'amour n'éclipse. Tout ce qui s'oppose à l'amour sera anéanti... Ainsi, s'expliquent pour moi et ma vie et mon insolence...", etc.

Aragon s'en prend ensuite aux adversaires de "... notre liberté de penser et d'écrire au nom de l'idée de crime, de vice ou d'hérésie...", comme Léon Daudet ou Bourget. "... Paul ELUARD me disait un jour que c'est la faute à Dieu s'il y a un diable... Acceptons... l'épithète de messianique... A l'idée traditionnelle de la beauté et du bien, nous opposerons la nôtre, si infernale qu'elle parai sse. Des messianiques et des révolutionnaires j'y consens...".

"... Le marquis de SADE, écrit-il plus loin, en butte aux persécutions depuis cent quarante années n'a pas quitté la Bastille...", par contre, dans les écoles, on enseigne "... Montaigne, Corneille, Molière... Napoléon, Flaubert, Balzac et la Chèvre de M. Séguin ! Et voyez donc quelle eau de boudin s'écoule de cette salade : Anatole FRANCE... Marcel PROUST et Charles MAURRAS ! Voilà deux points d'e xclamation, en voulez-vous un troisième ? Il suivrait le nom de Mr COCTEAU... Faites de grands hommes, petits eunuques...", etc.

Aragon est ravi d'avoir été traité de "crapule" et explique "... à ceux que mes goûts inquiètent, que j'aime Victor HUGO, Emile ZOLA et Henri BATAILLE... Je suis et je resterai contre les partisans de la sottise et ceux de l'intelligence... Voilà comment nous avions imaginé un jour que nous étions quatre ou cinq chez André BRETON, par écœurement peut-être en tant de crétins... qu'au mou vement Dada (1918-1921) venait succéder un état d'esprit absolument nouveau que nous nous plaisions à nommer le mouvement flou...". Ce sera le SURRÉALISME !

Document littéraire de tout premier ordre.

8. BALMAT Jacques (1762-1834) Guide alpin originaire de Chamonix, il effectua avec le Dr. Paccard la première ascension du Mont-Blanc en 1786 - P.S., 2 1/3 pp. in-4 ; Chamonix, 29.VI.1824. 6 000/8 000 F

"Reconnaissance" en faveur de Marie Elisabeth Pot, par laquelle "... Jacques, fils de feu Jean-François BALMAT, né et habitant au lieu des Pellarins, Commune de Chamonix, promet payer... la somme de cinq cent vingt cinq Livres anciennes de Savoie... et pour sureté de quoi le dit Balmat a obligé sous clause de constitut tous ses biens présents et à venir...", etc.

Ce document, rédigé sous seing privé et sur papier timbré, porte à la fin la rarissime signature autographe ("Jacque Balmat") du célèbre alpiniste, ainsi que celles de deux témoins et amis, Pierre-Victor Charlet et Joseph Favret.

Une note du 19 mars 1825 stipule que la dette fut ce jour-là "entièrement soldée et acquittée".

9. BARBEY D'AUREVILLY, Jules (1808-1888) Romancier français, polémiste virulent et dandy fasciné par l'étrange et le satanique - L.A.S., 1 p. in-8 à l'encre rouge ; "Ce matin mercredi" (16.I.1856 ?). 1 500/1 800 F

A un "Cher ami", probablement Armand DUTACQ (1810-1856), administrateur du journal de l'Empire, Le Pays, afin qu'il fasse savoir au secrétaire de rédaction du journal, Lhéritier, qu'il "... a raison, rigoureusement parlant ; qu'il fasse donc la correctionindiquée...". Et Barbey d'Aurevilly d'ajouter sur un ton un peu sarcastique : "... il faut que les points soient sur les i. Ce détail m'avait échappé. Ô inatt ention !...". L'écrivain rappelle à Lhéritier sa promesse de faire paraître son article sur Stendhal "... cette semaine... soyez ma voix près de lui...", etc.

A noter que quelques mois plus tôt (fin 1854), Baudelaire se plaignant d'une interruption dans la publication des contes de Poe par Le Pays, demandait à Barbey d'Aurevilly d'intervenir auprès de Dutacq et du "bon, aimable et charmant" Lhéritier...

Barbey d'Aurevilly collabora au Pays de 1851 à 1861 et ses articles de critique littéraire furent repris dans la série Les Oeuvres et les Hommes dont les quinze volumes verront le jour entre 1860 et 1895.

10. BARBEY D'AUREVILLY, Jules - L.A.S., 1 p. in-8 ; sans lieu ni date. 1 800/2 000 F

L'écrivain souhaiterait vivement que son correspondant (le directeur d'une revue ?) fît sans lui : "... Je suis au travail et fais plus que si j'allais causer chez vous... Je peigne Le Girardin ! Vous l'aurez jeudi pouillé convenablement... Ecrivez-moi que vous pouvez vous passer de moi... ; j'ai trop perdu de temps...". Et Barbey d'Aurevilly d'avouer qu'il était en effet bien chez lui "... quand votre homme est venu, mais calfeutré..." ; !

11. BARRÈS Maurice (1862-1923) Ecrivain et homme politique français, il célébra les valeurs morales nationalistes - CINQ L.A.S., 8 pp. in-8 ; vers 1900/1923. 800/1 000 F

1) A Couturier, dont les vers sont beaux mais... impubliables dans sa revue : "... sans que je sache nettement pourquoi... des vers donnent à un journal un air littéraire, un aspect de revue et fait fuir l'immense public. Et l'immense public, c'est ce qui nous manque. Ni... la Libre Parole, ni l'Echo ne met de vers. Je n'en demande ni à Coppée, ni à Déroulède..." ;

2) A un éditeur, pour lui faire parvenir le chapitre 14, oublié ;

3) A un "cher ami" dont Barrès lit les articles dans le journal des Débats : "... il ne peut m'être désagréable que cette étude soit signalée..." ;

4) Il remet une invitation à plus tard : "... j'ai dit à vingt jeunes : Vous me trouverez toujours l'après-midi...", etc.

5) Le 31 octobre 1923 enfin, peu avant sa mort, il sollicite l'intervention d'un confrère député dans une affaire qui risque de mettre en danger la solidité de son immeuble parisien.

12. BEAUHARNAIS, Eugène de (1781-1824) Fils de l'impératrice Joséphine, il fut adopté par Napoléon Ier qui le nomma vice-roi d'Italie. Excellent officier, il avait failli périr devant Saint-Jean-d'Acre - L.A.S. "Le prince Eugène", 2 pp. in-folio ; Monza, 30.VIII.1805. 2 500/3 500 F

Eugène s'adresse à Napoléon Ier, alors au faîte de sa gloire, qui désirait savoir ce qu'il était advenu de ses décrets. Le jeune Prince, fidèle serviteur de l'Empereur, a "... l'honneur de prévenir Votre Majesté que j'ai donné l'ordre... de faire exécuter pour le 12 Septembre au plus tard le complet de l'approvisionnement... quoique le décret ne le demande que pour le 21 Septembre...". Il v a en outre se renseigner sur ce qui reste de disponible "... en pièces de campagne avec leurs munitions. A Vérone les pièces et munitions sont arrivées ; mais il n'y a pas de quoi mettre une pièce en batterie ni de magasins dans le fort prêts à les recevoir...", etc.

A Milan, où il fut le plus loyal, intelligent et actif lieutenant de l'Empereur, Eugène allait constituer une armée de 80.000 hommes ; celle-ci se distingua dans toutes les Campagnes napoléoniennes.

13. BEAUHARNAIS, Eugène de - L.A.S., 2 1/2 pp. in-8 ; (Munich), 17.I.1821. 2 500/3 000 F

Après la chute de l'Empire, le prince Eugène, devenu duc de Leuchtenberg, s'était réfugié auprès de son beau-père, Maximilien Ier de Bavière, pour ne plus se consacrer qu'à sa famille et à l'éducation de ses enfants.

En ces premiers jours de l'année 1821 qui verra la mort de Napoléon Ier, il s'adresse affectueusement à la veuve du maréchal Murat, l'ex-reine Caroline Bonaparte, dont une récente lettre lui avait enfin apporté des nouvelles. "... Je ne comprends pas pourquoi - s'étonne-t-il - l'on veut tant s'occuper de celui [Eugène lui-même] qui ne cherche d'autre bonheur que dans l'intérieur de sa famille et dans l'attachement du très petit nombre de ses amis...".

Quant aux nouvelles de l'extérieur : "... rien de nouveau... la plus grande tranquillité, l'existence la plus simple et la plus uniforme tant qu'on voudra bien nous en laisser jouir ne nous empêchant pas de lever bien souvent les épaules sur les folies sans nombre de ce siècle...", etc.

Rare lettre de ce Prince très aimé, mort à l'âge de 43 ans.

14. BEAUHARNAIS, Amélie-Augusta de Bavière (1788-1851) Femme du précédent, fille du roi Maximilien Ier - L.S., 1/2 p. in-4 ; Eichstadt, 31.VIII.1822. 500/800 F

Après la mort de Napoléon Ier, l'un de ses fidèles compagnons à Sainte-Hélène, le valet de chambre Louis MARCHAND, avait fait parvenir à l'ancienne vice-reine d'Italie des médaillons (renfermant vraisemblablement des souvenirs de l'Empereur). "... très touchée de cette attention...", Amélie-Augusta lui répond ici qu'elle a chargé le baron Darnay de lui remettre de sa part "... une bo& icirc;te d'or comme un témoignage de ma satisfaction et du prix que je mets à votre envoi...".

15. BEAUHARNAIS Hortense (1783-1837) Reine de Hollande, fille de l'impératrice Joséphine et mère de Napoléon III - L.A.S., 1 p. in-8 ; 30.IV.[1809]. 3 000/3 500 F

Hortense, qui vient d'apprendre la victoire d'Eckmühl (22 avril) dit ici sa satisfaction à l'archichancelier CAMBACÉRÈS : "... Vous devez savoir les belles victoires aussi bien que moi, vous avez peut-être même le bulletin que nous ne connaissons pas encore...". Sa mère, l'impératrice Joséphine vient de recevoir une lettre de Napoléon datée du 26 : "... il se porte très bien, est toujours tr&egr ave;s content de ses affaires... le courrier nous a dit que l'on parloit... de son départ pour Passau...". Il semblerait aussi que les forces russes, que dirige le grand-duc Constantin, s'avancent, etc.

Très meurtrière, notamment pour le corps d'armée du maréchal Davout, la victoire d'Eckmühl (Bavière) enlevait à l'archiduc Charles sa ligne d'opération ainsi que la route de Vienne et le repoussait sur la Bohème.

16. BERGSON Henri (1859-1941) Philosophe spiritualiste français. Prix Nobel en 1927 - L.A.S., 2 pp. in-8 et TROIS cartes de visite autographes (dont deux signées) ; St Cergue (Suisse), 12.VIII.1930, ou sans date. 1 000/1 500 F

A un éminent confrère, pour commenter son dernier et remarquable ouvrage de psychologie et le féliciter pour la pertinence de ses analyses. "... C'est bien un traité, en ce que toutes les manifestations de la vie psychologique y sont étudiées... et en ce que toutes les principales opinions y sont résumées et critiquées...", etc.

Les trois cartes sont envoyées à l'écrivain René BOYLESVE ; elles lui apportent les remerciements de Bergson "... pour cette marque de sympathie, qui me touche profondément...", pour une invitation (refusée) et pour l'envoi "... de ce livre si attachant, et d'une forme si pure. Votre personnage est singulièrement vivant, en dépit des contradictions... ou peut-être en raison de ces contradictions mêmes, car il y a des dissonances avec lesquelles un artiste peut faire de l'harmonie...".

17. BERNHARDT Sarah (1844-1923) L'illustre tragédienne française - L.A.S., 2 pp. in-12 ; Paris, 1889. Papier de deuil. En-tête à son chiffre. 600/800 F

L'actrice, dans la perspective d'une prochaine pièce, déclare qu'elle "... serait très heureuse d'avoir de nouveaux documents sur Jeanne d'Arc..." ;elle compte sur l'aide de son correspondant et l'attendra "... lundi... de onze heures à midi...".

18. BERNHARDT Sarah - MENU du "Complimentary Luncheon to Madame Sarah Bernhardt" donné à Londres le 2 juillet 1901 par les membres du New Vagabond Club. Signatures autographes de CINQ illustres convives. 600/800 F

Repas organisé lors d'une représentation de L'Aiglon d'Edmond Rostand, où l'on dégusta entre autres des "Filets de Sole Valeska" et une... "Bombe L'Aiglon" ! Pièce signée par Sarah BERNHARDT ainsi que par les écrivains Anthony HOPE HAWKINS (1863-1933), Robert HICKENS (1864-1950), le critique d'art dramatique Clement SCOTT (1841-1904) et la célèbre danseuse américaine Loïe FULLER (1862-1928).

19. BERRY, Charles Ferdinand, duc de (1778-1820) Second fils de Charles X, il mourut assassiné - L.A.S., 4 pp. in-4 ; Alost (Belgique), 10.V.1815. 600/800 F

Longue et belle lettre sur l'état des troupes royalistes pendant les CENT JOURS. Certains soldats manquent d'articles "... d'une nécessité indispensable..." : habits, souliers, coiffures... D'autre part, l'argent fait cruellement défaut et "... le soldat, même Royaliste, qui passe (déserteur de l'armée napoléonienne !) veut avant tout être payé...". Cette missive relate aussi qu' "... à la cavalerie légère montée il y a eu hier un mouvement insurrectionnel de la part d'un M.al des logis... et un simple : le dernier a envoyé... promener son officier... le menaçant de le tuer et disant... qu'il retournerait joindre Buonaparte...", etc.

20. BERRYER Pierre Antoine (1790-1868) Avocat français, homme politique royaliste très influent à son époque - L.A.S., 3 pp. in-4 ; Paris, 14.VI.[1844]. 1 500/1 800 F

Intéressante missive sur la conduite qu'allait suivre le parti légitimiste après la mort (3.VI.1844) à Goritz du duc d'Angoulême, devenu le chef des royalistes après la disparition de son père, le roi Charles X.

Berryer remercie le duc de CLERMONT-TONNERRE de l'avoir immédiatement informé de l'événement : "... La mort de cet auguste prince a produit ici une émotion grave... C'est pour nous comme royaliste et comme français un désolant spectacle de voir s'éteindre ainsi dans l'exil les Chefs de cette grand maison royale de France...". Puis, plus loin : "... à ceux qui réfléchissent sur le cours des choses.. . Henry V apparaît aujourd'hui à découvert, avec son droit... Plus que jamais en ce moment on mesure le péril et la honte de l'état des affaires du royaume au dedans et au dehors. Qui ne sent, qui ne voit aujourd'hui que le pouvoir actuel est sans vie réelle, sans avenir ? Mais tous redoutent l'événement qui viendra renverser ce squelette demeuré debout...".

On sent ici que la fin d'une époque inquiète le politicien royaliste qu'était Berryer, lequel semble rechercher prudemment une nouvelle stratégie : "... loin de nous tout ce qui inspirerait la crainte des réactions, des prétentions et des dominations de parti...", etc.

21. BONAPARTE Elisa (1777-1820) Sœur aînée de Napoléon Ier qui la fit souveraine de Toscane - L.A.S., 1 p. in-4 ; Viareggio, 14.XII.1805. 2 000/2 500 F

A l'un de ses proches, dont les lettres "... sont si aimables que je vous réponds moi-même malgré ma paresse...". Ecrite à la fin de l'année 1805, cette missive se situe donc au début de l'Empire napoléonien qui s'affirme au prix de batailles incessantes dans toute l'Europe, comme le confirme d'ailleurs ici Elisa : "... Nous avons eu un moment d'inquiétude sur le débarquement des Anglo-Russes. A présent no us sommes tout à fait rassurés et la mémorable bataille du onze [frimaire an XIV = 2 décembre 1805 = AUSTERLITZ] a fini toutes nos craintes...".

La princesse de Lucques et de Piombino dit encore son affection pour "... La jolie Christine... mon aimable filleule...", remercie pour les attentions accordées à Madame La Place et annonce un probable voyage à Paris, bien qu'il ne faille selon elle "... jurer de rien et toujours espérer ce qu'on souhaite...".

Autographe peu commun.

22. BONAPARTE Jérôme (1784-1860) Roi de Westphalie, dernier frère de Napoléon Ier et souche de la lignée actuelle du prétendant au trône impérial de France - P.S. "Comte de Hart", 1 p. in-4 ; Naples, 2.V.1815. 1 000/1 200 F

Lorsqu'il apprend, à Trieste, le retour de l'Empereur de l'île d'Elbe, le prince Jérôme se met en voyage pour la France sous le nom de "Comte de Hart". De Naples, où son bateau fait étape (un mois avant que les Bourbons n'y reviennent le 9 juin), il prie le banquier Labrosse, de Trieste, "... de payer à Monsieur Antoine Passano d'Ancone... la somme de trois mille francs qu'il a payée pour moi..." lors du passage du Prince dans ce port de l'Adriatique. Puis, dans un post-scriptum de deux lignes, Jérôme demande que l'on fasse savoir à sa femme, Catherine de Wurtemberg, qu'il jouit d'une bonne santé.

Très rare signature !

23. BONAPARTE Joseph (1768-1844) Roi de Naples puis d'Espagne, frère aîné de Napoléon Ier - L.A.S., 2 pp. in-4 ; Mortefontaine, 14.IX.1804. 2 500/3 000 F

Importante missive relative à l'expédition d'Angleterre, adressée à son frère Lucien BONAPARTE qui avait depuis peu rompu tout rapport avec l'Empereur. "... Nap[oléon] est dans un moment d'indécision. Je ne pense pas qu'il fasse rien pour les affaires intérieures avant l'Expédition, cependant cette Expédition aura-t-elle lieu avant le couronnement ? Cette cérémonie aura-t-elle lieu avant l'Expé dition ? Lorsque je l'ai quitté il y a 15 jours à Boulogne, il m'a semblé que rien n'était encore décidé dans sa tête...".

Quant à la question du "partage" du nouvel empire entre les membres de la famille Bonaparte, il est préférable, selon Joseph, que Lucien n'en attende aucun avantage dans l'immédiat : "... Il a été question de l'Italie pour moi, ce qui n'empêcherait pas l'exécution de sa promesse pour toi. Tu dois cependant sentir que je suis engagé d'honneur, d'après ce qui s'est passé, à rester en France. Si l'on pouvait amener l'Empereur à rejeter sur toi toutes les vues de grandeurs...", etc., etc.

24. BONAPARTE Joseph - L.A.S., 2/3 p. in-4 ; Naples, 10.III.1808. 1 500/ 1 800 F

Roi de Naples depuis 1806, Joseph est sur le point de recevoir (7.VII.) la couronne d'Espagne. Il écrit ici au jeune officier Aimé-Marie-Gaspard de CLERMONT-TONNERRE, le futur duc et ministre sous le Restauration, pour lui annoncer l'arrivée probable de l'amiral Ganteaume au port de Tarente. Celui-ci étant parti de Corfou, "... on le croit à la hauteur de Zante le 2 mars. Mr Roeder a été porteur d'une lettre de l'amiral qui prescrivait au contre-amiral Cosmao de le rallier... Il est dans l'ordre des choses possibles que toute l'Escadre vienne à Tarente. Continuez à faire travailler aux batteries...", etc.

25. BONAPARTE Pauline (1780-1825) Sœur préférée de Napoléon Ier, princesse Borghèse et duchesse de Guastalla - L.S. "P.", avec cinq lignes autographes, 2 pp. in-8 ; Pise, 18.XII.1822. Adresse sur la IVe page et cachet de cire rouge. En italien. 1 500/2 000 F

Intéressante lettre à Giuseppe VANNUTELLI, son avocat et homme de confiance à Rome concernant ses affaires et la famille Bonaparte. La princesse, qui vendait ses bijoux pour trouver des fonds à placer, montre de l'humeur contre la proposition médiocre du négociant romain Arceri, disposé à ne payer que 4000 "francesconi" pour sa collection d'opales quand "... je les ai vus refuser à l'impératrice d'Autrich e pour 7500 fr. : tout Rome le sait...".

Vannutelli est sur le point de se rendre à Paris ("... è una cosa molto essenziale, perchè si tratta di cose molto vistose...") ; elle le prie de continuer à la renseigner sur la santé de Madame Mère "... et de me dire toujours la vérité..." ; elle regrette d'avoir refusé à son frère Jérôme "... la villa..., mais elle aurait été inconfortable pour lui et tout &a grave; fait abîmée pour moi...", etc.

Pauline termine sa lettre par quelques lignes de sa main où elle réitère ses recommandations à propos de sa villa et de sa mère, se plaint qu'il fasse froid et triste et évoque le régime qui lui est imposé par son médecin : "... io faccio tutto per la mia salute che soffre veramente molto..." (je fais tout pour ma santé qui est vraiment très mauvaise).

26. BUGEAUD Thomas (1784-1849) Maréchal de France, duc d'Isly après sa victoire de 1844 sur les Marocains. Vainqueur en 1836 et 1837 d'Abd el-Kader en Algérie où, très populaire auprès de la troupe, il est immortalisé par la chanson "As-tu vu la casquette du père Bugeaud" - DEUX L.A.S., 3 pp. in-4 ; Exideuil, 29.VIII. et 7.IX.1833. Adresses et marques postales. Fentes réparées (scotch ayant laissé d es taches). 600/800 F

La première missive est adressée à la veuve d'un de ses capitaines, mort en Espagne en 1832 ; Bugeaud lui promet d'intercéder en faveur de son fils, "... un brave qui marchera sur les traces de son père...".

Dans la lettre du 7 septembre, le maréchal donne copie de son message au ministre de la Guerre dans lequel il rappelle que le capitaine Mazard est "... mort... des suites de plusieurs blessures reçues sous mes yeux... On ne vit jamais un officier plus intrépide, plus dévoué à son pays et à l'honneur...", et autant admiré par les "Carlistes" français, les partisans du roi Charles X exilé lors de la R& eacute;volution de juillet 1830.

27. BUGEAUD Thomas - L.A.S., 1 1/2 pp. in-4 ; Exideuil, 12.VII.1838. 500/600 F

A un officier qui avait semble-t-il remplacé le général Valée à un poste convoité par Bugeaud, ce qui conduit ce dernier a écrire un peu hypocritement : "... Bien que je puisse avoir quelques prétentions à ce commandement, je vous assure que je me réjouirai... Vous avez été si aimable pour moi que j'ai conçu pour vous un attachement qui ne me permet pas la jalousie...", etc. En 1840, ce se ra Bugeaud qui succédera au maréchal Valée comme Gouverneur général de l'Algérie.

28. BUGEAUD Thomas - L.S., 1 p. in-8 ; Alger, 27.VIII.1844. En-tête : Gouvernement Général de l'Algérie. 800/1 000 F

Treize jours après sa brillante victoire d'Isly sur l'armée marocaine commandée par le fils - et futur Sultan - de Moulay Abd er-Rahman, le maréchal Bugeaud s'adresse au colonel BARRAL, à Tlemcen, et donne aux vaincus un premier signe de bienveillance en accordant la liberté à l'un des leurs. "... J'ai promis aux Mokhasins qui sont venus me trouver à Aïn-Tinzi, porteurs d'une lettre de Sidi Mohamet - fils de l'empereur du M aroc - de mettre en liberté... Mohamet ben Zeir qui était à lella Maghrnia prisonnier... Un des marocains nous a accompagné [depuis Isly] et part avec les escadrons pour Tlemcen ; vous pourrez lui faire remettre le prisonnier...", etc.

Le 10 septembre suivant on signait avec le Maroc la convention de Tanger qui mettait fin aux tentatives d'occupation de territoires algériens de la part du Sultan.

Dans la marge supérieure, note A.S. du colonel Barral qui renvoie l'ordre à l'un de ses subalternes : "Faites... mettre l'homme en liberté et gardez la lettre...".

29. [Révolution de 1848] BUGEAUD Thomas - L.S., 2 pp. in-4 ; [24.II.1848]. Pièce jointe. 3 000/4 000 F

SUPERBE LETTRE HISTORIQUE au général Tallandier renfermant ses consignes sur la manière de réprimer l'insurrection de février 1848. "... Vous êtes informé que le Roi [Louis-Philippe] m'a nommé Commandant en chef des troupes..., en même temps il a appelé Mr Thiers et Mr Barrot pour former un cabinet... Vers six heures, le g.al Sebastiani... se dirigera de votre côté, en traversant les quartiers de la P ointe St Eustache et des Halles. Attaquez vous même de votre côté toutes les barricades... N'employez que 25 ou 30 hommes pour attaquer une barricade, en ayant soin de faire charger les fusils avec deux balles, et de ne faire feu sur l'ennemi qu'après avoir pris la barricade à la course. Un peloton formé sur deux rangs marchera derrière le peloton d'attaque... faisant feu, s'il est nécessaire... Si vous avez à attaquer des masses compactes [d'insu rgés parisiens !] n'hésitez pas... à les aborder après une décharge à deux balles faites de près...", etc. Et Bugeaud de conclure : "... Agissez beaucoup autour de vous... C'est par l'action incessante et vigoureuse que nous triompherons de tout...".

Au bout de quelques heures d'effort, le roi Louis-Philippe s'étant enfuit des Tuileries, le vieux maréchal de France dut se résigner à quitter ses fonctions, et dès le lendemain, 25 février, la république était proclamée. Entre-temps hélas, le général Tallandier avait si bien exécuté les ordres reçus qu'un épouvantable massacre s'en était suivi et pour la seule barricade du boulevard des Capucines, la fusillade fit 52 morts et des centaines de blessés...

On joint une L.S. du même, une page in-8 datée du 18 février 1848, où Bugeaud recommande un professeur au ministre Duchâtel. En-tête imprimé : Maréchal Duc d'Isly.

30. BYNG John (1704-1757) Amiral anglais. Marin estimé, il fut condamné à mort et "arquebusé" à bord du vaisseau Le Monarque en rade de Portsmouth pour avoir été battu par les Français devant Mahon - L.S., 3 pp. in-folio ; Vado (Savone), "à bord du Boyne", 6.VIII.1748. 1 000/1 500 F

Au maréchal de RICHELIEU, gouverneur de Gênes, pour reprocher aux Français la violation de l'armistice en CORSE : "... si les troupes de S.[a] M.[ajesté] T.[rès] C.[atholique] avaient observé aussi Religieusement que nous, l'exécution des Préliminaires, qui exigent, que les Parties Belligerentes restent in Statu quo dans les endroits où elles se trouveront, l'affaire de Nonza ne serois pas arrivés... : si les troupp es de france s'étoit tenû sous Bastia ceux de S. M. S. et de Sa M. l'Imp.e R. [Catherine II de Russie] aurois resté sous St Fiorenzo...Ú". "... il est bien connû à tout le monde que le Roy mon Maître [George III d'Angleterre] a toujours été un exemple à tous les Princes de l'Europe de sa Religieuse observation dans l'exécution de tous ses Engagements...". L'amiral Byng ne peut prendre la décision de rendre les pr isonniers capturés à Nonza (Bastia), et cela en vertu de la capitulation signée, dont le maréchal de Richelieu ne semble pas bien informé, d'autant que ces prisonniers, embarqués sur un vaisseau de guerre, sont ceux du général Cuniane.

La prise, par les Français commandés par Richelieu, des forts de Mahon (Minorque), en 1756, entraînera l'exécution de John Byng bien que celui-ci n'eût fait que son devoir lors des combats...

31. CATHERINE de Médicis (1519-1589) Reine de France, femme d'Henri II et mère de trois rois et de deux reines ! - L.S., avec souscription autographe, 1 p. in-folio ; Fontainebleau, 6.II.1547 (en fait 1548). Adresse au dos. 2 500/3 500 F

 

Reine depuis quelques mois - Henri II ayant succédé le 31 mars 1547 à François Ier - la jeune Catherine répond par la négative à la demande que son parent, le duc de Florence Cosme Ier le Grand, lui avait formulée. "... J'ay... entendu par V.re ambassadeur la créance suyvant laquelle J'ay supplyé le Roy... faire pourveore de l'evesché de Vannes Mess.r Laurens Puccy. Mais il en avoit [dé]jà pour veu le fils du gouverneur de mon fils...", etc.

Depuis un demi-siècle, le siège épiscopal de Vannes était en effet attribué à des prélats italiens. Dès 1514 trois membres de la famille florentine Pucci, proche des Médicis, s'y succédèrent ; il semblait donc tout naturel qu'un quatrième Pucci s'y installât. Pourtant, la décision d'Henri II (ou bien celle de Catherine ?) fut tout autre : Charles Ier de MARILLAC (1510-1560), célè bre diplomate et grand maître de la maison du dauphin [François II] en fut pourvu ; on attendit cependant deux ans avant de le nommer (1550).

Autographe rare de cette époque.

32. CATHERINE de Médicis - L.S., 1 p. in-folio ; Orléans, 13.XI.1568. Adresse au verso. Bords effrangés, défauts (traces de scotch). 2 500/3 000 F

Intéressante missive au baron de FOURQUEVAUX (1509-1574), ambassadeur français auprès du roi Philippe II d'Espagne, se rapportant aux tentatives engagées par les Protestants, guidés par le prince Guillaume de Nassau-Orange, dans le but de venir en aide aux Huguenots français et d'envahir les Pays-Bas espagnols.

Bien que la direction "... des affaires de ce Royaume..." revienne désormais à son jeune fils le roi Charles IX qui a atteint sa majorité depuis quelques mois seulement, l'ancienne régente tient à être informée des incidents qui pourraient avoir lieu dans le royaume, et notamment aux frontières. Elle prie son correspondant de remercier en son nom le roi d'Espagne, "... mon beau-fils, des bons offices, de la bonne amiti& eacute; et intelligence qui est entre ces deux couronnes que nous recepvons de mon cousin le duc d'Albe, et l'asseurer aussi qu'en correspondant à celà, si le desseing du prince d'Orange n'eut changé, que le secours qu'avions accordé... [au] duc d'Albe estoit sur la frontière prest à entrer..." dans les Flandres pour affronter les Huguenots, coupables d'avoir rompu la paix signée à Longjumeau le 27 mars 1568.

La lettre est contresignée par le célèbre Nicolas de NEUFVILLE, seigneur de Villeroi (1542-1617), secrétaire d'Etat depuis 1567, qui fut au service de quatre rois de France.

33. CATHERINE de Médicis - P.S., 1 p. in-folio obl. sur vélin. 3 500/4 000 F

"Caterine par la grace de dieu Royne de France, mère du Roy..." ordonne à l'Intendant général des Finances, Nicolas MOLÉ, de payer, sur les deniers provenant de la vente des offices de receveurs, contrôleurs, greffiers, avocats, etc., la somme de 6000 écus d'or soleil dont le roi fait don au Sieur PINART, conseiller et secrétaire d'Etat, en "... considération des grands, laborieux et recommendables services qu'il a cy devant faicts, tant au Roy... que à nous...", etc.

Contresignée par l'homme d'Etat et diplomate Guillaume de L'AUBESPINE (1547-1629).

34. CAVOUR, Camillo Benso, comte de (1810-1861) Homme d'Etat piémontais, l'un des pères fondateurs de l'Italie en 1861 - L.A.S., 2 pp. in-8 ; sans date. 2 000/2 500 F

Belle lettre adressée au député français Alexandro BIXIO (1808-1865) ; originaire de la Ligurie, celui-ci était le frère du général garibaldien Nino Bixio. "... Je suis charmé que vous approuviez l'envoi à Naples de Nigra. Les gérontes hurlent ; les ambitieux grognent, les adversaires calomnient : je n'en suis nullement ému...". Avec la majorité à la chambre, Cavour est convaincu qu e l'Unité italienne se fera ; les investisseurs français seront ainsi rassurés, notamment si les frères Péreire voudront bien s'engager : "... Les garibaldiens impuissants dans le parlement, n'oseront rien tenter dans les rues...", etc.

 

CÉLINE

Louis-Ferdinand Destouches, dit

(1894-1961)

Ecrivain brillant et paradoxal, il a révolutionné l'écriture

par l'introduction du langage parlé, souvent argotique

 

 

 

Important choix de lettres adressées par Céline à Charles DESHAYES pendant les années difficiles de l'après-guerre, au temps de l'épuration et de la chasse aux sorcières qui se termina, pour l'écrivain, par une condamnation par contumace et à la dégradation nationale, entre autres...

Journaliste à Lyon, Deshayes s'était entiché de Céline. Pendant trois ans, avec beaucoup d'abnégation et de maladresses, il s'est efforcé de l'aider en lui procurant de la documentation et en lui rendant de multiples petits services. En outre, Deshayes brûlait d'aider l'écrivain "maudit" de sa plume en adressant, notamment à ses adversaires, des libelles belliqueux d'une qualité médiocre. Ces écri ts provocateurs exaspéraient généralement Céline qui pensait à juste titre que sa meilleure stratégie était de se faire oublier provisoirement, et attendre l'apaisement de la vindicte populaire.

Cela entraînait l'écrivain à adresser périodiquement au pauvre Deshayes de féroces volées de bois vert, d'autant injustes que Céline, suivant son humeur, soufflait successivement le chaud et le froid et que les libelles qu'il reprochait à Deshayes étaient souvent le fruit de ses instructions contradictoires ! C'est précisément ce que témoigne cette correspondance jusqu'au jour où Céline, qui n e se révèle pas beau joueur, pour répondre à l'irrespectueux Deshayes, le 4 octobre 1950, finira par lui adresser une enveloppe... vide. Deshayes écrira sur l'enveloppe ce commentaire bref et amer : "La dernière goujaterie de Ferdinand !".

N.B. : Les dates que nous mentionnons proviennent du cachet postal imprimé sur l'enveloppe.

35. L.A.S., 2 1/2 pp. in-folio ; [Copenhague, 29.VII.1947]. Enveloppe. 6 000/8 000 F

Depuis un mois, Céline est libre, s'étant engagé sur parole à ne pas quitter le Danemark. Il dénonce avec vigueur, dans cette lettre, les "inventions" de France-Dimanche dont le texte publié "... est un faux, ce journaliste, un fantôme... J'ai vu pour la dernière fois DEAT dans les rues de Sigmaringen, il y a 3 ans !... Tout est inventé... Je suis las d'opposer des démentis... Je n'ai plus qu'un mot, une p ancarte : Merde !... JE SUIS LE PLUS FRANÇAIS DES FRANÇAIS, LE MOINS TRAITRE DES FRANÇAIS..." !

 

Il évoque les compromissions de personnages célèbres : "... COLETTE, elle a sorti son mari juif de Drancy... et de Vogué, des caves de Champagne, le magnat du mousseux, grand chef d'un grand maquis, il a été sauvé du poteau sur intervention personnelle directe de PÉTAIN... - lettre de grâce d'HITLER lui-même...". Et puis encore "... ARAGON et TRIOLET ? Ils m'ont arraché le Voyage [au bout de la nuit] ripatouillé, en 1934, puis les sonnets, sans autorisation, ensuite d'office...". Quant à "... CLAUDEL, COCTEAU, SARTRE [ils] n'ont jamais eu tant de triomphes que sous la botte allemande. Quels ingrats !... GUITRY en ce temps chiait la copie à pleines colonnes sur la France au travail... Et puis : Merde et Remerde ! Ma vie est trop douloureuse...", etc.

36. L.A.S., 2 pp. in-folio ; [Copenhague, 12.VIII.1947]. Enveloppe. 12 000/15 000 F

Cette missive est d'une importance capitale car Céline y définit de façon pittoresque et précise sa philosophie paradoxale sur le racisme et la question juive !

"... La hargne seule demeure la haine insatiable - tantôt huguenote, communiste, camisarde, libératrice... N'importe quoi... Quant aux juifs, il ne faut considérer la question que dans le sens pratique, je pense. Se mêler d'antisémitisme, même en chuchoter, c'est souvent se précipiter dans les pire supplices...".

"... Et puis notre civilisation est juive sur tout en tout... [Le Juif] crèvera avec nous, nous crèverons avec lui. Il n'y a entre nous que des querelles de famille. Les racistes hitlériens étaient des damnés farceurs. Vivent les juifs ! jamais assez : Vivent les juifs !... Fumiers sur fumiers, les aryens ne les valent pas. Si j'avais à revivre !...".

Selon Céline, "... la question jaune et noire se pose et commande tout, écrase tout... et la question mécanique, le progrès matériel, l'énorme fornication d'Asie, et l'hygiène et l'avion, emportent tout... toutes ces folichonneries... émoustillent la jeunesse... Je me sens vieux et pêcheur à la ligne ! Je me fous énormément à 53 ans du monde. Pourvu que l'on ne me contraigne pas à retourn er en prison...".

"... Toutes mes ambitions, vanités, orgueil, superbe, je renonce à cela...", son seul souhait étant, "... et cela est ardu, retourner en famille, au Père-Lachaise, entre mon père et ma mère...".

37. L.A.S., 2 pp. in-folio ; [Copenhague, 28.VIII.1947]. Enveloppe. 5 000/6 000 F

Pour une fois, grâce à l'intermédiaire de Marie Canavaggia, Céline est enchanté de ses rapports avec ses éditeurs lyonnais : "... Nous allons voir comment ce coquin... va m'entuber ; ce sera cocasse. Tous les points je crois les connaître, mais la proie est facile dans mon cas ! Une édition de 5000 me paraît bien miteuse. Et Mort à crédit et Guignol's... On travaille bien à Lyon...".

Il a reçu le livre sur l'amnistie et va le dévorer : "... L'amnistie c'est un peu l'affaire Calas pour Voltaire. Cela se terminera presque outre la mort des intéressés... lentement crevés au bagne, d'ahurissement et d'âge... Tout ce qui dépasse pour l'homme 3 ou 4 ans de délai n'a plus de sens... On me fait dégueuler du sang dès qu'on me parle de l'avenir ! Quel foutre menteur, canaille, escrot, monstre peut parler de demain ?...".

38. L.A.S. (init.), 2 pp. in-folio ; [Copenhague, 12.IX.1947]. Enveloppe. 4 000/5 000 F

"... Pour ce qui me concerne, dans les conditions actuelles, rien à dire, rien à faire... Vous pensez que mes ennemis sont parfaitement fixés. Ils ont le pouvoir et c'est tout... En agitant mon histoire j'aggrave mon cas... J'ai trop servi de polichinelle, croquemitaine, lustucru, gog et magog ! Non - le Silence...". La question militaire est selon Céline "... ce qui domine tout sur notre planète... Tout le reste est blablablas... Tous ces gens préparent une autre guerre [début de la guerre froide !]. En attendant les valets d'armes et du prétoire... s'amusent, torturent, expédient... foudroient les déchets de la dernière boucherie... Passe temps...". "... Le sérieux est de... n'émoustiller en rien les bourreaux. Ils ne demandent qu'à s'amuser... Il faut amuser la foule entre 2 guerres... Caliban est voyeur et sadique. Et puis Caliban sera dépéché & agrave; son tour... Ainsi va la danse...", etc.

39. 2 L.A.S. (dont l'une de ses initiales), 4 pp. in-folio ; [Copenhague, 25 et 30.IX.1947]. Enveloppes. 6 000/8000 F

Les projets d'édition semblent s'être envolés, le "... Cheval Ailé... horrifié, ne voulant point même envisager un tirage restreint de Céline... Ainsi le bonhomme est un dégueulasse foireux..., le fait m'est certifié par des bons amis de Genève. Je compte d'ailleurs là-bas des sûrs ennemis : Jaloux, Fabre-Luce, etc... Frimat s'aligne... Il aide aussi les russes... et ARAGON... Tout cela ne sautera qu'&ag rave; la bombe atomique... Rigoler de tout est encore le moins sot des partis. D'indignation contre ces macaques motorisés ? Certes non... Quel cirque...".

Cinq jours plus tard, Céline manifeste ses doutes sur l'avenir et imagine une imminente invasion russe ! "... Il faut 48 heures aux Russes pour arriver à Quimper. A ce moment là par enchantement tous les français poseront culotte et ils auront, miracle, déjà un marteau tatoué sur la fesse droite, une faucille sur la fesse gauche ; sur le cœur : de GAULLE ; sous un bras : HITLER, sous l'autre : PÉTAIN... Des gens sérieux - C'est de cela dont manque l'Europe depuis 50 ans - de gens sérieux...".

40. L.A.S. (init.), 3 1/2 pp. in-folio ; [Copenhague, 15.X.1947]. Enveloppe. 15 000/20 000 F

Importante missive contenant des réflexions amères sur ses difficiles tractations avec ses éditeurs en vue de la réédition du Voyage au bout de la nuit, ainsi que de féroces considérations sur la politique du ministre de la Justice [le socialiste André MARIE] et des explications tendant à prouver qu'il n'a jamais été "antisémite" mais "pro Aryen".

Céline partage l'avis de Deshayes : "... ce Trimat est un porc sournois... remportez le livre et que tout soit dit. La maquerelle qui remplace DENOEL, m'écrit de New York qu'elle brûle de me rééditer...". Quant au ministre de la Justice, il "... s'exprime avec un cynisme bien d'époque qui n'est pas pour me déplaire. Je pense comme lui qu'il n'y a rien à chiquer pour les gens de mon espèce au cours de cette g&eacu te;nération...", etc.

Après un long paragraphe sur les Français, les "Ricains" et les Russes qui "... poussent à l'épuration...", Céline finit par conclure que le "... dernier français réél c'est Vercingétorix..." !

Plus loin, il se dit écœuré par la "... question juive... Que les philosémites s'engagent dans l'Irgun et qu'ils nous foutent la paix. Ils ont du boulot en Arabie ! Ils rabattent les mêmes conneries d'avant le déluge... La question juive n'existe plus. Je n'ai jamais été anti sémite mais pro Aryen, et pro Français surtout. Il y a aussi beaucoup de cons chez les Juifs. Je ne demandais pas leur destruction. Je leur demandais de ne pas nous pousser vers l'hystérie de la guerre. Ils ont trouvé maintenant un nouvel HITLER : l'Arabe. Tout en politique est pourri...".

Et Céline de s'en prendre pêle-mêle à tout le monde : "... Les Allemands étaient d'ignobles jouisseurs, égoïstes et lourds et abrutis... plus menteurs que les Juifs - HITLER en tête - Ils ont maquereauté l'idéalisme de certains (dont moi-même)... ils méritent tous les supplices. Ils sont plus responsables encore que les Juifs de l'état où nous nous trouvons. HITLER un peu honnête devait rendre les armes en 1941. Le mélimélo de conneries, de fourberies, de sadisme, de paranoïa est inextricable...", etc. Extraordinaire texte dans le plus pur style enragé de Céline !

41. L.A.S. (init.), 2 pp. in-folio ; [Copenhague, 10.XI.1947]. Enveloppe. 5 000/6 000 F

L'écrivain s'en prend violemment à Dumontier et ironise sur le sort de ses confrères CLAUDEL, COCTEAU, MAURIAC, ARAGON, SARTRE, MALRAUX...

"... la lettre... est admirable de cauteleuse haine... Le chiard Sacha [GUITRY] a révélé qu'il avait rédigé avec lui l'épître à PÉTAIN !... De plus je l'ai écorché, je crois, dans Bagatelle ! Mais il voulait SARTRE entre MALRAUX et ARAGON... Qu'a-t-il souffert l'immonde sous la Botte [allemande] ?... Autant que Claudel ? Cocteau ? Mauriac ?... Aragon... Je me demande qui est le plus à dégueuler de toute la Bande ?...". Et Céline, désabusé, de conclure : "... C'est amusant ! Rions !...".

42. L.A.S., 2 1/2 pp. in-folio ; [Copenhague, 2.XII.1947]. Enveloppe. 6 000/8 000 F

Céline met dans le même sac des journaux collaborationistes Paroles Françaises et Je suis Partout et s'engage dans une longue critique sans pitié du célèbre chroniqueur de Radio-Paris, Jean HEROLD-PAQUIS, fusillé le 11 décembre 1945 au fort de Montrouge (ou de Chatillon, nos sources varient !).

"... Voici des articles fort bien venus. Tentez votre chance. Ils ont fait silence sur BARDECHE...". Maurice B. (1909-1998) venait de publier sa Lettre à François Mauriac, ouvrage attaquant, pour la première fois depuis la libération, et avec une extrême violence, la législation de l'épuration.

"... Ces Paroles françaises me semblent assez bizarrement orientées. - poursuit l'exilé - Elles me font penser à Je suis Partout... Ils se valent tous - même mouture... HEROLD-PAQUIS, je l'oubliais. Ses mémoires ! Ce satané petit Cacatoès me haïssait évidemment...". Céline ne connaît pas la raison de cette haine, n'ayant rencontré Hérold-Paquis que pendant cinq minutes chez Gen-Paul : "... Ces gens de la propagande m'ont toujours fait horreur. Aboyeurs salariés ils feraient massacrer un continent pour s'entendre déconner au micro. Pousseur au crime, tous les vices de l'écrivain en pire cabotinage...".

Ce chroniqueur radio "... allait signer ses boniments dans les librairies, comme ARAGON, et pire que le justixisme pourtant assez obscène. Il n'est jamais venu à Sigmaringen... Il m'a sali d'outre tombe, la petite charogne... Il a soigneusement évité d'écrire que j'avais simplement pratiqué la médecine... Le sale esprit... Il a inventé une mission en Suède dont je n'ai jamais été chargé... Quand tout a écroulé on m'a dit : foutez le camp... C'était le sauve qui peut ! Les F.F.I. étaient dans la Forêt Noire, le canon des Alliés tonnait passé Strasbourg...", etc.

43. L.A.S., 6 pp. in-folio ; [Copenhague, 17.I.1948]. Enveloppe. 12 000/15 000 F

L'écrivain revient sur l'affaire SARTRE. Il ne lui pardonne pas de l'avoir accusé de trahison dans Les Temps Modernes et demande à Deshayes de donner un maximum de publicité à la chose en communiquant notamment le dossier à une vingtaine de personnalités : ARLETTY, GEN-PAUL, PARAZ, DARAGNÈS, Marcel AYMÉ, Dr. CAMUS, Milton HINDUS, etc.

"... L'affaire SARTRE devient bien amusante... Il faudrait faire photographier la lettre de T... et le texte de votre propre lettre et envoyer le tout surtout à Jean PAULHAN et... tous autres...".

"... Oui, le Traité de la Délation est délicieux... Il devait paraître aussi le Dictionnaire des girouettes... N'empêche qu'on fusille encore tous les jours. Il n'y aura de cesse que le suivant... Le celte est méchant, sec, racuneux, pas volage du tout...".

Après voir donné la liste des personnes auxquelles adresser ledit "dossier", Céline ajoute en post-scriptum : "... Je crois qu'il serait bon que vous citiez... textuellement les lignes de l'accusateur SARTRE - le nez dans le caca...". Il prépare d'autre part une réponse pour les Cahiers de Paulhan, etc.

En décembre 1945, Sartre avait publié dans Les Temps modernes la première partie de ses "Réflexions sur la question juive", titrée Portrait de l'antisémite, où la phrase "Si Céline a pu soutenir les thèses socialistes des nazis, c'est qu'il était payé..." avait inspiré à l'auteur de Bagatelle pour un massacre le plus violent pamphlet qu'on ait jamais écrit contre Sartre : "A l'agité du bocal". Paru en 1948, Céline s'y plaint que, par une telle affirmation, Sartre a voulu le faire assassiner.

Dans l'impossibilité de trouver, fin 1947, un éditeur pour son texte, Céline le fit paraître vers le milieu de l'année 1948 dans le "Gala des vaches" d'Albert Paraz.

44. L.A.S., 5 1/2 pp. in-folio, datée "le 2 mars" [Copenhague, 3.III.1948]. Enveloppe. 8 000/10 000 F

Céline s'en prend violemment à ses éditeurs et évoque la création par lui d'une Société d'édition fictive pour contrer les manœuvres ou l'inaction des héritier de Denoël.

Sorlot va tirer une édition limitée d'un "... ballet très anodin Foudres et flèches. Il n'a qu'une qualité : d'avoir été écrit en prison...". Quant à PAULHAN, il compte "... publier dans ses Cahiers, le premier chapitre de Casse-pipe. C'est tout (gratuit). Pour le reste de mes livres, c'est une ignoble pagaïe..." L'héritière de Denoël "... me bloque, ne me tire pas, ne me paie p as... Dans la chiasse où elle se trouve de l'épuration...". Et puis on lui réclame "... 600.000 frs de contribution due à PÉTAIN ! Au surplus mes contrats avec Denoël sont nuls, léonins ; clause de rupture...".

Tout cela lui suggère l'idée de constituer "... une maison d'édition fictive à mon nom, et bien attendre que... [Denoël] me fasse un procès pour le crime d'éditer mes propres livres... Bien entendu, cette maison par contre... appartient à un éditeur réel en son nom. Seule astuce...".

Il est ensuite question d'une interview inventée et publiée par un journaliste de l'Ordre, qui le "... diffame depuis 1936, invente les pires saloperies en délire... En '39 Stibio, reprenant le texte de l'ignoble falsification Sampaix de l'Humanité, m'y accusait de comploter une révolution nazie à Paris. On m'avait vu bras dessus bras dessous aller porter le texte du protocole de cette révolution avec DARQUIER DE PELLEPOIX... Le texte était soi-disant de ma main !!!... Il s'agissait bien sûr de me faire arrêter par MANDEL et puis de me faire exécuter sur les bords du Loing... Sampaix, lui, il a été fracassé. Oh !... Quant à Stibio, il doit avoir bonne mémoire. Mai moi aussi, exquise...", etc.

45. L.A.S., 3 pp. in-folio, datée "Le vendredi" [Copenhague, 22.III.1948]. Enveloppe. 8 000/10 000 F

Première lettre citant Milton HINDUS ! Céline y évoque le concours inattendu qu'il vient de recevoir de ce professeur américain, et juif, de l'Université de Chicago et les accusations assez invraisemblables que le Quai d'Orsay colporterait à son encontre dans les consulats français du monde entier.

"... Pour vous amuser : Milton Hindus, professeur... et juif, me défend en Amérique. Il a entrepris des conférences sur mes livres - Réactions hostiles - Haro ! des ennemis du lieu - demandent au Consulat... des documents accablants...". Le consulat possède un dossier transmis par les services culturel du ministère des Affaires étrangères et que reproche-t-on à Céline ? "... D'avoir remplacé Menetr ell auprès de PÉTAIN à Sigmaringen..." alors que l'écrivain réaffirme n'y avoir jamais vu le maréchal ("... il détestait mes livres - Je l'ai engueulé dès l'école..." !) et que d'autre part Menetrell "... était agent de l'Intelligence Service auprès de Pétain...".

Enfin, dernier reproche officiel : "... J'aurais en 1943 demandé à être naturalisé allemand et on m'aurait évincé. Pourquoi mon dieu ! Le plein délire... on ne s'embarrasse pas pour me recouvrir de n'importe quelle ordure... Et en a-t-on fait du barouf pour les faux bordereaux ESTERHAZY-DREYFUS..." !

L'amitié - littérairement importante - entre le jeune correspondant américain et Céline ne résistera pas longtemps, mais l'écrivain y trouvera cependant matière à encouragement. En 1951, paraîtra la traduction française du livre-témoignage de Milton Hindus ("L.-F. Céline tel que je l'ai vu") qui consacra leur brouille.

46. L.A.S. (init.), 2 pp. in-folio ; [Copenhague, 24.IV.1948]. Enveloppe. 5 000/6 000 F

Céline craint que toute publicité intempestive ne mette en péril sa fragile sécurité : "Oh... il ne faut de grâce ne publier du tout plaquettes, articles, etc. Le vent m'est absolument contraire. Je suis un traître symbolique. Cela vaut mille morts... Je reçois les plus mauvaises nouvelles de Paris. Je dois redoubler d'insignifiance. Je suis la dalle funéraire sur laquelle tous les ratés, les ignominieux, les furieux du monde peuvent venir caquer impunément. Je suis... un chiot littéraire. Voilà une institution d'Etat !...".

On veut le priver de tout, le réduire au silence : "... Pas de vitrines [pour ses livres]. Pas de conférences... Rien - Zéro... Pas de photos ! Tout cela fait mal, très mal. En tôle encore... C'est moi qui y vais !...".

47. L.A.S., 2 pp. in-folio, datée "Le 7 mai" [Copenhague, 1948]. Enveloppe. 3 500/5 000 F

Il fait allusion à un travail accompli par son étonnant ami juif américain, Milton HINDUS, puis attaque violemment la politique, cette "immonde charognerie" !

"Voici une conférence à la Radio de l'Université, Chicago, par Milton Hindus, mon ami juif de là bas...", écrit Céline qui pense la faire passer à la Ligue. "... Ah ! Je ne reculerai devant rien pour sortir de mon gouffre... Voyez... je ferai un pacte avec les 36 Diables pour sortir de cette merde où je croupis et suffoque...". Puis, à propos de la politique : "... une immonde charognerie... [où ] seules les charognes peuvent y prospérer. Malheur aux pauvres idéologues ! ils ne sont que risées et viande à guillotine...", etc.

48. L.A.S. (init.), 2 pp. in-folio, datée "Le vendredi" [juin 1948]. Enveloppe. 5 000/6 000 F

Curieuse lettre au sujet de Pierre MAC ORLAN. Céline se livre avec délectation au "jeu vieux" qui consiste à dénoncer les origines probablement juives de personnages célèbres en rapprochant notamment leur nom patronimique d'un nom juif.

"... Je ne crois pas à la justice, je ne croix qu'en la mauvaise foi et la force...", écrit Céline, qui s'explique : "... Lâcheté ? non ! Simple raison. J'ai déjà beaucoup trop parlé... Je suis otage...". Cependant "... Mac Orlan se débrouille - La pirouette est amusante. Lui précisément l'auteur de La Cavalière Elsa... Il sent le vent... Il veut mourir dans son lit. Donner les pote s, bien sûr... Pourquoi pas ?...". Puis il continue : "... Marat ? hum... c'est tout de même bien probable... A ce jeu on peut s'amuser longtemps. Robespierre ? Rubinstein ?... Voltaire Arouet - Aaron - ... Ney ? on le dit. Murat ? presque surement. Thibaut - Anatole France - presque sûr... Mais Mozart ? Mauser ? ah vous n'avez pas fini !... Dans un siècle sémites, antisémites... vaudront Hittites... simonistes... jansénistes... Ne vous tarrodez point l'esprit. Irgun... Sionistes - Sternistes se mitraillent déjà !...".

49. L.A.S. (init.), 18 pp. in-folio, datée "Le mardi" [Klarskovgaard, 23.VIII.1948]. Enveloppe. 60 000/80 000 F

Céline et LE VIGAN en Allemagne.

Missive d'une longueur et d'un intérêt exceptionnels, un véritable manuscrit relatant le séjour que Céline fit en Allemagne pendant huit mois, de juillet 1944 à mars 1945. Il s'agit du texte que l'écrivain suggère à Deshayes d'inclure dans le pamphlet dont il souhaiterait maintenant la publication, dans un premier temps déconseillée.

Après avoir exprimé son dédain pour un certain Monsieur de LESVAIN ("... personnage... immonde, une crapule infime, bourrique, un vieux fonctionnaire du Gt Prussien, comme l'appelait Marion..."), Céline défend son comportement en Allemagne et demande "... qu'on me foute à moi la paix, qu'on ne m'agace pas avec Sigmaringen. Je dois être un des très rares acteurs du drame... qui ait le droit de juger et conclure. Je suis le roc sur lesquels tous les bateaux de bobards viendront se briser...".

"... Médecin de jour et de nuit pendant 8 mois, j'ai soigné (avec mon confrère) des centaines de milliers de réfugiés... dans des conditions effroyables... Mr de Lesvain... avait table ouverte chez le Cdt de police SS (bien connu à Paris) Baumelburg... Brichelonne n'est pas mort à Berlin, mais en Prusse... Un médecin voit tout et fait tout..." et il est dans l'intérêt de "... tous les rédacteurs fan taisistes de mémoires..." de le respecter. "... Les médicaments que je distribuais aux malades... je les ai toujours payés de ma poche, et souvent fait venir de Suisse en contrebande et strictement à prix d'or... Fables que les accouchements sur la paille, etc. Faribole aussi l'assassinat DORIOT !...".

D'autres commentaires, fort désobligeants, sont réservés à Bernard FAY et Alphonse de CHATEAUBRIANT. Mais la partie la plus intéressante de cette lettre réside dans les DIX pages (sur 18 !) consacrées à l'affaire LE VIGAN : "... C'est un malheureux. Je l'aime bien, mais tel qu'il est - sa nature... au théâtre comme à la ville : Judas. Il ne peut pas s'empêcher de dénoncer tout et à tous et partout... Je crois être encore le seul à m'occuper de lui dans sa prison à Rouen...". Céline rappelle qu'il l'a déconseillé "... de s'embrigader à Radio-Paris... il avait des ambitions, être star de cinéma à la Continentale !... d'ailleurs plein de talent. Mais avec sa femme... ils travaillaient aussi pour la Gestapo et les SS... Une de leurs occupations... consistait à me dénoncer aux SS comme défaitiste et agent possible des Anglais... Je n'en voulais pas à Le Vigan. Il me rejoint en Allemagne... Il avait l'ambition de remplacer Mercadier auprès de LUCHAIRE à l'information... A Sigmaringen, il s'est institué masseur, branleur de Mme Luchaire..."

Lorsque l'écrivain a proposé à Le Vigan de devenir son infirmier, celui-ci a refusé : "... J'ai fini par lui foutre une tripotée en pleine rue... Cela se passait en présence d'OLTRAMARE, le Suisse. J'avais pourtant tout fait pour le sauver..." ! De plus, "... pendant que nous étions avec ma femme à Rostock en train d'essayer de lui dénicher une planque il nous a dévalisé !... Enfin, le malheureux a eu... de la loyauté et de l'héroïsme lors de son procès, le Président lui tendant bien sa perche pour qu'il m'accable...". Et Céline de citer les phrases qu'échangèrent Le Vigan et le Président ("... bien entendu les journaux ont imprimé tout le contraire. J'avais un auditeur aussi dans la salle !...") afin que chacun sache qu'il n'est pas, comme certains l'écrivent, "... l'ami lâche de Le Vigan dans le mal heur. C'est tout, absolument, monstrueusement, le contraire...", etc.

Céline termine cette longue lettre en priant Deshayes de joindre "... à votre opuscule, la lettre à SARTRE : A l'agité du bocal..." ; il lui recommande de faire savoir à tous qu'il est "... un roc fatal aux bobards. L'on me contourne, évite, respecte - J'en sais de trop jolies...", etc.

Document biographique de première importance.

50. L.A.S., 4 pp. in-folio ; [Klarskovgaard, 27.IX.1948]. Enveloppe. 10 000/12 000 F

Lettre à la fois étonnamment injurieuse et stupéfiante lorsqu'on sait que le destinataire, Deshayes, est un des meilleurs et plus fidèles amis de Céline !

 

"... Vous vous foutez, en vérité, énormément que je retourne en cage ou non. Ce qu'il vous faut, c'est votre succès littéraire... Le coup, le même, m'est proposé dix fois par semaine... vous délirez tous de la même façon. Pour mes banalités ! Vous êtes capables tous de tuer votre mère pourvu qu'on parle de vous... Vous parlez de prison comme un serein - Passez-y d'abord 2 ans. On ne peut pa rler de prison qu'après, pas avant...". Et, plus loin : "... L'attitude politique que vous prenez est romantique et stupide...

Cela flatte votre vanité... Vous poussez au crime, aux assassinats... On peut toujours faire se battre les hommes. L'honneur consiste à les empêcher de se battre. Vous exciterez des malheureux à l'antisémitisme, et ils seront abattus ou en cellule... Je connais toute cette connerie... Je la répudie absolument - Idiote et criminelle...".

"... Mon cas me regarde et moi seul - conclut l'écrivain - Gardez-moi de mes amis, telle est ma devise - Ravalez votre manuscrit... Pleurez sur Drumont, indignez-vous sur Vercingétorix, sur le Pape, mais pas sur moi !...".

Une vraie gifle pour Deshayes ! Néanmoins, subjugué par son génial et injuste interlocuteur, il continuera à correspondre avec lui comme si de rien n'était jusqu'en octobre 1950, date à laquelle il ne recevra de Céline qu'une enveloppe... vide ! (voir plus loin dernier lot Céline)

51. L.A.S. (init.), 1 p. in-folio ; [Klarskovgaard, 7.X.1948]. Enveloppe. 2 500/3 500 F

L'exilé, qui se méfie des initiatives de Deshayes et évoque ici ses nombreux avocats, probablement pour le dissuader en franc-tireur.

"... Cette initiative belge est idiote... Paraz sort le Gala des Vaches. C'est-à-dire 30 de mes lettres. Cela paiera son sanatorium. Vous verrez les réactions... Mon avocat est à Paris. Il a vu mes avocats français, Nadaud, Fourcade, Tixier-Vignancourt. Bla bla bla... les événements... se stabilisent... Renverser cette magnifique marionnette ! Y pensez-vous ! Les fous comme HITLER sont malgré tout, rares...".

52. 2 L.A.S. (init.), 3 pp. in-folio, datées "Le 17 oct." et "Le 2 nov." [Klarskovgaard, 1948]. Enveloppes. 5 000/6 000 F

Il vient d'apprendre par ses avocats que les Cours de justice dont il relève doivent être supprimées le 1er janvier 1949. Il ne veut cependant pas rentrer en France, craignant de se trouver devant un Conseil de guerre...

"... Il y a du nouveau ! Les Cours spéciales doivent être bouclées... Mikkelsen rentre de Paris... Il a vu mes trois avocats... et surtout, plus intéressant, mon Juge d'instruction... Après toutes ces balivernes, il est clair que je vais être passé à la casserole... Deux crimes ! Je suis parti pour ne pas être épuré, égorgé...".

En refusant de se soumettre "... à la majestueuse imposture de ces Cours d'Assassins...", Céline sait ce qui l'attent : "... Mon compte est bon ! Au moins 20 ans, et saisie etc.... Ça ne changera rien à ma misère...".

A la seconde lettre est jointe la coupure d'un article paru dans France-soir sous le titre "Alphonse de Châteaubriant jugé par contumace". Céline est inquiet du fait que "... Fourcade, mon autre défenseur farceur prétend que [les Cours de Justice] ... poursuivent bel et bien leurs galipettes indéfiniment. Qui croire ?...". Il demande, en post-scriptum, le verdict du procès d'A. de Châteaubriant qui, selon l'article, s'est enfuit en Allemagne : "... l'on perd sa trace à Sigmaringen...". Céline, à ce propos, ajoute le commentaire suivant : "Petit écho qui me fait présumer que j'appartiens à la même charette...".

53. 2 L.A.S. (init.), 3 pp. in-folio, datées "le 30" et sans date [Klarskovgaard, 28.X. et 14.XI.1948]. Enveloppes. 4 000/5 000 F

L'écrivain se moque amèrement d'un auteur sans scrupules qui a évoqué à tort son nom et publié une fausse photo de lui dans un ouvrage sur Sigmaringen.

 

"... Voici une ultime merde... Inutile de vous dire que même la photo est fausse...". Il ne connaît ni Le Guernec, ni Quesnoy et n'a jamais vu ce dernier à Sigmaringen. "... Ce n'est même plus de la haine aveugle, mais de la haine hallucinée qui me trouve dans le portrait d'un autre, et rajeuni ! 20 ans au moins ! Ah je pardonnerais tout, mais cette cravate à rayures !...".

Deux semaines plus tard, Céline revient sur ce faux portrait : "... Je n'aime pas les photos. Je les ai même en horreur... Je pense qu'il serait bon de faire celles-ci, bien posées, signalétiques, prises ici à l'hôpital entre deux séjours en cellule...", etc.

54. L.A.S (init.), 2 pp. in-folio, datée "Le Jeudi" [Klarskovgaad, 10.II.1949]. Enveloppe. 5 000/6 000 F

Depuis quelques mois, Céline et Lucette occupent l'un des trois pavillons que l'avocat Mikkelsen a mis à leur disposition près de Korsör, au bord de la mer Baltique. La monotonie des lieux est rompue par le travail, mais l'isolement finit par déprimer l'écrivain. "... Hélas ! Je ne suis pas à Copenhague. Mais au diable gelé ! à 120 Kil de la ville ! et pas un sou pour me rendre en ville !... Je vais chercher l'eau en brouette ! C'est 14 Kil à pied pour mettre une lettre à la poste !...".

Il ne désire plus qu'une chose "... une seule, strictement, sortir de mon état d'Hors la loi, revenir dans la Loi. Tout le reste m'agace, m'excède, m'écœure, ajouté à ma misère... Non, ne venez pas pour moi... Fatigue, maladie, misère, ne veulent que du silence...".

Texte poignant, surtout lorsqu'on sait le succès dont jouit l'œuvre de Céline de nos jours et les prix extraordinaires auxquels se vendent ses manuscrits...

55. L.A.S. (init.), 4 1/2 pp. in-folio, datée "Le 21" [Klarskovgaard, avril 1949]. Enveloppe. 8 000/10 000 F

Le retour du printemps semble avoir un effet bénéfique sur le moral de l'écrivain. Cette intéressante lettre concerne Sacha GUITRY dont Céline méprise l'opportunisme mais applaudit le talent.

"... Attention... Guitry n'a jamais été sali par La France au Travail, ni par La Gerbe ; il y était au contraire chéri... Mais voyons, quand on a le talent de Guitry on n'est pas Juif ! Il a été accusé de Juiverie par le Pilori et le journaliste... a été sommé par la Propagandastaffel d'aller présenter ses excuses à Guitry... Assidu de l'ambassade [allemande] et adulé par les Abetz ! Le bonhomm e s'est parfaitement compromis, totalement, comme LIFAR. Passer maintenant pour un résistant... Galéjade... Ceci dit, son livre est excellent... Mais si l'on vient aux précisions, je serais plus chatouilleux...".

Quant à "... l'origine juive ou pas de Guitry, le doute subsiste. Il s'est vanté d'origine nobiliaire sous l'occupant... J'ai entendu mille choses... Il a été fabriqué par les BERNHEIMS, marchands de tableaux. Cela est sûr, il est leur enfant adoptif... Ils lui ont monté son théâtre...". Céline juge "tendancieux" et "lacunaires" les écrits de Guitry, mais il lui pardonne- enfin, pas to ut à fait ! "... Il se défend comme il peut... mais dire que la fille est vierge ! NON ! Elle a été baisée, enculée pépère. On régularise !... tant mieux ! Je veux bien même être témoin...".

56. L.A.S. (init.), 1 1/3 pp. in-folio, datée "le 9" [Klaskovgaard, décembre 1949]. Enveloppe. 5 000/6 000 F

A Deshayes. "... De grâce écrivez-moi toujours : DESTOUCHES - Jamais CÉLINE. C'est un nom qui fait tiquer, même ici...", s'exclame Céline avant d'évoquer d'une lettre de "... G S P... partie contre l'avis de la censure... Brasillach Impérator - Oh... il y a exil et exil... comme V. HUGO, comme DAUDET... et puis autrement... pour toutes les bourses... Ici dans l'interdiction de gagner un sou c'est la misère pas ordinaire. .. Et la maladie..." !

57. Enveloppe autographe, 8° obl. ; timbres et cachet postal daté de Korsör le 4.X.1950. 2 000/3 000 F

Enveloppe VIDE sur laquelle Céline a écrit de sa main l'adresse de "Monsieur Deshayes - 77 Rue Masséna - LYON - Rhône - France". A réception, le destinataire y a ajouté au crayon le commentaire suivant : "La dernière goujaterie de Ferdinand !".

Ce document est sans doute la dernière manifestation manuscrite de Céline vis-à-vis de son ami Charles DESHAYES ; il met fin à l'importante correspondance que les deux hommes échangèrent durant environ trois ans. Longtemps, Deshayes avait accepté les sauts d'humeur de l'écrivain, les mettant sur le compte de la légitime exaspération d'un exilé qui s'estimait injustement poursuivi. Son commentaire sur cette derni& egrave;re enveloppe reçue de son ami confirme qu'il n'était pas dupe...

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58. CÉSAIRE Aimé (n. 1913) L'illustre poète et homme politique martiniquais. Il avait adhéré au Surréalisme - L.A.S., 2 pp. in-8 ; Fort-de-France, 8.VIII.1943. 3 500/4 500 F

Remarquable lettre datant de la guerre, adressée à son "Cher ami" le Surréaliste Georges HUGNET. Il explique son silence par "... l'incroyable régime que nous avons subi ici pendant 3 ans. Délation, arbitraire, racisme... [et] sur le plan intellectuel, exigence du néant...", évoque les graves difficultés qu'a dû affronter la revue Tropiques "... dont le vouloir-vivre est solide..."

bien que soumis au "... jeu de massacre, depuis la suppression de phrases ou d'articles jusqu'à l'interdiction finale...". Il se dit agacé par "... les fantaisies... de la censure postale..." et envisage d'accepter l'offre qu'on lui fait de se rendre en Haïti si les autorités françaises veulent bien lui délivrer le passeport qu'elles lui ont précédemment refusé. "... Quant aux nouvelles autorités martiniquaises, je ne crois pas qu'elles refusent de patronner une entreprise qui peut avoir valeur de propagande nationale...".

Césaire, qui dit avoir reçu une "... belle et triste..." lettre d'André BRETON, exprime le désir de s'entretenir avec Hugnet à propos "... d'Haïti et de ses problèmes ; je viens de terminer un drame qui a pour cadre l'ancienne colonie française de Saint-Domingue...". Puis, l'incorrigible optimiste termine sa lettre - fort rare de cette époque ! - par la phrase suivante : "... Malgré le visage pass ablement hideux du monde actuel, j'espère comme une brute...".

En octobre 1943 paraissait le dernier numéro (8) de la prestigieuse revue Tropiques, fondée par Césaire. A travers ses articles, le mouvement surréaliste d'André Breton apparaît comme un levain révolutionnaire susceptible de donner à l'homme noir et à sa culture les moyens de sa désaliénation. On en trouvera l'influence dans la poésie du célèbre Martiniquais.

59. CHARLES IX de France (1550-1574) Roi dès 1560 sous la tutelle de sa mère Catherine de Médecis - P.S., 1 p. in-folio obl. sur vélin ; Paris, 19.III.1568. 1 500/2 000 F

Proclamé majeur en 1563, mais en fait toujours sous l'influence de sa mère, Charles IX signe de sa main cet ordre à Raoul Moreau, "... trésorier de N.re espargne..." lequel devra payer la somme de 1750 livres aux sieurs Esme de Haultefois, Henri de Clermont, Léonard de Marc et André Le Roy, lesquels reçoivent ce don du roi en "... faveur et considération des bons et acfidables services qu'ils nous ont par cy devant et de long temps faicts, font et continuent ch.un jour au faicts de nos guerres...", etc.

La signature de la paix de Longjumeau, en août 1568, ne sera qu'une courte trêve entre protestants et catholiques. Les hostilités recommencèrent à la suite d'une tentative que fit la reine mère pour s'emparer des chefs protestants ; la lutte dura cette fois deux années.

Pièce contresignée par le jeune secrétaire d'Etat Guillaume de L'AUBESPINE (1547-1629).

60. [Conspiration de Cadoudal] CHARLES X de France (1757-1836) Roi de 1824 à 1830 - Apostille autographe signée sur pièce d'une page in-folio ; Paris, avril 1825. 1 000/1 500 F

Au bas d'une longue "Note" préparée à l'intention du souverain, celui-ci a écrit de sa main "Accordé 2000 f. - Charles - sur le fond de réserve". Madame d'Anglade, bénéficiaire de cette somme, n'est autre que la fille du comte de Bouvet, veuve d'un officier de l'armée de Condé tué à l'affaire d'Oberkammlach. Elle "... a fait généreusement le sacrifice de tout ce qu'el le possédait pour sauver la vie à M. le C.te de Bouvet, son frère, qui avait été condamné à mort par Buonaparte, comme complice de Georges CADOUDAL et pour le soutenir en prison pendant neuf ans qu'il y resta...", etc.

Ancien adjudant général dans l'armée vendéenne, impliqué dans l'affaire du 3 nivose, Athanase-Hyacinthe BOUVET de Lozier (1769-1825), avait été, sous la première Restauration, gouverneur de l'île Bourbon. Le 25 janvier 1825, il avait été tué en duel à Fontainebleau.

61. CHATEAUBRIAND, François René, vicomte de (1768-1848) Ecrivain, homme d'Etat et diplomate français - L.A.S., 2 pp. in-4 ; Paris, 17.VI.1821. Deux pièces jointes. 12 000/15 000 F

Extraordinaire missive adressée au libraire-éditeur parisien Jean Gabriel DENTU († 1840), lequel aurait semble-t-il souhaité imprimer d'après le manuscrit en sa possession le texte du discours de réception à l'Académie française (1811) préparé par Chateaubriand et censuré par Napoléon Ier.

"... Je n'ai jamais... publié mon discours... Je ne reconnois aucune des copies qui sont entre les mains du public. Elles ont toutes été répandues par la Police de Buonaparte ; elles sont interpolées et mutilées d'une manière horrible...", affirme l'écrivain qui ne reconnaît pas non plus comme le sien le texte cité dans l'ouvrage "Pièces pour servir à l'histoire du XIXe siècle" ; Chateaubriand est convaincu que Dentu ne détient qu'un manuscrit établi "... d'après toutes les copies, et conséquemment..." altéré. Le seul et unique texte faisant foi est "... l'original écrit de ma main, rayé et lacéré par celle de Buonaparte et quand on lit cet original, on voit bien pourquoi Buonaparte vouloit me faire fusiller...".

Quant à l'article paru dans le Drapeau blanc, organe du parti ultra-royaliste (1819-1830), l'écrivain affirme ne vouloir en rien nuire aux royalistes, quand bien même "... ils disposeroient de ma propriété sans m'en demander la permission...", etc.

Joint : deux exemplaires du "Discours... pour sa Réception à l'Institut", l'un imprimé en 1814 "A Bruxelles chez Weissenbruck", le second, manuscrit (vraisemblablement celui de Dentu dont il est ici question) qui comporte effectivement un certain nombre de variantes par rapport au premier.

A noter enfin que lorsque Chateaubriand rédigea cette importante lettre mettant en cause Napoléon Ier, ce dernier était mort depuis quelques semaines (5 mai) ; la nouvelle ne parvint toutefois en Europe que vers la mi-juillet 1821.

62. CHATEAUBRIAND, François René, vicomte de - L.A.S., 1 p. in-4 ; Paris, 24.VIII.1823. 2 500/3 000 F

Au duc de Clermont-Tonnerre, ministre de la Marine dans le Cabinet Villèle où Chateaubriand avait reçu (1822) le portefeuille des Affaires étrangères. "Je vous remercie... de l'annonce de l'arrivée de nos bâtiments devant La Corogne..." ce qui prouve toutefois "... que le 13 La Corogne tenoit encore..." !

Chateaubriand désirerait savoir si, après la reddition du port de Galice, les bâtiments français ont reçu l'ordre de se porter sur Cadix immédiatement : "... S'ils ne l'ont pas, vous feriez bien de le leur faire parvenir le plutôt possible...".

Arrivé aux Affaires étrangères le 28 décembre 1822, l'écrivain avait fait entreprendre la guerre d'Espagne, d'où son imagination de poète voyait sortir mille conséquences admirables. A peine était-elle finie qu'il fut brusquement renvoyé du ministère par l'influence jalouse de Villèle...

63. CHATEAUBRIAND, François René, vicomte de - Lettre en son nom, écrite par Hyacinthe PILORGE, avec signature autographe de Chateaubriand montée à la fin, 1 p. in-8 ; Paris, 19.VIII.1834. Pièce jointe. 1 200/1 500 F

L'écrivain, qui "... n'a point quitté Paris...", accepte avec grand plaisir l'invitation de Monsieur Arnout O'DONNEL "... s'il veut bien lui faire l'honneur de venir le chercher dans sa retraite, rue d'Enfer...", etc.

 

Au bas de cette missive, écrite par le "vulgaire, mais dévoué" secrétaire de l'écrivain, Hyacinthe PILORGE (1795-1861), une signature autographe de Chateaubriand a été appliquée par Arnout O'DONNEL, destinataire du message, lequel explique dans sa L.A.S. (pièce jointe, 2 1/2 pp. in-8) à Madame Hunter que n'ayant pu lui procurer un autographe de Tocqueville, qui est à la campagne, il lui offre à l a place "... a note from Mr de Chateaubriand to me... before I had the pleasure of making his acquaintance. It is very characteristic of the writer...". Il précise plus loin en post-scriptum qu'ayant constaté l'absence de signature sur la lettre de Chateaubriand, "... I have cut the signature out of another letter..." ; il souligne étrangement que selon lui le texte et la "... subscription are both the same...", les différences n'étant dues qu 'au "twisted wrist" (entorse du poignet) !!!

Un "Conseiller d'Etat en service ordinaire" nommé O'DONNEL et vivant à Paris dans les années 1830 pourrait être le destinataire de cette lettre.

64. CINQ-MARS, Henri Coiffier de Ruze-d'Effiat, marquis de (1620-1642) Grand écuyer de France, favori de Louis XIII. Décapité à 22 ans sur ordre de Richelieu - P.A.S., 2 pp. in-4 obl., vélin ; (Paris, 1641). Autographe rare. 4 000/5 000 F

Reçu entièrement autographe ("Pour servir de quittance de dix mille livres à M. de Guénégaud Trésorier de l'Espargne pour mes appointements de Grand Ecuyer de France de l'année mil six cent quarante et un"), signé au dos de son nom complet, "H. D'Effiat de Cinq-mars".

Cinq-Mars fut exécuté pour avoir conspiré contre Richelieu, poussant Gaston d'Orléans à s'allier aux Espagnols. Son personnage inspira à Vigny le drame historique du même nom célébrant la noblesse humiliée et abattue par le tout-puissant Cardinal.

65. COCTEAU Jean (1889-1963) Ecrivain français - Manuscrit autographe signé, 1 pleine page in-4 ; (Novembre 1951). 3 000/ 3 500 F

Beau texte sur Paris, la ville selon lui "... la plus prétentieuse du monde, si elle ne laissait tomber de ses mains, avec une négligence incroyable, un trésor qui étonne le monde et auquel sa prodigalité n'attache aucun prix. De quoi donc ce trésor est-il fait ?...". Cocteau évoque la fièvre, l'injustice, l'esprit de contradiction, de création aussi, qui animent Paris, et surtout, le dialogue qu'il oppose aux monolo gues de l'impérialisme.

Une critique assez sévère se terminant pourtant sur un ton optimiste puisque l'écrivain salue "... la lueur vive insolite, ininterrompue..." éclairant le ciel de Paris et représentant son privilège.

66. COLETTE, Sidonie Gabrielle Colette, dite (1873-1954) Ecrivain français - L.A.S., 2 1/2 pp. in-8 ; (17.XII.1925 ?). En-tête de l'Hôtel Beauvau à Marseille. 2 000/2 500 F

"Mon enfant chéri, - écrit Colette à sa jeune amie Germaine PATAS, propriétaire d'une maison de couture du Faubourg Saint-Honoré - je débute demain [elle jouait Chéri avec Pierre FRESNAY]. Priez pour moi. Il fait un froid vert et rose, et la vue que j'ai de mes fenêtres vaut que je loge dans ce mauvais hôtel...". Partie pendant une absence de sa correspondante, elle se retrouve sans sa "... jolie robe verte... [et son] joli manteau... Quand venez-vous ?... Fresnay sera admirable dans la fin surtout... j'ai fait répéter toute la journée et je suis fourbue...". Elle annonce l'arrivée prochaine de l'acteur Maurice LAGRÉNÉE.

Cette lettre non datée se situe probablement peu avant le début des représentations de Chéri, pièce tirée de son célèbre roman et donnée à Marseille du 18 au 25 décembre 1925. Lagrénée remplacera Fresnay dans les tournées de l'année suivante.

Une grande partie des lettres de Colette à Mademoiselle Patas sont conservées à la Bibliothèque Nationale à Paris.

67. COLETTE - C.A.S., 12° obl. , [Loeninordfjord, 26.VII.1930]. Adresse autogr. 1 000/1 500 F

Elle pense tendrement à Mademoiselle PATAS et lui adresse de Norvège son amical souvenir au dos d'une carte postale illustrée représentant un village de montagne : "Mon enfant, ce pays est celui des couleurs extravagantes. Celles de l'eau, de l'air, de l'herbe et des brumes défient, hélas, toutes les descriptions...".

Depuis le 10 juillet 1930, Colette et Maurice Goudeket voyagaient à bord de l'Eros, le yacht d'Henri de Rothschild, en compagnie de Léopold Marchand, Pierre Benoît et l'actrice Marthe Régnier. La femme de lettres y prend des notes qu'elle utilisera plus tard dans En pays connu.

68. COLETTE - L.A.S., 2 pp. in-4 ; (Paris, mai/juin 1933 ?). Sur papier bleu à l'en-tête du "Claridge - Champs-Elysées". 3 000/3 500 F

A son amie Germaine PATAS.

La presse avait annoncé que Colette recevrait la cravate de commandeur de la Légion d'Honneur pour le 14 juillet. Or, il n'en fut rien et les commentaires allèrent bon train...

"... mon petit enfant... Je travaille... Mais ma vie est empoisonnée par ces informations... au sujet de la cravate. En rentrant hier soir de la campagne, j'ai trouvé un monceau de lettres, télégrammes, fleurs. C'est trop vite, puisque rien ne m'est venu du ministère... Alors je me sens idiote, avec toutes ces félicitations. Si Monzie s'informe... dites-lui que je me sens toute de travers, un pied en forme de rosette, un autre en forme de cra vate pas encore nouée...".

Puis, à propos de son activité littéraire : "... Vendredi j'ai signé 700 bouquins... et ce matin le reliquat, 240. Et je signe aux Galeries vendredi... Oh ! vivement n'importe quoi d'autre ! Et ce travail de dialogue ! Je vais m'asseoir par terre et pleurer...".

Colette ne sera nommée commandeur que le 21 janvier 1936. Elle prit ce retard avec beaucoup de bonne humeur et à quelqu'un qui lui demandait "et cette cravate ?", elle répondit "C'est une ceinture"...

69. COLETTE - L.A.S., 1 p. in-4 ; (avril 1939). En-tête : "9, Rue de Beaujolais". Pièce jointe. 1 500/2 000 F

"Cher ami, (!) - écrit-elle à Mademoiselle PATAS au lendemain de la mort (7.IV.1939) de Claude CHAUVIÈRE - oui, j'ai eu la coupure... Pauvre "petit Claude" au cœur fragile... Saviez-vous qu'elle était mariée, et comtesse de Récusson, et que son mari habitait très près d'elle sinon avec elle ? Elle ne m'en a jamais dit un mot...".

Le 22 décembre 1924, la revue Le Capitole publiait un "numéro consacré à Colette" où Claude CHAUVIÈRE avait écrit un article intitulé "Une Colette ignorée". On joint l'un des 300 exemplaires tirés sur Madagascar et numérotés "98", avec h. t. sur papier d'Arches du bois dessiné et gravé par Bécan.

70. COLETTE - L.A.S., 1 1/2 pp. in-4 ; (Paris, début 1954 ?). 3 000/3 500 F

A Mademoiselle PATAS. "Mon enfant Germaine, je vous écris au lieu de téléphoner... Je garde ma voix pour quelques jurons et malédictions..." ; elle compte bien les utiliser dans un procès de plagiat où elle est appelée à témoigner "... peut-être... contre moi-même par loyauté... C'est cette affaire du Blé en herbe, film, contre Dernières vacances, film. Je ne puis refuser de voir passer le film incriminé de plagiat entre midi et deux heures, puisqu'on le passera pour moi seule. Voilà l'état des choses, au bord du départ...".

Cette lettre non datée semble se situer au début de l'année 1954, peu avant le dernier séjour que fit Colette à Monte-Carlo au printemps suivant ("au bord du départ"). C'est en effet en 1953 qu'on tourna Le Blé en herbe ; Colette assista à la projection privée du film le 15 janvier 1954, dans son appartement du Palais-Royal.

Quelques mois plus tard, l'écrivain décédait à Paris. Cette lettre, sans doute l'une des dernières qu'elle adressa à Germaine Patas, se termine ainsi : "Si vous trouvez un moment pour venir m'embrasser... vous savez bien que vous rendrez contente la vieille dame couchée qui vous aime si tendrement...".

71. CONDÉ, Louis Joseph de Bourbon, prince de (1736-1818) Général en chef de l'émigration - P.S., 1 p. in-folio ; Mülheim, 24.XI.1796. Texte en partie imprimé, plis fatigués. Cachet de cire. Deux pièces jointes. 1 500/2 000 F

PASSEPORT bilingue (allemand/français) par lequel Louis Joseph de Bourbon "... Commandant en chef une division de la Noblesse et de l'Armée Française..." ordonne "... de laisser librement passer le S.r Masnier, prêtre français allant en Angleterre et de là en Russie...", etc.

Joint : 1) P.A.S. (1 p. in-8 obl. ; Bayeux, 1817) de Ch. GILBERT DE MONDEJEU, "... ancien Officier d'état Major Général... l'un des Otages de Louis XVI..." après que ce dernier eût été ramené de Varenne aux Tuileries, en 1791 - 2) L.A.S. (1 p. in-4 ; Edimburgh, 1796) de François de Peyrusse, comte d'ESCARS (1759-1822), officier, gentilhomme d'honneur du futur roi Charles X. La lettre concerne Gilbert de Mondejeu charg é de "... remplir une mission particulière..." ; ce chef de chouans distingué fut, tout comme le comte d'Escars, l'un des agents du comte d'Artois servant de liaisons entre les Anglais et les Chouans.

72. [Chateaubriand] CUSTINE, Astolphe de (1790-1857) Voyageur et littérateur français - L.A.S., 1 p. in-8 ; (Paris, après 1826). 800/1 000 F

A un(e) ami(e) dont la fille doit avoir reçu deux exemplaires du dernier ouvrage de Custine : "... l'auteur vous aime trop pour aller vous dire adieu. Les tems sont trop durs pour ajouter à leurs tristesses...".

En 1826 était morte Delphine de Sabran, mère de l'écrivain ; celui-ci écrit à ce propos : "... J'espère que vous avez lu dans la Revue des deux Mondes la belle et touchante page de Mr de Chateaubriand... Cela repose et console...", etc.

73. CUSTINE, Astolphe de - L.A.S., 4 pp. in-8 ; Saint Gingolph (Valais, Suisse), 24.VI.[1844]. 3 000/3 500 F

Longue et importante missive à un poète (?), ami du couple que Custine forme avec celui qui partageait ostensiblement sa vie à St Gingolph, au grand scandale de la bonne société locale.

"... Si vous voulez me choquer par le vérité, cherchez autre chose ; ... ce qui me choque moi... c'est l'injustice et l'erreur dont l'accouplement engendre tant de maux !...". La lettre de son correspondant lui a plu et l'a flatté : "... il faut une dose de délicatesse qui est innée, et moyennant laquelle la vérité même fait compliment...". Non, il ne l'a pas oublié : "... ce pays vous retrace à notre souvenir à chaque pas... C'est la nature de vos idées, la scène de votre musique : une mélancolie pastorale occupe ici l'âme sans la troubler...", etc.

Puis, plus loin : "... Nous ne faisons pas une promenade dans ce paradis sans que votre nom soit prononcé plusieurs fois par nous deux ; nous vous y logeons dans les plus humbles, mais les plus jolis réduits... Je ne serai jamais malheureux tant que j'aurai des yeux pour contempler une nature comme celle-ci et un ami pour partager le plaisir que j'y trouve ; même ma philosophie m'avertit que si je perdais les yeux et l'ami, la pensée me resterait pour les r essusciter dans mon âme et les emporter avec moi dans l'éternité...".

Ensemble, ils lisent Port Royal de Sainte-Beuve, où Custine vient de trouver "... un vers de votre amie [Madame Desbordes-Valmore] qui me la ferait aimer à lui seul...". La lecture, souligne Custine "... nous met en rapport avec l'élite des esprits de ce monde, et... [voilà] l'idée d'une vie bien douce : c'est la nôtre. Je l'ai choisie... Jamais personne n'a su mieux que moi mettre ses habitudes d'accord avec ses facultés et s es sentiments... L'orage souffre...", mais rien ne viendra altérer son bonheur ! Il est encore question de Jean-Jacques ROUSSEAU et de ses descriptions du lac de Genève : "... Le naturel de J. Jacques est toujours tendu, on y sent l'effort... mais parfois c'est éloquent et sublime comme l'âme à sa source... Mille amitiés doubles...".

74. DALADIER Edouard (1884-1970) Président du Conseil français, il signa en 1938 les accords de Munich puis déclara la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939 - L.A.S., 2 pp. in-8 ; (Nîmes, 1917 ?). Sur papier de deuil. 500/600 F

Le futur député radical n'est encore qu'un simple professeur agrégé d'histoire exerçant au lycée de Nîmes. L'administration de cet établissement scolaire souhaitant organiser des projections pour illustrer les cours d'histoire de l'art, Daladier se charge ici d'obtenir de son correspondant "... 1°... le prix de vente net de chaque projection ; 2°... des clichés des œuvres de sculpture et d'architecture anglaise modernes... ", etc.

Curieuse et rare de cette époque.

75. DE L'ISLE, Joseph Nicolas (1686-1768) Célèbre astronome français - L.A.S., 1 p. in-4 ; "Ce dimanche matin" (vers 1717). Adresse sur la IVe page. Curieux petit cachet de cire rouge et deux mots autographes de RÉAUMUR en tête. 4 000/5 000 F

A l'illustre physicien et naturaliste français, René Antoine de RÉAUMUR (1683-1757), concernant la publication d'un mémoire dans lequel Delisle veut à nouveau rapporter ce qu'il avait dit de l'inflexion de la lumière car "... celui de Mr de La Hire (1640-1718, l'astronome, physicien et naturaliste fr.) ... est venu entre les deux miens et je vous avouerai que je n'avois fait mon second mémoire que pour réclamer le premier, voian t que Mr de La Hire travaillait suivant les vües de mon premier mémoire sans me citer...". Dans ce second mémoire, il sera question de sa "... première expérience et de la conséquence que j'en tire pour douter de l'existence de l'atmosphère de la Lune...".

Cette intéressante lettre devrait dater de 1717, année durant laquelle Delisle étudia l'éclipse de la Lune.

76. [Hugo] DROUET Juliette (1806-1883) Actrice française, fidèle maîtresse de Victor Hugo - L.A.S. "Juliette", 4 pp. in-8 ; Paris, "20 9bre, vendredi matin 10 h." (1844/45). 2 500/3 500 F

Lettre d'amour, pleine de passion et d'esprit, adressée à Victor HUGO au saut du lit : "... Bonjour, mon Toto chéri, mon cher bien aimé, bonjour de tous mes yeux, de toutes mes pensées, de toutes mes lèvres et de tout mon cœur. Comment vas-tu ce matin mon petit homme ravissant ? Moi je vais très bien. J'ai dormi comme un sabot et maintenant je suis éveillée comme une portée de souris...". Elle note tristement que cela ne l'avance pas à grand chose puisqu'il ne vient pas jouir de ce spectacle en déjeunant avec elle...

Elle n'a pas encore ouvert la lettre de son amie Luthereau, l'épouse d'un imprimeur bruxellois devenu journaliste à Paris : "... On ne sait ce qui peut arriver. Il n'y aurait qu'à avoir un prince chinois avec son sac de nuit, son parasol et son passeport dedans..." ; et Juliette d'imiter la prononciation chinoise : "... Fichtre, la chair e[s]t faible et Manzelle Chi chi aime peaugoup les ginois, les barazole et les basseports. Ia, ia monsire, matame il est son sarme. Baisez-moi vous et laissez-moi vous manquer de respect à votre nez et à votre barbe de pair de France... Baisez-moi... et aimez-moi, je le veux..." !

Vaincue par les grandes puissances occidentales, la Chine avait dû, dès 1839, ouvrir ses portes aux étrangers et les premiers Chinois avaient débarqué en Europe, suscitant la curiosité générale.

77. [Hugo] DROUET Juliette - DEUX lettres autographes, non signées, en tout 8 pp. in-16 ; Paris, 3 et 8.XI.1870. 3 000/4 000 F

La chute de l'Empire et l'exil de Napoléon III ont permis le retour en France de Victor Hugo et de Juliette. Leur corres-pondance de cette époque n'est pas seulement amoureuse, et nombreux sont les passages se rapportant aux événements de la guerre de 1870.

La missive du 3 novembre parle des échos de l'agitation de la rue au temps où Gambetta tente de débloquer Paris assiégé : "... J'espère que tu es arrivé sans encombre chez toi hier au soir, mon cher bien-aimé, malgré l'obscurité des rues et l'inquiétude populaire..." ; elle a déjà entendu "... le Rappel de Petit Georges et la Marseillaise de Petite Jeanne, ce qui est bon signe... Le c itoyen Louis... me dit que tout est calme partout aujourd'hui... En attendant on avait fait courir le bruit... de la défaite de six mille prussiens, dans les Vosges. Nouvelle envoyée par le citoyen Gambetta, disait-on, et qui n'était qu'un piètre canard de l'état de siège...", etc.

Quelques jours plus tard, le 8 novembre, Juliette va se rendre chez Madame Hetzel et peut-être faire une autre visite. Elle en informe son "cher adoré", précisant que "... ces deux corvées ont pour principal but de me réchauffer en marchant tout en économisant une ration de bûches...". Elle en convient, ce sont là des propos insignifiants, mais ce n'est qu'une "... sorte de remplissage pour emballer mon vieux a mour que je t'envoie tous les jours franc de port...". [Voir aussi le lot Hugo/Drouet]

78. DU BARRY, Jeanne Bécu, comtesse (1743-1793) Favorite de Louis XV, elle devint sa maîtresse après une jeunesse agitée. Elle contribua à la chute de Choiseul. Guillotinée lors de la Révolution - L.A., non signée, 2 pp. in-8 ; Louveciennes, 9.X.1787. En-tête, quelques lignes de la main du destinataire (résumé de sa réponse). 4 000/5 000 F

Depuis la mort de Louis XV, Madame Du Barry s'est retirée au château de Louveciennes que le roi avait fait construire pour elle. Comme au temps de sa splendeur, elle continue d'améliorer cette demeure qui brillait surtout dans les ornements de détails les plus minutieux, tels que les chambranles des cheminées, les corniches, les glaces d'un luxe inouï...

Elle s'adresse ici au responsable des Bâtiments royaux pour qu'il fasse accélérer les travaux de rénovation de sa chambre, souhaitant s'en servir au plus tôt. "... Je suis bien loin... de vouloir contrarier vos projets économiques et si j'ai paru désirer que les glaces qui doivent être posées sur la cheminée et au tour des deux fenêtres [se] fasse d'un seul trumeau, c'est que les épargnes de l'un et de l' autre sont très petites, et que j'ai pensé que vous pourriez en avoir dans vos magasins qu'il vous seroit indifférents qu'il soit placé chez moi...", etc.

Contrairement aux reçus autographes - assez nombreux - de Madame Du Barry, ses lettres sont particulièrement rares.

79. DUMAS Alexandre, fils (1824-1895) Auteur de théâtre français - Manuscrit autographe signé, 2 pp. in-folio. 1 000/1 200 F

Feuilles numérotées "24" et "25", correspondant à la fin d'une préface autobiographique (?) où il est question d'un "... vilain livre à écrire..." et d'un pari entre deux personnages dont l'un se prénomme Roumieux (le poète provençal ?) et l'autre semble être l'auteur de ces pages. Un long dialogue, en partie rayé, est suivi d'une quarantaine de lignes dont voici un extrait : & quot;... Le pari fut fait et comme tu le vois, il a gagné, et au delà puisque voilà plus d'un mois que je suis ici. Comment a-t-il fait. C'est bien simple. Il a causé avec moi et j'ai retrouvé la patrie. Il m'a donné du papier magnifique... J'ai retrouvé le travail... En outre, pour nous autres parisiens tout ce qui n'est pas Paris est la Campagne...".

L'auteur, qui semble avoir rédigé ce texte durant un séjour en Allemagne, conclut en manifestant sa satisfaction pour le livre "... que j'ai terminé hier, et qui s'il n'est pas un chef d'œuvre, servira du moins une fois de plus à prouver que le roman est dans l'idée philosophique comme nous la comprenons et non dans le fait matériel et brutal comme celui de l'assassinat de cette bonne princesse. Et enfin, si ce livre ne prouve rien &ag rave; personne, il te prouvera du moins, que j'ai pensé à toi et que ton souvenir se mêle à ce que j'ai de meilleur, à mon travail...".

 

  1. DUMAS Alexandre, fils - Deux L.A.S., 4 pp. in-8. 400/500 F
  2. Dumas remercie "... pour ces lettres de mon père que Lacroix me remet de votre part. L'une d'elles vous a appris que mon père me tenait pour un entêté. Je le suis en effet...", etc. La seconde missive, adressée à un "Cher jeune ami", concerne Monsieur Jullien, Madame Guyot-Desfontaines et une autre amie qui, malgré une "... pluie battante... trottait déjà comme un perdreau. Où va-t-elle ainsi tou s les jours... Embrassez-la tout de même pour moi...".

    81. DUMAS Alexandre, fils - Correspondance d'environ 75 L.A.S. et P.A.S., env. 110 pp. in-12 et in-8 ; vers 1846/1874. 8 000/10 000 F

    Important ensemble de lettres (+ quelques reçus), pour la plupart adressées à Hippolyte SOUVERAIN (1803-1880, il publia BALZAC, Soulié, Paul de Kock et George SAND) couvrant une période de trois décennies durant lesquelles Dumas père et fils eurent souvent recours aux avances financières de Souverain ainsi qu'à son travail d'éditeur.

     

    "... Je travaille pour vous. - écrit l'auteur de La Dame aux Camélias dans sa première lettre - Encouragez-moi en me faisant ceci [un paiement !] et je vous porterai un chef d'œuvre...". Tout au long de cette vaste correspondance, il est question d'ouvrages (certains écrit par Dumas fils en collaboration avec son père, alors en procès pour L'Amazone), d'épreuves à corriger, de rencontres, etc. Nous nous bornerons à n e citer que quelques courts extraits relevés ci et là :

    "... Je commence... un drame avec les 3 hommes. Il sera joué après Urbain Grandier [1850]. Hâtez-vous donc si vous voulez que le livre paraisse avant. Libre à vous de prendre cette lettre pour une plaisanterie...". "... Oh, mon cher Souverain, c'est lugubre de lenteur. Pour un républicain, vous comprenez bien peu le progrès...". "... dans le Constitutionnel, je commence à paraître... Il y a 20 Chapitres faits. Quatre restent à faire...". "... Je tiens à votre disposition une nouvelle qui vous fera 1200 lignes... Rappelez-vous... que vous me devez 6 exemplaires sur papier tout ce qu'il y a de plus beau...". "... Vous avez attendu la république pendant 18 ans, vous pouvez attendre vos feuilletons pendant quelques jours... Je veux faire une préface indispensable à ce livre, vous ne pouvez donc commencer à imprimer que lorsqu'elle sera faite, mais dans le courant du roman, le volume reprendra deux ou trois chapitres que la trop grande susceptibilité des abonnés m'a fait supprimer..." (très probablement La Dame aux Camélias !). "... Voici... le laissez-passer pour la répétition g.ale... Il y en aura deux... Ne venez qu'à la 2e. Il n'y aura personne à la 1ère...". "... Voici les épreuves corrigées. Il y a beaucoup de corrections, mais il le fallait, comme dit Bilbo quet, ce que j'avais laissé était long, pâteux et inutile...". "... Je suis en discussion avec le Journal qui veut avoir le droit de révision sur le roman... Donnez... les six Exemplaires... de la Vie à vingt ans..." [1850]. "... J'ai été forcé de faire des coupures dans tout ce qui regarde la Russie. Une lettre que j'ai reçue... vous expliquera cette nécessité... on peut donner tout simplement le titre de : Le R égent Mustel... Faites-moi tirer six Exemplaires comme les Hommes forts..." [1852]. "... Rendez... à Alexis les Exemplaires restants du Régent et puis prêtez-moi Les Napolitaines de Soulié. Il y a dedans une histoire d'Anne de Pons dont j'ai absolument besoin..." [1860], etc.

    Certaines missives évoquent son premier livre, Esquisses de femmes [1846], "... 40 Pages pour la Galerie de Florence, et 76 pour Cadot..." [1847], ou Renée en deux volumes [1848] ; d'autres concernent directement ou indirectement La Dame aux Camélias, son Affaire Clémenceau [1866], Antoine, les Aventures de quatre femmes, Césarine, le Docteur Servans, le Foyer de l'Opéra, L'Ami des Femmes [1864], Monsieur Alphonse [1874], etc., etc.

    En 1872, Dumas fils évoque le cadeau que lui avait jadis offert Souverain, "... un autographe de Balzac. J'ai acheté sa Physiologie du mariage in-8. Je voudrais le faire relier avec...".

    Bel ensemble inédit qui mériterait une étude approfondie.

  3. [Zola] DUMAS Alexandre, fils - L.A.S., 4 pp. in-8 ; (Montreux), 4.X.1879. 800/1 000 F

L'écrivain se laisse aller à des confidences littéraires. Il dit avoir beaucoup apprécié "... ces encouragements venus de personnes étrangères et qui n'ont d'autres raisons de vous les donner qu'avec sympathie réelle. Je réponds en effet dans la préface de L'Etrangère aux théories de Zola, mais sans plus de colère que le sujet ne mérite. Au contraire j'ai essayé de le combattre av ec autant de politesse, de bon sens et de gaîté que possible...".

Il vient de finir la correction des dernières épreuves de son nouvel ouvrage, sur le point d'être imprimé : "... en ce moment je fais une brochure sur le divorce, pour le divorce que comme avocat vous admettez certainenement non seulement en droit mais en morale... Il m'est impossible de mettre mon action et mon personnage sur le théâtre. La scène est trop étroite et le public d'aujourd'hui trop susceptible pour les dévelop pements dont j'ai besoin...", etc.

 

83. ELUARD, Eugène Grindel, dit Paul (1895-1952) Poète français, ses œuvres surréalistes célèbrent la révolte, l'amour, le rêve - Dédicace A.S. sur la plaquette "A toute Epreuve" ; Paris, Ed. surréalistes, 1930. Brochée, in-32. 4 000/5 000 F

Belle dédicace "A Ann Moorsom - son ami - A TOUTE EPREUVE - Paul Eluard", tracée sur la couverture de cette plaquette comprenant 16 pp. (dont page de titre et dernière page donnant la liste des ouvrages "du même auteur" parus entre 1917 et 1930, la plupart épuisés et en grande partie publiés aux Editions Surréalistes de José Corti) renfermant les trois poèmes suivants : L'Univers-solitude, Confections , et Amoureuses.

Rare édition originale tirée sur papier rose pâle et mise en vente au prix de 1 Fr.

Ann MOORSOM était l'épouse de Raisley Stewart MOORSOM (1892-1981), "an English Eccentric" qui en 1942 vivait à Washington avec le diplomate Elliott FELKIN (1892-1968), son camarade de collège.

84. ELUARD Paul - Poème A.S., 1 p. in-4 ; (Paris, vers 1937). 6 000/8 000 F

Manuscrit original du POÈME intitulé "Pour un orgueil meilleur", dix vers dont voici les premiers :

"Fais à cet homme de pardon une blessure

Plus profonde que la solitude

Crève ses yeux qui lui servaient à t'ignorer

Ses yeux plus dangereux que des sables mouvants...", etc.

Ce texte fut publié par Eluard dans "Cours naturel", recueil édité en 1938 où parut entre autres son poème au titre amèrement ironique, La Victoire de Guernica.

Offert à l'occasion du "1er janvier 1943", à son ami le peintre Jean AGAMEMNON ("... au poète que j'aime..."), ce manuscrit avait en un premier temps été titré "Pour un orgueil sans ombres" ; mais, insatisfait, Paul Eluard en raya par deux fois le titre qui passa par "Pour un orgueil parfait" avant de prendre le nom de "Pour un orgueil meilleur".

Le recueil Cours naturel exprime l'obsession de la tragédie vers laquelle se dirige l'Europe à la veille de la deuxième guerre mondiale.

85. ELUARD Paul - L.A.S. "Paul", 2 pp. in-8 ; 7 avril 1944. 1 500/1 800 F

A Pierre SEGHERS (1906-1987), poète et résistant qui débutait dans l'édition. "... Vous avez dû recevoir tous les clichés et la photo demandée. Vous me devez 2120 F... je suis, en ce moment très démuni...". Quant aux épreuves, Eluard s'étonne de ne pas en avoir reçues : "... C'est monstrueux, ce retard. Allons, allons ! éveillez-vous !...".

Si de nouvelles restrictions "... ont absolument paralysé l'édition...", la province reste encore favorisée. Eluard déconseille donc à Seghers de venir le rejoindre, etc.

En post-scriptum, le poète rappelle qu'il maintiendra la promesse faite à Marie-Claire Kayser, dit avoir bien aimé les "... poèmes du dernier trait..." de Seghers et s'inquiète de savoir si la censure lui "... conservera son approbation...".

86. ELUARD Paul - Faire-part original imprimé de la mort du Poète ; in-4, bordé de noir. 2 000/2 500 F

"Le Comité National des Ecrivains... prie d'assister aux Convoi et Inhumation de - Monsieur Paul ELUARD - Médaille de la Résistance - décédé le 18 Novembre 1952 dans sa 57me année... qui se feront le Samedi 22 courant à 13 h. 45... Le Corps sera exposé le Vendredi 21... à la Maison de la Pensée... et le Samedi 22... aux Lettres Françaises... où un dernier hommage lui sera rendu par ses camarade s...". L'annonce est faite "... De la part de : Madame Paul Eluard, son épouse ; Madame Cécile Vulliamy, sa fille, Claire Vulliamy, sa petite-fille, Madame Veuve Jeanne Grindel, sa mère... De toute la Famille ; Et du Comité Central du Parti Communiste Français...".

L'inhumation eut lieu au cimetière du Père-Lachaise. Notons que le gouvernement français avait refusé des funérailles nationales...

87. FACTURE, Paris 1784 - "Loraux Frères - Magasin de toutes sortes de Dentelles", etc., facturent en date du 10 mai 1784 et pour la somme de 351 francs, "... une Paire Malines... une paire Vraye Valenciennes [et une]... façon de Valenciennes...". Pièce in-4 portant en tête une charmante vignette (bergère filant, assise sous un arbre et gardant ses moutons que l'on aperçoit au loin), gravée en médaillon au centr e de l'en-tête du magasin "A Sainte Geneviève - Rue St Honoré...". 1 000/1 500 F

88. FARNESE Alessandro (1545-1592) Duc de Parme, célèbre général au service de Philippe II d'Espagne. Il descendait du pape Paul III et son grand-père maternel n'était autre que Charles-Quint - P.S., 1 1/2 pp. in-4 ; de son quartier général, le 19.VII.1587. En espagnol. 1 200/1 500 F

Le gouverneur des Pays-Bas espagnols (depuis 1578) dicte ses ordres destinés au "... Comiss.[ari]o Melchior de Espinosa", lequel devra se rendre à Anvers pour y récupérer dix mille écus d'or avant de repartir avec le marquis del Vasto et ses troupes. Intéressants détails relatifs à l'usage que l'on fera de cet argent qui sera réparti entre les différents corps de l'armée espagnole : "... Para poder librar puntualm.[en]te a las quatro companias Alemanas que an salido del Castillo de Anveres y la gente valona de la guarnicion de la villa que fueron con ellos...", etc.

Le 17 août 1585, le général Farnese avait occupé Anvers. En 1590, il obtiendra la libération de Paris, assiégée par le futur Henri IV.

89. FERSEN, Axel, comte de (1755-1810) Officier suédois. Proche de la famille royale de France, il en avait favorisé la fuite à Varennes, déguisé en cocher. Lapidé et massacré à Stockholm - P.A.S., 1/2 p. in-4 ; Stockholm, 10.IV.1789. 4 000/5 000 F

Peu avant la Révolution française, Fersen certifie "... que le Sieur Léonard Alexandre de Reuterskiöld est né de parents nobles et qu'il est en état de faire les preuves nécessaires pour entrer au service du Roi...".

Les autographes de ce général qui pour s'être épris de la reine Marie-Antoinette fut considéré par certains comme son amant, sont particulièrement rares et recherchés.

90. FLAUBERT Gustave (1821-1880) Ecrivain français - L.A.S. "ton G.", 4 pp. in-4 ; "Dimanche 2 h." [23.I.1853]. 25 000/30 000 F

Magnifique lettre à sa "Chère Muse", Louise COLET, dont il vient de lire le poème La Paysanne dans son texte non encore corrigé : "... ton œuvre est bonne. Je l'ai lue à ma mère qui en a été toute attendrie. A l'avenir seulement ne choisis plus ce mètre (le décasyllabe) ... je le trouve peu musical..." ; à part cela, le poème lui paraît "... parfaitement composé, simpl e et poétique à la fois... Il y a là dedans un grand fond, quantité de vers naïfs et une inspiration soutenue d'un bout à l'autre. Où est la force, c'est d'avoir tiré d'un sujet commun une histoire touchante, et pas canaille. Seulement pour l'amour de Dieu, ou plutôt pour l'amour de l'Art, fais encore attention, et change moi quelqu'un de ces passages...". Il cite ceux qui seraient à corriger ou à supprimer, "... et surtout le Christ qu'il faut retrancher. Cela donne un caractère couillon néo-catholique à ton œuvre, et abîme tes parfums. Pas de Christ, pas de religion, pas de patrie, soyons humains..." !

"... Quant à vouloir publier ce conte comme étant d'un homme, c'est impossible puisqu'à deux places, parlant des femmes, tu dis nous ... Publie donc cela franchement et avec ton nom, puisque c'est de beaucoup la meilleure œuvre...". Flaubert est persuadé que ce conte remportera un grand succès car "... C'est bon, et ça restera...", etc.

En post-scriptum, il dit avoir relu le manuscrit avec son ami Bouilhet. Ce dernier est d'avis que Louise Colet doit choisir pour pseudonyme un nom "... de femme ou hermaphrodite...".

Les deux amants se donnent enfin rendez-vous pour la semaine suivante : "... Adieu pauvre chère Muse aimée. Je t'embrasse partout...".

Très beau texte où l'on retrouve l'importance que Flaubert accordait à la perfection formelle du style.

91. FLAUBERT Gustave - L.A.S., 2 pp. in-8 ; "Dimanche soir" [10.IV.1864]. 5 000/6 000 F

A Ernest FEYDEAU (1821-1873), auteur de "Fanny", roman qui fit sa réputation. Très occupé, Flaubert n'a pu aller le voir ; il lui rendra visite en mai, à son retour à Paris. Entre-temps, il tient à lui recommander Amélie Bosquet et son ouvrage, "... un MS ayant pour titre : Jacqueline de Vazdon ...", déposé à la Revue de Paris.

Flaubert se refuse de parler à Feydeau de son roman "Le Secret du Bonheur" avant la fin de sa parution : "... Quel sacré mode de publication qu'une Revue ! - et comme ça nuit aux livres. Dans la crainte de te dire des bêtises je m'abstiens de toute parole. Je sais bien ce qu'il y a dans ton œuvre de bon mais quant au mauvais, j'ai peur de me tromper...".

La missive se termine par quelques lignes sur le récent mariage (6 avril) de sa nièce Caroline avec Ernest Commanville : "... La cérémonie nuptiale... s'est faite mercredi. Les époux doivent être demain à Milan. Je viens de passer une semaine peu gaie, mon bonhomme !...".

92. FLAUBERT Gustave - L.A.S., 3 pp. in-8 ; "Croisset par Deville, près Rouen", 21.X.1879. 10 000/15 000 F

Longue et importante missive à Alphonse DAUDET qui vient de lui offrir son nouvel ouvrage "Les Rois en exil".

"... Votre volume reçu à dix heures du matin était avalé à quatre et demie du soir. Il ne dépare pas la collection ! Oh non ! Sacré nom de Dieu, comme c'est bien composé ! Et que le dernier chapitre (lequel en soi, est sublime) se relie bien au premier !...". Le personnage de Christian lui paraît être une des meilleurs créations de Daudet : "... Soyez sûr qu'il restera comme un type... Jamais j e crois vous n'avez montré plus d'esprit. Quand on ne rit pas on sourit. A chaque pas, on marche sur des perles... La séance de l'académie, splendide - Et la scène entre le Roi et sa femme... Voilà un fier dialogue, mon bon ! Je voudrais l'entendre sur la scène, c'est sonore, et râblé ! - enfin royal...", etc.

Son exemplaire est rayé aux marges par beaucoup de points d'exclamation : "... Qques barres indiquant de petites taches de style. Mais elles sont peu nombreuses. Vous savez du reste que je suis un pédant. En résumé, vous devez être content & fier de ce livre. Le ciel vous a doué d'un don : le charme. Ne l'a pas qui veut, à commencer par moi...".

Flaubert, dont l'intention est de rester à Croisset jusqu'à la terminaison de son roman (Bouvard et Pécuchet), "... laquelle n'aura pas lieu avant la fin de l'hiver...", précise encore avoir convenu "... avec Charpentier... qu'on organisera en janvier & février des caravanes..." à l'effet de le visiter, sollicite des nouvelles de Daudet, puis termine ainsi : "... Tout à vous, mon cher bonhomme, Votre G.ve Flaube rt, qui vous embrasse, vous aime et vous admire".

93. FLORIAN, Jean-Pierre Claris de (1755-1794) Fabuliste français, petit-neveu de Voltaire - L.A., 1 p. in-8 ; "A Port Libre, 27 messid. 2 de la R. F. une et ind." [16.VII.1794]. Adresse autographe sur la IVe page. 2 000/2 500 F

Rare lettre écrite deux mois seulement avant sa mort, depuis la prison où il avait été interné comme suspect pendant la période noire de la Révolution française ; il ne devra son élargissement qu'aux événement du 9 Thermidor !

En attendant sa libération, l'écrivain, depuis sa geôle au "Port Libre", demande au citoyen Mercier de lui procurer quelques objets de première nécessité (lit, matelas, couverture, pot de chambre, cuvette, etc.), ainsi que "... des savattes, un écritoire, du tabac en bouteilles, 12 bouteilles de vin rouge...". Puis, sans doute soucieux de ne pas se mettre à dos les autorités (Robespierre et ses compagnons !) , Florian recommande instamment à son correspondant de voir ses amis "... et de les prier en grâce de ne faire aucune démarche. La République a des affaires plus pressantes que celles d'un particulier, à qui son innocence suffit...".

Libéré le 27 juillet, le fabuliste mourut le 13 septembre suivant, à l'âge de 39 ans, des suites des mauvais traitements subis lors de son incarcération.

94. FORT Paul (1872-1960) Poète français, auteur de 40 volumes de "Ballades". Elu Prince des poètes en 1912 - L.A.S. et manuscrit autographe, en tout 9 pp. in-8 ; Paris, 5.VI.1910. 1 500/2 000 F

Emouvante missive à un ami (1 1/3 pp. pet. in-4) où Paul Fort, gravement malade, et depuis la mort de son frère plus que jamais chargé de famille, avoue traverser "... une passe pécunaire des plus pénibles...". Il lui faut rapidement 150 francs "... pour mettre à exécution l'ordre exprès du médecin...", et pour obtenir cette somme, l'écrivain semble disposé à sacrifier l'essentie l de ses archives privées ! Il propose ici en échange "... les soixante-huit manuscrits autographes et les 188 lettres de poètes, romanciers, peintres, etc..." dont il envoie le détail dans des listes séparées, jointes à sa lettre : "... J'ajouterai à mon envoi le manuscrit complet de mon dernier livre : Mortcerf, et celui de la longue étude de Mandin sur mes Ballades Françaises... Je pense que vous pourriez être cont ent, car il y a nombre de manuscrits et de lettres d'un véritable intérêt - même un très grand nombre...".

Parmi ses correspondants, que le poète classe dans trois catégories ("Poètes et Littérateurs", "Peintres, sculpteurs, etc." et "Musiciens, compositeurs et Divers"), nous avons relevé Jules Renard, Jean Moréas, Frédéric Mistral, André GIDE (13 lettres, peut-être toutes celles qu'il reçut !), Claudel, Jammes, Elémir Bourges, Verhaeren, Stuart Merrill, Bataille, Tailhade, Dierx, M aurice Maeterlinck, Willy et Colette, Rictus, Ohnet, O. W. Milosz, Robert de Montesquiou, Gomez-Carillo, Gaston Gallimard, Henry-Edmond Cross, J. E. Blanche, Aristide Maillol, Zuloaga, Détaille, Léandre, etc.

Les "soixante-huit manuscrits autographes", qui font l'objet d'une longue liste séparée (3 pp. pet. in-4), sont de M. Maeterlinck ("trois scènes manuscrites de sa traduction de Macbeth...", etc.), d'Emile Verhaeren (un poème intitulé "Conseil"), de Jammes, Mockel, Eugènio de Castro, Salmon, Romains, Jaloux, Vildrac, etc. De Guillaume APOLLINAIRE, Paul Fort offre "... un long conte, un long poème et son &ea cute;tude sur André Salmon...".

95. FOUQUET Nicolas (1615-1680) Célèbre surintendant des Finances français, l'un des trois "fidèles serviteurs" du cardinal Mazarin que Louis XIV appela au Conseil d'en haut. Tombé en disgrâce en 1661, il mourut après seize ans d'une réclusion rigoureuse dans la forteresse de Pignerol - P.S. par lui et par huit autres conseillers du roi, 1 p. in-folio obl., vélin ; Paris, 1.VII.1660. 3 000/3 500 F

"Nous... certifions... qu'en vertu des lettres patentes du (jour et mois non complétés) de l'année 1655... M. Nicolas Jeannin de Castille... Trésorier... a, des deniers de l'exer.e de sa charge de la d.e année, et pour reste et parfaict paiement des despenses d'icelle, paié et satisfaict compta. à plusieurs personnes... la somme de deux milions neuf cents trois mille trois cents cinquante une livre deux deniers...", somme certifi& eacute;e exacte, justifiée, et "... dont Sa d. Ma.té ne veut que nous donnions plus particulière cognoissance...".

L'importance de la somme versée et le fait qu'il s'agissait probablement de justifier des dépenses secrètes ordonnées par Louis XIV, a sans doute nécessité la signature de tous les plus hauts responsables des Finances du royaume : outre Fouquet, nous trouvons celles du célèbre chancelier de France, Pierre SÉGUIER (1588-1672), des conseillers et intendants Etienne DALIGRE (1592-1677), Anthoine de BARILLON, Louis LE TONNELLIER d e Breteuil, Barthélemy SERVART, Jacques LE TELLIER, Jacques BORDIER et Denis MARIN.

A noter que la signature de Fouquet côtoie celle de Séguier (ce "Pierrot déguisé en Tartuffe", comme le surnommait Arnaud d'Andilly) qui allait jouer, l'année suivante, un rôle honteux dans le procès contre le Surintendant, allant jusqu'à désirer le voir monter à l'échafaud...

96. FRANCE Anatole, A. F. Thibault, dit (1844-1924) Romancier français, prix Nobel de littérature en 1921 - Manuscrit autogr., 28 pp. in-folio ; vers 1905. Reliure en toile, à rabats. 6 000/8 000 F

Texte original, avec ratures et modifications, de la deuxième scène de sa pièce Crainquebille tirée de la nouvelle du même nom, parue en 1903.

Marchand de quatre-saisons injustement condamné sur la foi d'un stupide rapport de police, Crainquebille est incarcéré et perd sa clientèle. Libéré, désespéré et affamé, il n'a plus qu'un recours : se faire remettre en prison. Pour le dreyfusard Anatole France, Crainquebille est l'image de l'innocent éternel qui s'est attiré les foudres d'une justice capricieuse.

 

Le rôle principal de cette pièce - dont le présent manuscrit renferme une partie essentielle : l'interrogatoire de Crainquebille par le Président du tribunal - sera joué par Lucien Guitry, puis par Jouvet et Doullin. En 1923, Jacques Feyder en tirera un film avec Maurice de Féraudy.

97. FRAZER, Sir James George (1854-1941) Ethnologue et folkloriste écossais - L.A.S., 1 p. in-8 ; Paris, 6.I.1920. En-tête illustré de l'Hôtel Lutetia. 500/800 F

Au psychologue austro-bohème, Theodor REIK, pour le remercier de l'envoi de son livre "Probleme der Religionspsychologie" ainsi que pour "... the very kind terms in which you refer to my writings. I am glad to learn that they have been of service to you...", etc.

Frazer avait publié en 1890 (puis réédité en 1915) son ouvrage "The Golden Bough" où l'idée foncière de l'auteur consistait à faire sortir la religion de la magie (une force d'évolution inhérente à l'humanité dégage lentement la culture de la barbarie, etc.). Quant à Theodor REIK (1888-1969), il fut l'un des premiers psychanalistes à ne pas posséder de formation m&eacu te;dicale, ce qui lui valut toute sa vie des contestations et même des procès. Il était entré en contact avec Freud en 1910. Plus tard, la montée du nazisme allait forcer Reik, qui était juif, à s'expatrier aux Etats-Unis.

98. GARIBALDI Giuseppe (1807-1882) Général et homme politique italien né à Nice - L.S., 1 p. in-8 ; Caprera, 21.III.1871. Pièce jointe. 2 000/2 500 F

Le général remercie ses chers amis de la Fratellanza Artigiana de Livourne pour la somme d'argent qu'ils ont bien voulu lui faire parvenir. Ces 800 francs seront distribués aux blessés et à leurs familles dès que le colonel Canzio, qui est à Gênes "... ove già si trova riunita una commissione per tale distribuzione ai feriti Italiani...", en prendra possession.

Joint : petite photo signée, par A. Noack, de Gênes.

99. GAUTIER Théophile (1811-1872) Ecrivain et poète français - L.A.S., 1 p. in-8 ; Neuilly, 22.VII.1868. Papier à son chiffre. Pièce jointe. 600/800 F

"Mon cher Vandal, me permettez-vous d'invoquer les vieux souvenirs de la rue du Doyenné et de la rue Marbœuf hélas ! déjà si loin de nous pour vous recommander une personne très intéressante... Si vous lui accordez sa requête cela me prouvera que vous n'avez pas tout à fait oublié votre ancien camarade de jeunesse...".

On joint un court billet A.S. du destinataire, Monsieur Vandal, accompagnant la lettre de Gautier : "Avez-vous l'autographe que voici ?".

100. GEOFFRIN, Marie-Thérèse Rodet, Madame (1699-1777) "Reine de salon" parisienne, elle était la femme d'un riche bourgeois fort ignorant. Elle sut tenir pendant plus de vingt-cinq ans l'un des salons les plus accueillants et aimable de son temps - P.S., 1/2 p. in-4 ; Paris, 1.V.1774. 600/800 F

Signature, date et mention "approuvé l'écriture" tracées au bas d'un reçu de 1593 livres quinze sols, somme que M. Guérin, caissier général de la Manufacture royale des glaces, lui paie "... pour le produit de la répartition des trois deniers pour lesquels M. d'Ambrun me représente...".

101. GEORGE, Marg.-Joséphine Weimer, dite Mademoiselle (1787-1867) Actrice française dont la beauté et le talent, naturel et passionné, suscitèrent le plus vif enthousiasme. Sa liaison avec le Premier Consul Napoléon Bonaparte est restée célèbre - L.A.S., 2 pp. in-8 ; "14 mars". 1 000/1 200 F

Touchante missive où l'on voit la vieille actrice, désormais oubliée et dans le dénuement le plus total, solliciter l'aide de sa jeune et illustre rivale Virginie DÉJAZET, laquelle brillait alors dans les rôles de travesti masculin, notamment dans celui de "Bonaparte à Brienne" !

"... Ma chère Déjazet, je viens à vous avec toute confiance... Je viens de passer trois semaines atroces. Voici le mois à payer et [il] me manque 1000 fr....". Son compagnon étant atteint d'une maladie nerveuse, elle n'ose lui en parler car il s'inquièterait outre mesure. Mademoiselle George promet un prompt remboursement : "... Voulez-vous avoir en[core] assez de confiance... Vous voyez, ma chère..., si je compte sur l'amiti é que vous m'avez toujours témoignée... Je vous demande de me garder le secret...". Beau témoignage d'une amitié sincère entre deux grandes dames du théâtre.

102. GIDE André (1869-1951) Ecrivain français qui, dans son œuvre comme dans sa vie, refusa toujours de se laisser dominer par le conformisme, d'où qu'il vienne. Prix Nobel en 1947 - L.A.S., 3 1/2 pp. in-8 ; Paris, 22.II.1908. 2 000/2500 F

A son confrère et ami René BOYLESVE (1867-1926), écrivain spécialiste du délicat libertinage, qui venait de lui faire parvenir son dernier roman intitulé "Mon Amour". "... J'en attendais beaucoup ; ... il ne m'a pas déçu... Ce livre plaît à l'écrivain que je suis ; il plaît surtout à l'homme-même... J'admire le subtil dosage, de page en page, de chair et d'âme...". Gide avoue remercier rarement des livres qu'on lui envoie ("... par peur des compromissions... je risque de passer pour goujat...") et s'il ne l'a pas fait à réception "... du Bel-Avenir...", il se souvient encore "... de la lettre que je vous écrivis d'Alger, après une première lecture de l' Enfant à la Balustrade, que je relus à haute voix à ma femme sitôt après, pour doubler mon plaisir du sien...", etc.

L'écrivain s'est permis de reprocher à Charles Perrier, "... l'infidèle secrétaire de l'Ermitage...", d'avoir coupé le livre de Boylesve ; il lui a aussi fait entendre qu'il préférait ouvrir lui-même ce qui parvenait à son adresse, ce qui a entraîné une réponse insolente de Perrier, lequel ne veut désormais plus rien envoyer. "... Je vous serais donc obligé... de bien vouloir pre ndre note de mon adresse, car je serais désolé de ne plus recevoir de vous votre livre suivant... Si je n'enlevais ce plaisir à personne dont l'éloge vous put agréer plus que le mien, volontiers je présenterais votre livre aux lecteurs de la Grande Revue...". Boylesve accepta, bien sûr, les conditions imposées par son ami et le succès de l'ouvrage fut assuré.

 

103. GIDE André - L.A.S., 1 p. in-4 ; Paris, 1.X.1938. 1 200/1 500 F

"... Votre affection me va droit au cœur et m'est de grand réconfort dans l'atroce période de dépression dont je ne suis pas encore sorti. Je songe à Fez comme à un havre de grâce...", écrit Gide (probablement à Guy DELORE ?). De plus, la récente disparition de son épouse et "... les difficultés de succession... me bouclent encore... Je suis dans les em. ... jusqu'au cou. Et, au sortir de là, je ne sais dans quelle situation matérielle je me trouverai. Je vous récrirai... je songe à vous avec une tendre affection...". Il ajoute un court post-scriptum à propos de la guerre franco-allemande qui vient d'éclater : "... De quel abominable cauchemar nous sortons ! On ose encore à peine se réjouir...".

Dans un souci de sincérité, l'écrivain s'apprêtait à faire paraître son "Journal de 1889 à 1938", prodigieux document qui ne laisse dans l'ombre aucune des hésitations, aucun des scrupules de son auteur.

104. GIDE André - L.A.S., 1 p. in-4 ; (Alger), 9.X.1944. 2 000/2 500 F

Très intéressante lettre dans laquelle Gide, qui a fui la guerre en se réfugiant sous le chaud soleil africain, ne ménage ni son talent ni ses efforts pour se faire inviter par son ami Guy DELORE à passer l'hiver dans sa merveilleuse propriété de Fez.

"Mon cher Guy Delore, Que d'événements depuis ma dernière lettre ! Presque tous mes amis d'ici ont regagné "la Métropole" (Paris avait été libéré par le général Leclerc le 25 août précédent) et je demeure à Alger, attendant un ordre d'appel... de jour en jour plus inquiet... redoutant... le retour dans un appartement sans chauffage, craignant au surplus de trouver à Paris pe u de motifs de joie et beaucoup de soucis et d'ennuis... Si j'y vais enfin, ce ne sera sans doute que pour peu de temps... et regagnerai le Midi le plus tôt possible. Il n'est pas d'endroit au monde où je sais pouvoir être plus confortablement installé... qu'à Fés... Quel souvenir j'en ai gardé ! grâce à vos prévenances et à vos soins affectueux...".

 

Il n'attend qu'un mot de son correspondant qui lui dise si cet oasis lui est encore ouvert "... et si rien ne s'oppose à mon retour auprès de vous, ami si dévoué et si charmant...". Il s'inquiète de savoir ce que sont devenus certains amis communs ("... et votre sœur, et Si Abda ?... Avez-vous des nouvelles de Robert ? Où est Faroul ?..."), parle de Denoël qui "... après un long séjour à Alger, s' est embarqué récemment pour Cherbourg-Paris...", et enfin, "... en attendant un revoir très espéré...", embrasse affectueusement son ami, lui promettant de récrire dès que ses projets seront moins nuageux.

105. GOUNOD Charles (1818-1893) Compositeur français - L.A.S., 3 1/2 pp. in-8 ; Paris, 12.V.1891. 1 000/1 200 F

Belle missive d'argument musical, adressée à un abbé. "... En parcourant le texte... de l'Office de N. D. de Lourdes, je ne relève, comme susceptibles d'être mis en musique, que les trois Hymnes...". Ces Hymnes, dont Gounod nous livre les titres, "... peuvent être traités soit à la façon des simples Psalmodies, soit en adoptant le Système rythmique dont on se sert pour les Proses...", ce qui selon le c ompositeur faciliterait leur mémorisation et leur popularité.

Il souhaiterait connaître l'avis de "... notre Eminent Cardinal..." et promet de s'occuper de l'Office et de sa composition : "... Je m'arrangerai à introduire comme une simple exclamation chorale dans ma Messe pour le Centenaire du baptême de Clovis, le cri : Vivat qui diligit francos, Christus !...".

Notons que l'échec de son dernier opéra amena Gounod à consacrer ses dernières années à la musique religieuse qui lui permettait de profiter des tendances persistantes de son mysticisme.

106. GUISE, Henri Ier de Lorraine, 3ème duc de (1550-1588) Surnommé le Balafré, il avait acquis à Paris une grande popularité lorsqu'il fut assassiné à Blois, sur ordre du roi Henri III - P.S. "Henry de Lorraine", 4 pp. in-4 ; (Paris), 24.VII.1584. Pièce jointe. 2 500/3 000 F

Acte de constitution d'une rente annuelle et perpétuelle de 83 écus 1/3, signé en présence de deux notaires et de deux témoins par le "... très hault et très puissant Prince, Monseigneur Henry de Lorraine, Duc de Guise et de Joyeuse, Prince de Joinville... Gouverneur et Lieutenant G.al pour le Roy [Henri III] des païs de Champaigne...", etc.

Bel et rare autographe du Balafré, poignardé à l'âge de 38 ans par l'un des Quarante-cinq (gardes fidèles au roi) alors qu'il passait de la chambre au cabinet d'Henri III à Blois.

Joint : carte A.S. de Jean d'ORLÉANS, duc de Guise ; Arc-en-Barrois, 1925.

107. HÉBERT Jacques-René (1757-1794) Révolutionnaire, rédacteur du Père Duchesne, l'un des plus violents adversaires des Girondins. Guillotiné - L.S. "Hébert substitut", 1 p. in-4 ; Paris, 11.XII.1792. En-tête imprimé du "Procureur de la Commune", avec petite vignette. Adresse sur la IVe page. 3 000/3 500 F

Le "Substitut" du procureur de la Commune (Chaumette), prévient les membres du Comité de la Section des Gravilliers qu'il est défendu de prendre aucune rétribution pour les expéditions délivrées "... en papier mort..." par leur secrétaire greffier.

La vignette imprimée en tête ("Commune de Paris - Liberté - 14. J.et 1789 - Egalité - 10. Aoust - 1792") et l'une des premières de la République.

108. HENRI II de France (1519-1559) Roi dès 1547, mari de Catherine de Médicis. Il fut tué accidentellement d'un coup de lance lors d'un tournoi - P.S., 1 p. in-folio obl. sur parchemin ; St-Germain-en-Laye, 5.VI.1547. Pièce défraîchie, mouillures et manque (restauré) dans la marge inférieure. 2 000/2 500 F

Aux Trésoriers de France. "... Comme feu n.re... frère Charles, duc d'Orléans... en continuant à nos chers... religieux du couvent des Cordeliers de... Chastellerault le don que leur avoyt esté faict par feu n.e cousin Jehan... comte de Harcourt... de quarante livres... durant cent ans pour la célébration d'une messe matinalle que cinq des Religieux... seroit tenu dire...", etc. Henri II avait succédé à Fran&c cedil;ois Ier le 31 mars précédent.

109. HENRI III de France (1551-1589) Roi dès 1574, il fut assassiné par le moine ligueur Clément - P.S., 1 p. in-folio obl., vélin ; Paris, 24.II.1576. 2 000/2 500 F

Le roi ordonne à son Trésorier de faire payer les gages de son office "... à sa très chère et bien aimée, la damoiselle de Malherbe, l'une des filles damoiselles de nostre espouse...", etc.

Cette demoiselle de Malherbe semble être la sœur du poète. En 1578, elle fut engrossée par le seigneur de La Loue qui reçut l'ordre du roi de l'épouser ; au retour du mariage, Henri III les envoya tous deux prisonniers au bois de Vincennes, menaçant La Loue de lui faire trancher la tête "... à cause de l'outrage et excès par lui fait en la maison de la reine son épouse, ayant été si présomptueux que d'engrosser une de ses filles..." (extr. du "Journal de l'Estoile", 1574-1589).

Quant à Henri III, il se fardait, se coiffait d'une toque ornée de plumes et de bijoux et portait des boucles d'oreille. Par sa toilette, il justifie le dire d'Agrippa d'Aubigné qui se demandait si c'était "un Roi-femme ou bien un homme-Reine" !

Pièce contresignée par le ministre Nicolas de NEUFVILLE, seigneur de Villeroi (1542-1617).

110. HENRI III - L.S., 1 p. in-folio ; Paris, 17.I.1587. Adresse. 2 500/3 500 F

Longue lettre au cardinal Prosper de SAINTE-CROIX (1514-1589), ancien nonce en France, pour lui ordonner d'intervenir auprès du pape SIXTE V en faveur des "... filles du deffunct Comte de Montaffié et de ma cousine la princesse de Conty...". Il est également question de son ambassadeur Pisany et de la nécessité qu'il y a, dans cette même affaire, à contacter le cardinal Jérôme RUSTICUCCI († 1603), secrétaire int ime du pape et protonotaire apostolique, etc.

111. HENRI IV de France et de Navarre (1552-1610) Roi de France dès 1589 après avoir abjuré le protestantisme. Souverain intelligent et réaliste, il fut assassiné par Ravaillac - Rare L.A.S., 1 p. in-folio ; (octobre 1582 ?). Adresse autographe. Ex-collection Lucien Graux. 15 000/20 000 F

Très belle et importante missive, écrite en tant que roi de Navarre.

Il vient d'apprendre que son cousin, le duc de "Monpansyer" (François de BOURBON, 1542-1592, futur gouverneur de Normandie dès 1589), est de retour des Pays-Bas et exprime le désir de le rencontrer au plus tôt. Il avait envoyé auprès de lui "... le Sr du Plessys... comme aussy depuys deux jours mon secrétaire Lamberdyère pour passer à Champagny et, pour ne vous fayllyr, an meme tams mon mettre d'ostel... vous dev oyt aller trouver à Saynt Forgens où on m'avoyt fayt antandre que vous estyes...".

Il est probable qu'ayant été informé de la mort récente (22 sept. 1582) du prince Louis de Bourbon, père de François, Henri IV ne voulait surtout pas manquer d'attirer ce dernier parmi ses partisans au moment où il rentrait en France prendre possession de ses domaines. Dans cette lettre, exceptionnellement toute de sa main, le roi précise qu'il s'en va faire un voyage à Pau "... que j'acourcyray le plus que je pourray afy n d'avoyr ce byen de vous voyr... desirant lyer et estreyndre très estroytement une perpetuelle amytye avec vous pour le byen et conservatyon de n.re maison...".

Le duc de Montpensier servira néanmoins les Valois jusqu'à leur dernier jour, mais sera l'un des premiers à reconnaître Henri IV comme roi de France et à lui obéir fidèlement. Notons que son père s'était signalé dans les guerres de religion où il avait montré une grande cruauté contre les Huguenots, ce qui explique probablement l'importance que le roi de Navarre donnait à cette rencontre avec le fils de son ancien adversaire.

112. HENRI IV de France - L.S. avec quatre mots autographes ("V.re byen bon maytre"), 1 p. in-folio ; Nérac, 11.VII.1583. Adresse. 3 000/4 000 F

Le roi de Navarre charge d'une délicate mission Monsieur de la Vallade, son conseiller privé et maître des Requêtes de l'hôtel. Celui-ci devra se rendre à Limoges "... recouvrer le reste de l'argent que le sieur d'Escars a entre les mains...", lequel appartient au souverain. "... Il faut, conseille le roi, sortir d'avec cest homme et lui oster l'argent des mains car il taschera de former toutes les difficultez qu'il pourra... L'app&eac ute;tit d'avoyr le revenue d'une année de la terre d'Ixideuil le fera plustost condescendre à la raison que chose du monde...", etc.

François Pérusse, comte d'Escars et ancien gouverneur du Périgord, était le frère du futur cardinal Annet d'ESCARS (1546-1612), partisan fougueux de la Ligue. C'est pourquoi la mission revêtait un caractère plutôt délicat.

113. HENRI IV de France - L.S., 1 p. in-folio ; Fontainebleau, 22.X.1603. Adresse. 2 000/2 500 F

Ordre donné au Parlement de Paris d'enregistrer des lettres patentes de création de deux maîtres jurés des villes du Royaume. Lors du premier examen, les membres du Parlement "... avaient retranché à la moitié..." cette demande. En raison de la joyeuse naissance de la "... très chère et très aimée première fille, et puisque c'est une chose nécessaire... aux pauvres artisans..." le souverain réitère son ordre "... Car tel est notre plaisir...". Pièce contresignée par Louis POTIER († 1630), seigneur de Gesvres, secrétaire d'Etat d'Henri IV dès 1589.

Isabelle de France (1603-1644) fut reine d'Espagne dès 1621. Elle avait épousé Philippe IV de Habsbourg en 1615 ; elle n'avait alors que douze ans et lui... dix !

114. HENRI IV de France - L.S., 1 p. in-folio ; Fontainebleau, 18.XI.1603. Adresse. 2 500/3 000 F

Le roi ordonne formellement aux gens du Parlement de Paris d'enregistrer un édit d'exemption de certains impôts. Les deniers que rapportera cette mesure sont destinés "... au rachapt de plusieurs bagues précieuses de la Couronne qui ont esté cy davant engagées... lesquelles si elles ne sont pas promptement retirées, demeureront entièrement perdues...".

Intéressant texte, contresigné par le célèbre Nicolas de NEUFVILLE, seigneur de Villeroi (1542-1617) qui, après avoir retrouvé sa charge de secrétaire d'Etat en 1594, avait négocié l'absolution d'Henri IV en 1595 ainsi que le mariage du roi (en 1600) avec Marie de Médicis.

115. HUGO Victor (1802-1885) Poète, romancier et homme politique français - L.A.S., 1 p. in-8 ; Marine Terrace (Jersey), 17.X.[1852]. Adresse autographe et marques postales. Inédite. 1 500/2 000 F

A la suite du coup d'Etat du 2 décembre 1851, Hugo s'était réfugié en Belgique et, dès le 16 août 1852, il s'installait avec sa famille dans la maison dite "Marine Terrace", à Jersey. Par cette lettre, le poète remercie Monsieur Sinnett, de Londres, qui lui proposait son aide : "... Quoique mon œuvre soit une œuvre solitaire et que je doive la mener à fin seul, je n'en suis pas moins reconnaissant à l'aide que vous voulez bien m'offrir. Je ne l'accepte pas, mais je vous remercie...".

C'est à Marine Terrace qu'eurent lieu les séances de spiritisme auxquelles l'écrivain fut initié par Madame de Girardin, et c'est aussi dans cette maison qu'Hugo connaîtra une période d'intense création littéraire et philosophique : le 18 novembre 1852, il commencera à composer les poèmes qui constitueront les "Châtiments".

116. HUGO Victor - "Anniversaire de la Révolution polonaise - 29 Novembre 1854 - A Jersey - Discours de Victor Hugo", 14 pp. pet. in-12. Avec corrections et rajouts autographes. 1 800/2 000 F

Rare plaquette en édition originale (tirée à l'époque à 20.000 exemplaires en grande partie détruits), reproduisant le discours prononcé par Victor Hugo à Jersey en 1854. Le poète y évoquait l'erreur faite selon lui par la France qui, au lieu d'intervenir en Pologne, s'est bornée à attaquer les Russes en Crimée, entraînant ruines et tueries inimaginables, ici longuement décrites.

 

Notre exemplaire comporte aux pages 4 et 9 des corrections autographes de Victor Hugo ; l'écrivain semble avoir voulu mettre à jour son discours en y ajoutant les faits de la guerre de Crimée intervenus après le 29 novembre : comme Varna, aussi "... Sulina est brulée...", précise-t-il avant de souligner que "... la civilisation subit l'horreur de cette guerre où d'assiégeants, nous devenons assiégés...&qu ot; !

117. HUGO Victor - Dédicace A.S. sur plaquette de 15 pp. in-12 ; Hauteville House, mai 1863. 2 000/2 500 F

Très rare exemplaire de son poème intitulé "A l'obéissance passive", composé à Jersey en janvier 1853, édition faisant partie des pièces des Châtiments publiées séparément. Cette plaquette porte sur le dernier feuillet blanc une jolie dédicace autographe du poète à une jeune personne : "... Aux pieds de Mademoiselle - Clara Mosson - Victor Hugo - H. H. mai 1863".

Dans son "Manuel de l'Amateur de Livres du XIXe siècle", Vicaire indique qu'il n'a pu voir que deux plaquettes - différentes de la présente, mais du même format et sans nom d'imprimeur - contenant des pièces extraites des Châtiments ; il se demandait alors si ces pièces avaient paru séparément pendant l'impression des Châtiments et si elles avaient été distribuées avant l'apparition du volume ; il en concluait qu'il s'agissait d'un "... point peu aisé à déterminer..." !

La dédicace de 1863 pourrait faire penser à un tirage à part, plus tardif ; mais le contraire pourrait aussi être valable...

118. HUGO Victor - L.A.S., 1 p. in-8 ; Paris, 3.V.1872. 1 800/2 000 F

A un poète et "vaillant confrère", dont la lettre semble lui parvenir bien tard : "... Non, peut-être... Si vous mettez au jour votre journal Ruy Blas, je veux que ma main presse publiquement votre main de penseur et de combattant. Je veux envoyer aux proscrits d'aujourd'hui la sympathie douloureuse des proscrits d'autrefois...", etc.

119. HUGO / DROUET 1883 - Dix "Feuilles de présence" (11 p. in-folio), avec plus de 200 signatures ; Paris, mai 1883. 6 000/8 000 F

Le 11 mai 1883, mourait à Paris Juliette DROUET, ancienne actrice devenue la maîtresse et l'amie fidèle de V. HUGO.

Ces feuilles, réunissant les signatures des personnes ayant participé à l'enterrement, furent conservées par les époux KOCH, neveux et héritiers de Juliette Drouet, et constituent le registre des obsèques de l'actrice. Accablé, le Poète n'avait pu quant à lui quitter la maison mortuaire pour suivre le convoi jusqu'au cimetière de Saint-Mandé.

Le premier signataire a écrit : "Je prie le Maître d'agréer mes tristes hommages...". Viennent ensuite (dans le désordre), les signatures autographes de LECONTE DE LISLE, Edmond ABOUT, Emile Augier, Benjamin Constant, Camille Sée, Gustave Toudouze, F. Flameng, Calmann Lévy, Jos. REINACH, Ollendorff, Ernest RENAN, Jean PSICHARI, Auguste RODIN, Ch. Monselet, Gaston CALMETTE, Hébert, J. Clarétie, C. Pelletan, Juliette Adam, Cat ulle MENDES, Judith GAUTIER, H. Roujon, Georges CLÉMENCEAU, Henri ROCHEFORT, A. Grévin, Louis Ulbach, Et. CARJAT, Léopold Hugo, Th. de BANVILLE, Paul Foucher, E. et J. Bastien-Lepage, Paul Déchanel, E. Texier, G.al Billot, A. Mérat, Pierre Véron, Paul Arène, M. et Mme Alphonse DAUDET, Lemerre, Bergerat, Cyprian Godebski, etc., etc.

Nombreuses sont les signatures restant à identifier. Certaines, comme celle de Stéphane MALLARMÉ sont à notre avis de la main d'amis qui les représentaient.

Document unique et fort émouvant où l'on retrouve les noms des gens du monde de la culture, de l'art (rappelons que l'ex-époux de Juliette était le sculpteur James Pradier) et de la politique s'étant déplacés pour rendre un dernier hommage à celle qui, par amour, consacra sa vie entière à Victor Hugo.

120. JAURÈS Jean (1859-1914) Homme politique et philosophe socialiste, fondateur du journal L'Humanité - L.A.S., 1 p. in-8. 800/1 000 F

A un confrère député. "... J'ai déjà lu votre beau rapport dans les documents de la Chambre. Mais je serai très heureux de l'avoir en volume avec votre discours...", etc.

121. KELLERMANN Fr. Christophe (1735-1820) Général français, maréchal d'Empire, duc de Valmy - L.A.S., 2 pp. in-8 ; "le 13 vendémiaire" (Paris, prison de l'Abbaye, 4.X.1794). 2 500/3 000 F

Arrêté sur dénonciation en octobre 1793, puis destitué "en raison de sa mollesse" et enfermé à la prison de l'Abbaye, Kellermann y passera treize longs mois avant d'être jugé, acquitté et... réintégré dans l'armée des Alpes !

Etonnante lettre adressée semble-t-il à sa maîtresse du moment, la "citoyenne Lamotte, rue Charlot au marais...". Le général, qui vit des moments difficiles, tente de ramener à la réalité sa correspondante, laquelle s'en va "... toujours babillant sans que l'on y comprenne la moitié..." et se réjouit de "... l'arrivée prochaine d'Albitte, quesque c'est que ce galimatiat... ensuite Dumas te racommode avec le genre humain... Au moins si tu veux que je t'écoute, nomme les masques parce que rien m'ennuie tant que ces mistaires sans rime ni raison. Tu dira encore : le vilain, comme il me traite ! Eh bien dis toujours, mais corrige toi...".

Devant bientôt paraître devant ses juges, Kellermann a fait distribuer son Mémoire, prêt depuis dix mois : "... la veille de mon jugement je ferai distripuere la dénonciation d'Albitte et ma réponse qui s'imprime... je te ferai passer un exemplaire du premier et plusieurs du dernier...". Il craint de finir "... à déraisonner..." comme son amie si cette situation devait se prolonger ; il termine néanmoins sa mi ssive en plaisantant sur "... la mère Levaquerie... une exelante femme que j'aime bien, mais lorsque tu voudra l'embrasser, c'est moi que tu dois en charger : je ferai la commission avec grand plaisir...".

Document nous révélant la vraie personnalité de cet homme de guerre qui survécut au roi, à la République et à l'Empire, après les avoir servis tour à tour !

122. KELLERMANN Fr. Christophe - P.S. "le g.al Kellermann", 1 p. in-4 ; Paris, 4.II.1795. 800/1 000 F

Certificat très élogieux concernant le général J. F. BERRUYER (1738-1804) qui "... a servi sous mes ordres en 1791... ; ... en 1792 il commandoit, sous mes ordres, la brigade des Carabiniers où il a été fait Général de Brigade...", etc. Portrait joint.

123. LA FAYETTE, M. J. Gilbert Motier, marquis de (1757-1834) Général et homme politique français - P.S., 1 p. in-folio ; Paris, 1.IX.1790. En-tête avec vignette et texte en partie imprimé. Sceau sous papier. 1 500/2 000 F

Joli "Brevet de nomination de Sergent de Grenadiers" de la Garde-Nationale parisienne, délivré au Sieur Charles Caillon. Pièce signée aussi par le Maire de Paris, Jean-Sylvain BAILLY (1736-1793, guillotiné) et contresignée par Boucher et Poirey. On joint les portraits gravés de Lafayette et de Bailly.

124. LA FAYETTE, M. J. Gilbert Motier, marquis de - L.A.S. (init.), 1 p. in-4 ; La Grange, 18.II.1800. 8 000/10 000 F

Très belle lettre écrite quelques mois après son retour en France, après sa captivité à Olmütz et son exil en Hollande.

Il remercie son correspondant de ses témoignages d'estime et d'amitié, et donne les raisons pour lesquelles il ne veut pas se mêler de politique : "... Il m'est d'autant plus doux d'en recevoir en rentrant en France qu'ils me certifient l'existence de patriotes sincères et purs qui ont échappé aux poignards ou aux échaffauds de la tyrannie... il importe à la réparation des maux, à l'espérance du bien que le g ouvernement soit encouragé dans sa disposition à faire de bons choix ; mais il me semble que vingt trois années de vicissitudes, la perte de tant d'amis, les malheurs de ma famille s'unissent au besoin que j'ai de la retraite pour m'en donner le droit, et peut-être le devoir. Je ne tiens plus aux affaires que par la communauté de cause avec les compagnons qui en aoust 92 furent associés à mon départ ; le parti que je pris, après le 18 brumaire, d e terminer ma proscription me fut surtout inspiré par mon zèle pour eux, et dès le lendemain de mon arrivée je fus assuré de leur retour...", etc.

125. LA FAYETTE, M. J. Gilbert Motier, marquis de - L.A.S. (init.), 1/2 p. in-4 ; "7 fructidor" (an 9, soit 25.VIII.1801). Adresse autographe. 1 800/2 000 F

Au citoyen La Varennes-Machon, à Paris. "... Le plus pressé est de vous envoyer un léger secours pour Mme Louvain ; voudriez-vous me donner un rendez-vous... pour causer ensemble de ses intérêts ? Mon adresse actuelle est rue Verte n° 1091... J'ai fait passer à mon ami vos reproches... le mariage de ses deux filles et quelques autres affaires l'ont fort occupé...", etc.

126. LAMARTINE, Alphonse de (1790-1869) Poète et homme politique français, l'un des principaux représentants du romantisme - Correspondance réunissant 50 pièces (39 L.A.S. ou P.S. + 11 de son secrétaire ou écrites par ce dernier au nom du poète), environ 55 pp. in-8 et in-12 ; Paris et Mâcon, 1855/1862 (ou non datées). Trois pièces impr. jointes et quelques enveloppes autogr. 10 000/12 000 F

Le coup d'Etat du 2 décembre avait rendu Lamartine à la vie privée et à l'écriture. L'activité agricole de ses vignobles mâconnais ne lui permettant pas de subvenir à ses besoins et ses énormes dettes n'étant toujours pas épongées, le poète multiplie ses publications dans l'espoir d'en tirer quelque argent et... s'endette toujours plus !

Cette correspondance, échangée avec son éditeur parisien Hippolyte SOUVERAIN (1803-1880) - celui-ci fit office de banquier pour Lamartine ! -, est essentiellement relative à des demandes d'argent. La question littéraire n'y est cependant pas tout à fait absente et dans sa première missive, non datée, le poète envoie "... avec grand plaisir... et ma reconnaissance... mes Vol. de Notes...". En janvier 1855, il annonce qu'il se lance dans une nouvelle entreprise, "... une grande publication. Je vous la recommande... Recommandez-la à vos amis...", et en mars 1855, il se propose de rencontrer Souverain, qui semble s'intéresser à son Histoire de la Russie : "... Je vous donnerai option entre une ou deux combinaisons utiles à vous et à moi. 20.000 me suffiront au lieu de 40.000 pour avance sur ce livre...".

Le 26 mars 1855, Lamartine et Souverain signent un contrat - ici en original, rédigé et signé par l'éditeur et deux fois approuvé par le poète - stipulant que le Poète reçoit un prêt de 20.000 francs "... pour servir aux frais d'impression, de publication, etc., d'un ouvrage... intitulé : Histoire de la Russie, 2 volumes... En considération de cette participation à l'opération... Mr de Lamartine remettra à Mr Souverain cinquante centimes par exemplaire...", etc. Une note tracée au crayon au bas d'un document daté du 29 juin 1856 et écrit de la main de l'éditeur nous informe que "... le livre ayant été vendu à Perrotin, Mr Lamartine m'a réglé 5000 francs au 15 janvier 1856..." comme le prévoyait une clause rajoutée plus tard au contrat.

Dans une lettre du 26 avril (1855), écrite par sa femme depuis le "31, rue de la Ville L'Evêque", Lamartine annonce que le "... premier volume est depuis plusieurs jours à l'impression, la moitié du second se copie, mais..." sa santé et "... l'ajournement de l'Exposition [Universelle de Paris, en 1855] au premier Juin retarderont... la mise en vente...".

Le 19 juin 1855, le poète accepte de liquider "... volontiers votre prime sur la Russie par un effet de 5000, mais au 15 janvier [1856]..." ; ceci est confirmé par une note d'Hippolyte Souverain tracée sur le contrat même.

Par une lettre datée de Monceau le 20 janvier 1856, nous apprenons que l'édition de son "... Cours de Littérature n'est pas affaire de Libraires mais de cœur. A peine annoncé ici dans les départements voisins elle prend à merveille et les souscriptions affluent. Le prix n'effraie personne hors du monde des affaires...". Les choses ne vont cependant pas dans le sens souhaité par Lamartine et on sent de plus en plus dans ses lettres cet urgent besoin d'argent que Souverain hésite désormais à lui avancer. Le poète justifie ses retards, invoque la maladie, supplie "... l'homme Bienveillant et obligeant à qui je porte reconnaissance et estime...", lequel, en se rendant à St Point, le trouvera "... au fond des montagnes..., la nullité de nos recettes en vignobles ne valant pas la peine de se déplacer pour assister à des vendanges qui ne seront qu'un tableau de m isère. Heureusement mon entreprise littéraire a un succès inattendu dans les Amériques Espagnoles (!) et surtout au Brésil. J'aurai 34 mille abonnés à peu près assurés..." (lettre du 27 août 1856).

 

Six mois plus tard pourtant (janvier 1857), Lamartine réclame encore 10 ou 12.000 francs..., puis 2000, puis 3000 ("... que vous êtes peu complaisant de me refuser 3000 francs... au moment où je réussis tout pour un prix de 420.000 francs..." !). En

février 1859, c'est d'un paiement de 200.000 francs dont il est question, puis en mars un autre de 160.000 francs, etc.

Une lettre, datée du 4 juin (1859), nous renvoie l'écho des batailles gagnées en Italie par les armées franco-sardes sur les Autrichiens ; cette nouvelle suffit à l'ancien représentant du peuple, ministre en 1848, pour se réjouir des succès de l'empereur Napoléon III et caresser l'espoir de voir enfin sa situation s'améliorer : "... J'espère que ces victoires vont faire reprendre les affaires littérai res, triste compensation à tant de morts..." !

L'enthousiasme et la confiance reprennent lorsqu'il annonce en avril 1860 que son "... affaire d'Oeuvres générales va à merveille. 500.000 en 37 jours. Vous pourriez m'aider..." ; mais au début de l'année 1861, la grave maladie de sa femme le retient à Mâcon "... avec autant d'inconvénients pour mes affaires littéraires que de chagrin pour mon cœur... Ayez 6000 f. à mon service... Je vous donnerai des gage s en brillantes valeurs..." ; Lamartine veut pouvoir payer ses "... braves paysans !... Vite, vite, vite... L'abonnement va bien mais le tems de recouvrer... Je paye un million ce quatre juin. Songez si j'ai besoin...".

C'est d'une main incertaine qu'à la veille de Noël 1861 le poète, désespéré, s'exclame : "... Venez... Vous verrez où j'en suis par la trahison d'un Journal qui m'a enlevé toute ma recette ! Laissez-moi seulement le tems de reprendre pied et haleine...", etc.

Trois ou quatre missives sont de la main de Madame Lamartine ou de la nièce bien-aimée de l'écrivain, Valentine de Cessiat. Sept autres sont rédigées par de proches collaborateurs : Madame A. Grosset (5), Messieurs Detot et Rivat. On joint trois imprimés se rapportant "Aux Abonnés du Civilisateur" (1853) et au "Comité de souscription Lamartine" (1859).

127. LAMENNAIS, Félicité Robert de (1782-1854) Ecrivain et penseur français, chef du catholicisme libéral en Europe - L.A.S. (init.), 3 pp. in-8 ; Paris, 19.IV.1852. Adresse autogr. 2 000/2 500 F

Virulente missive adressée à Madame LIGERET à la Nouvelle-Orléans, où Lammenais stigmatise la politique et la société, dénonce sans trêve la misère et la complicité du Clergé avec le pouvoir, défend la fraternité et la justice. Baune, inculpé et condamné aux procès d'Avril en 1835, membre du Comité directeur de la Réforme vient d'être arrêté ; et conduit à Mazas puis incarcéré deux mois dans une cellule. Il a pu s'échapper et s'enfuir à Bruxelles, "... moins à plaindre que les milliers de malheureux que, sans jugement aucun, on déporte en Afrique et à Cayenne...". Lui-même vit seul, luttant contre les infirmités et se distrayant avec des livres, car il ne lit plus les journaux qui ne paraissent que sous le contrôle de la police.

L'Empire va être établi. On prévoit le 10 mai 1852 une distribution de drapeaux au Champ de Mars suivi d'un grand banquet où, dit-on, "... l'Empire sera proclamé le verre à la main...". En fait, la proclamation sera faite le 22 novembre, après le plébiscite. "... On craint la guerre, les suites, le désordre des finances, la prolongation et l'aggravation de la misère, résultat du manque de travail et de la suspension des affaires, on craint tout dans la nuit où l'on est plongé, nuit sillonnée de lueurs funèbres et pleine de fantômes sinistres...", etc.

Eléonore LIGERET de CHAZEY, écrivain de langue française à la Nouvelle-Orléans, est l'auteur d'un ouvrage intitulé "Les Créoles", publié en 1855.

128. LAMENNAIS, Félicité Robert de - L.A.S. (init.), 3 pp. in-8 ; Paris, 8.I.1854. Adresse autographe. 2 500/3 000 F

Adressée également à Madame LIGERET, cette lettre est l'une des toutes dernières écrites par Lamennais qui devait mourir un mois plus tard. "... A la tyrannie qui s'aggrave chaque jour, se joint une misère profonde, qu'il faut supporter en silence. Un malheureux a été dernièrement condamné à cinq ans de prison pour avoir dit qu'il manquait de travail. Au dehors, les hontes de Louis-Philippe étaient de la gloire auprès de notre abaissement présent... Le trésor est vide. On parle de vendre, pour le remplir, les biens des hôpitaux...". Le pain est cher, les loyers ont doublé et on chasse l'industrie de la ville de Paris. "... Au milieu de tout cela, le clergé à qui on ne refuse rien, pouvoir, argent, le clergé plus maître qu'il n'était au Moyen Age, bénit un régime si heureux... la sympathie ne saurait être bi en forte entre un moine gras et un maigre ouvrier à qui le dernier prêche dévotement et affectueusement les salutaires douceurs et le mérite de l'abstinence...", etc.

 

129. LAMENNAIS, Félicité Robert de (Pièce concernant) - Manuscrit anonyme, 3 pp. in-folio. 1 200/1 500 F

Copie ancienne (vers 1845 ?) d'une lettre du Chev. Alexis François ARTAUD de MONTOR (1772-1849) adressée au Comte de Villèle le 13 juillet 1824. Le Chevalier, alors diplomate à Rome, y rend compte au gouvernement français du séjour à Rome de Lamennais. Très contesté par le clergé gallican et par l'Université, ce dernier avait été chercher aide et protection auprès du pape. Léon XII le reçut avec beaucoup d'affection et il fut même question d'offrir à l'écrivain un canonicat ou un poste dans une bibliothèque "... comme Monsignor Mai... aujourd'hui cardinal...". Certains théologiens romains contredisent les doctrines de ce prélat et "... la grande franchise de M. de Lamennais lui nuirait ici pendant un long séjour...". Il songe à repartir prochainement, car d'une part il ne supporte pas le climat de Rome, d'a utre part "... les membres du clergé italien et ceux du clergé français ne savent pas vivre ensemble...", etc.

Dans une note, ajoutée dans son ouvrage sur Léon XII vers 1842, Artaud précisait que "... Mr de Lamennais, laissé à Rome s'il eut voulu s'y fixer, ne serait pas ce qu'il est devenu,... la Ville Eternelle aurait calmé ses revendications..." !

130. LAMENNAIS, Jean-Marie Robert de (1780-1860) Abbé, frère du précédent - L.A.S., 2 pp.in-4 ; St Brieuc, 13.IV.1820. Adresse. Fortes piqûres. 800/1 000 F

Curieux texte où l'on voit l'Abbé de Lamennais donner au Vicaire de Pleudihen une consultation sur l'intérêt et l'attitude de l'Eglise ; il se demande s'il est juste qu'un prêteur exige des intérêts sur les sommes qu'il avance.

131. LA PEYRONIE, François Gigot de (1678-1747) Chirurgien français. Professeur d'anatomie au Jardin du roi, il fonda l'Académie royale de chirurgie en 1732 et obtint la séparation entre les chirurgiens et les... barbiers ! - Rare L.A.S., 3 1/3 pp. in-4 ; Versailles, octobre 1741. Adresse. 2 000/3 000 F

Intéressante lettre à son éminent confrère Claude Nicolas LE CAT (1700-1768), anatomiste, chirurgien et inventeur d'automates (avec Vaucanson), où La Peyronie nous livre des informations fort précises sur les progrès du traitement de la maladie de la pierre, et notamment sur une nouvelle technique de l'opération de la taille des gros calculs qui vient d'être expérimentée avec succès. Portrait joint.

Célèbre chirurgien lithotomiste, Le Cat avait inventé un urétrotome destiné à conduire le cystotome qui incise la vessie.

132. LÉAUTAUD Paul (1872-1956) Ecrivain français, chroniqueur et critique féroce - L.A.S., 1 p. in-8 ; Paris, 24.VII.1945. 2 500/3 000 F

Au poète et critique Yves-Gérard LE DANTEC (1898-1958), au sujet de la publication d'un fragment de son "Journal" se rapportant à Charles MAURRAS qu'il n'a pas volontairement ignoré : "... Je n'ai pas de ces procédés et d'autant que je tiens Maurras pour le plus grand écrivain actuel ; sa verve, sa culture, son manque de pédantisme..." font de lui un homme face auquel les "vedettes" du moment devraient & quot;... lever leurs chapeaux...". Léautaud avoue ignorer "... la production poétique de Maurras. Ce qui peut vous assurer que je vous dis vrai à ce sujet, c'est que je ne me suis pas gêné pour citer l'Action française...", etc.

On épurait, en France, en ces années d'après guerre, et Maurras avait été... pétainiste !

133. LE CORBUSIER, Ch.-Edouard Jeanneret, dit (1887-1965) Architecte suisse, naturalisé français en 1930. Par ses écrits, par l'école qu'il fonda à Paris et par ses réalisations, il s'est imposé comme l'un des maîtres de l'architecture moderne - Manuscrit autographe avec dessins, crayon et stylo, 3 pp. in-4 ; (Paris, 1929). 15 000/20 000 F

Notes autographes pour un article (ou une conférence ?) présentant son projet d'extension du fameux quartier moderne Frugès à PESSAC, dont la première tranche avait été exécutée mais fort mal accueillie par les autorités locales qui refusaient d'en autoriser la conformité.

L'Inquisition aurait mis sur "... la broche Galilée parce qu'il prétendait que la terre était ronde. Et souvenez-vous que Thiers suppliait le Parlement de s'occuper d'autre chose. Cette atmosphère Mr. Louch.[eur, ministre du Travail] l'a sentie. Il connaît tout de PESSAC... Mais l'automne dernier, alors que sa Loi... mettait en rumeur le monde professionnel qui protestait contre les limites basses de ses prix, il m'a prié d'étudier le p roblème posé...". Le Corbusier rapporte que le problème en question est maintenant résolu, le ministre lui ayant dit en acceptant avec vive satisfaction ses plans, "... qu'il admettrait au bénéfice de la loi tous ceux qui emploieraient nos plans. Nous allons donc, probablement avec des concours bordelais, terminer... Des deux secteurs actuellement réalisés, s'étend jusqu'à la route d'Arcachon un beau terrain dont la voierie est faite par Mr F.[rugès] et accepté par la Mairie. Nous allons construire une trentaine de maisons du type à sec...", etc.

"... Voici les maisons Loucheur (dessins)...", etc. La dernière des trois feuilles présente un résumé graphique schématisé des maisons (contiguës ou individuelles, formes cubiques, toits plats) faisant partie de son second projet se basant sur la loi Loucheur du 13 juillet 1928. Le Corbusier y a dessiné ses constructions et leurs jardins respectifs, leur disposition dans le lotissement, noté les superficies, etc.

Intéressant document émanant d'un des plus grands architectes du XXe siècle !

134. LESSEPS, Ferdinand de (1805-1894) Diplomate français, il œuvra au percement de l'isthme de Suez - L.A.S., 1 p. in-8 ; Paris, 19.V.1885. Pièce jointe. 1 200/1 500 F

Très curieuse missive concernant sa rosette de la Légion d'Honneur, perdue - et retrouvée - dans le salon de la princesse Mathilde. Il s'adresse au peintre Claudius POPELIN : "... La rosette que vous avez trouvée dans le salon de notre gracieuse et excellente princesse était à moi comme vous l'avez deviné, mais elle est à vous [comme vous] l'avez désiré... La voici à la page suivante...". Cette rosette de Ferdinand de Lesseps est encore accrochée à la présente lettre.

135. LHOTE André (1885-1962) Peintre français, il joua aussi un rôle important de pédagogue et de critique d'art - Manuscrit autographe, 1 page in-folio (cm 42 x 15,5) ; vers 1945. 5 000/6 000 F

Intéressant texte sur son art, environ 70 lignes remplissant une longue feuille verticale au dos de laquelle se trouve un petit dessin à la plume représentant la partie avant d'un pied. André Lhothe nous y livre son parcours artistique non pas fait de "... sauts brusques et contradictoires [mais suivant] une même ligne de conduite, avec pointes vers l'abstrait et le concret, comme le rythme d'une respiration...".

"Après 35 ans de travail et de recherches, la boucle est bouclée. 1908-10, premières toiles, spontanées, écriture bouclée... comme si le peintre voulait ramasser en une gerbe cohérente les éléments disséminés du spectacle naturel...". Puis l' "... ancien sculpteur décorateur...", découvre les vieilles fresques et vieux vitraux aux "... couleurs éclatantes...", &q uot;...Gauguin, chez un amateur et l'impressionnisme, à travers les revues...", et encore "Cézanne, qui le pousse à la monumentalité...", etc. En 1911, premiers essais cubistes et participation "... à leurs manifestations (Section d'or, etc.). Ceux-ci, cependant ont peine à lui donner son indépendance et l'article de Jacques Rivière. Pour le punir, Gleizes et Metzinger l'excluent de leur livre...", etc.

Lothe constate qu'il est très "... difficile de mener ensemble le problème forme et le problème couleur. Nécessité d'abandonner la couleur vitrail du début. Mais la gamme gris et noir des cubistes n'est pas adoptée... Autre indépendance vis à vis des cubistes intransigeants : Compositions familières : Escales... met à la mode les sujets galants et marins. Scènes de famille, scènes mythologiques modernisées (Jugements Pâris, Ledas), 14 juillet, Foot-ball...".

"... Actuellement... Son idéal... : calligraphier le clair-obscur...". Après quelques lignes explicatives, il recommande, afin d'éviter "... de tomber dans le réalisme et la vulgarité... que la couleur seule donne l'équivalent des contrasts de valeur. Le bleu clair égale le sombre, l'orangé de même valeur la clarté solaire... Caractère dionysiaque de ce dessin dynamique et enroulé comme une d anse. Ainsi on est pris à la fois par l'esprit et les sens...".

 

136. LINGUET Simon Nic. Henri (1736-1794) Avocat et écrivain, embastillé pour ses écrits jugés subversifs et enfin guillotiné sous la terreur - L.A.S., 3 1/2 pp. in-4 ; Paris, 14.IV.1791. 800/1 000 F

Longue missive à son ami "Monsieur Jacob fils, nég.t à Rheims - Champagne" où, tout en commandant 200 bouteilles de champagne, Maître Linguet se livre à d'amusantes considérations économiques, philosophiques et politiques : "... Avez-vous du rouge, bon, et bien Constitutionnel ? et à quel prix la pièce, en Cercle ?... Il est tombé il y a huit jours une grèle du diable, grosse comme des balles de mosquet... [mais] dans nos jardins civiques... les fleurs des pêchers n'en ont pas été atteintes. J'en ai trois... qui ont soutenu cette grelade, la même, que toutes nos gardes nationales...", etc. Puis, plus loin : "... On assure ici que vous êtes aristocrates, comme des chiens, vous autres remois. Le dialogue entre M. Laberte, notre digne représentant des Communes gallicanes, et M. Lavie... a échappé de cette île...", etc. Adres se et sceau de cire rouge. Portrait gravé joint.

 

137. LOUIS XII de France (1462-1515) Roi dès 1498, surnommé le "Père du peuple" pour la prospérité que son règne procura à la France - P.S., 1 p. in-folio obl., vélin ; Blois, 6.V.1513. Défraîchie et froissée. Manque dans la partie inf., avec perte de la signature du ministre d'Etat. 2 000/3 000 F

Ordre adressé à ses trésoriers et au "... bien amé Pierre Lombart, receveur ordinaire en nos pays d'Agenoys...", qui devront régler ce qui est dû à Pierre de La Salle et au Lieutenant du Sénéchal d'Agenois et Gascoigne, ce dernier ayant fait à Blois les "enquestes" qu'on lui avait demandées, etc.

 

138. LOUIS XIV de France (1638-1715) Roi dès 1643, dit le Grand - Manuscrit autographe, 5 1/2 pp. in-4 ; Gotthem (Flandres), 23.V.[1672]. 120 000/150 000 F

Précieux ordres militaires, entièrement de la main du roi, se plaçant au début de la campagne de Hollande que Louis XIV commandait lui-même, ayant Turenne à ses côtés. Il y décide, avec la plus grande précision, l'ordre de marche, l'emplacement des troupes : infanterie, artillerie, dragons. Le camp devra être formé entre Baerle et Merendert (Beltem et Meerendre, à l'ouest de Gand). Il nomme ses g&eacut e;néraux Lorge, Rochefort, le Chevalier de Lorraine, attribue leurs rôles respectifs ; le duc de Montmouth (fils naturel de Charles II, décapité en 1685) marchera avec l'infanterie, etc.

"Demain matin, à la pointe du jour - écrit le roi - les 2 aislles de cav.[ale]rie marcheront. La droitte passera sur le pont du quartier et la gauche par un guay qui est à la teste de la première ligne... L'infanterie ne prendra point les armes qu'on ne voie que la brigade de La Feuillée achève de passer le pont. Il y aura un escadron à la teste et un autre à la queue de l'inf.rie... Le Ch.r de Loraine ira faire le camp. Les gar des marcheront avec luy, et après les menus bagages...".

Le général "... de Lorges... fera exécutter mes intentions, et se rendra après auprès de moy pour faire ce que je luy commenderay... Qu'on se souvienne de l'ordre de repetter tout ce que J'ai ordonné, pour que personne ne s'escarte, qu'on ne tire pas, et autres choses... On avertira chaque commendant d'escadron de ne galoper jamais, quoyque escadron qui sera devant luy s'esloigne un peu trop, à moins que luy soit expressement commend&e acute;... On campera un bataillon de fusilliers auprès du canal... et l'autre vers la Lis...", etc.

La manœuvre ici décrite et dirigée en personne par Louis XIV aboutira au passage du Rhin (9/12 juin 1672), près de Tolhuis, où le duc de Longueville sera tué. Les villes d'Arnheim, Doesbourg, Utrecht, Nimègue, Crèvecœur, et bien d'autres encore, seront prises par les Français en quelques semaines et cette avancée entraînera la défaite du prince d'Orange devant Voerden...

Il est extrêmement rare de trouver de si longs textes entièrement autographes du "roi Soleil", la plupart étant écrits par des secrétaires de la main. Pièce exceptionnelle !

139. LOUIS XIV de France - Pièce autographe, 12° obl. ; (Versailles, 1703). Cachet de cire. 3 000/4 000 F

Rare enveloppe autographe, avec paraphe, adressée en 1703 par Louis XIV à son fils ("A mon fils le Comte de Toulouse"). Au dos, joli petit sceau de cire rouge aux armes royales (empreinte de sa bague-cachet ?).

Louis Alex. de Bourbon, comte de TOULOUSE (1678-1737) était le troisième fils légitimé du roi et de Madame de Montespan. Amiral de France, il prit part à la guerre de Succession d'Espagne ; cette enveloppe royale lui fut adressée durant cette longue campagne hors de France.

140. LOUIS XV de France (1710-1774) Roi dès 1715, il subit l'influence de ses favorites, dont Madame de Pompadour fut la plus célèbre - P.S. "Bon - Louis", 1 p. in-folio ; Versailles, 29.VII.1759. 3 000/3 500 F

Ordre destiné au responsable de la garde de son Trésor Royal qui paiera comptant "... aux héritiers de feu d.lle Marie barbe de la Battue, femme de chambre de mon petit fils le comte de Provence (futur LOUIS XVIII), la somme de sept cent dix huit livres six sols huit deniers..." restant de la pension royale qui lui fut accordée "... jusques et compris le 22 may [1759], jour de son décès...".

Belle signature autographe. La pièce est contresignée par le ministre d'Etat Louis PHELYPEAUX, comte de Saint-Florentin (1705-1777).

141. LOUIS XV de France - L.A., 4 lignes sur page in-8. Adresse autographe et cachet de cire aux armes royales sur la IVe page. 4 000/5 000 F

Curieux billet, datant vraisemblablement de l'année 1767 (ou 1768) et adressé à son "Cousin, le p.ce de Lamballe", où le roi demande "... en quel état sont les chevaux des deux meuttes et si la petite Meutte pouroit chasser demain...".

Louis Alexandre de BOURBON, prince de Lamballe (1747-1768), avait épousé en 1767 la princesse M. T. L. de Savoie qu'il abandonna après quelques mois. Il avait été chargé par Louis XV - qui l'avait nommé Grand Veneur de France - de l'organisation de ses chasses (et d'autres "divertissements"). Libertin, il mourut à l'âge de vingt ans des suites de ses débauches.

142. LOUIS XV de France (Une fille de) - L.A.S., 1 p. pet. in-4, de la Princesse VICTOIRE de France (1733-1799) ; Versailles, 31.VII.1770. Adresse autographe et cachet de cire rouge. 1 000/1 200 F

La Princesse explique à son amie Madame de Civrac, qui prend les eaux à Plombières, que son silence est dû à la maladie et non à l'oubli, et se plaint de son ennuyeuse solitude : "... Madame,... j'ai esté malade. La fièvre tierce qui m'avait quittée, m'a reprise et m'a fort tourmentée. Vous me feriez la plus grave injure de croire que mon amitié fut diminuée... Je me suis souvent informée de vos nouvelles... Vous voyez certainement plus de monde à Plombières que nous ; ici nous sommes dans la plus parfaite solitude...", etc.

143. LOUIS de France (1729-1765) Dauphin de France, fils de Louis XV, chef du parti dévot, opposé aux favorites de son père - L.A.S., 1/2 p. in-4 ; Marly, 21.VI.1761. Portrait joint. 1 500/2 000 F

Intéressante lettre politique confirmant, contrairement à certaines allégations, que le fils de Louis XV, qui espérait prochainement succéder à son père, suivait de très près les affaires de l'Etat. Le Dauphin prie son correspondant "... de ne pas oublier l'affaire de l'Electeur de Bavière et de vous informer des Commissaires qui se trouveront demain au Conseil, des raisons qui en ont retardé jusqu'à présent le jugement...". L'Electeur en question était alors, et depuis 1745, Maximilien III Joseph (1727-1777) ; à sa mort éclata la guerre de Succession de Bavière.

144. LOUIS XVI de France (1754-1793) Roi dès 1774, il ne sut pas faire face à la Révolution et fut guillotiné - P.S., 1 p. in-folio ; Versailles, 12.V.1782. 2 500/3 000 F

Etat des gratifications et des appointements relatifs aux Gardes françaises pour un montant total à 48.090 livres qui sera payé pour la Revue du Roi du 7 mai précédent. Belle signature autographe autorisant le Cap. Dumas, "Maréchal des Logis du Régiment de mes Gardes françoises" à régler ladite somme et à la partager selon les indications précisées sur l'"Etat".

145. LOUIS XVI de France - P.S., 1 p. in-folio ; Paris, 14.X.1791. Défraîchie. 4 000/5 000 F

Pièce signée par Louis XVI après la fuite de Varennes (20/21 juin 1791) ordonnant au Trésorier Général de la liste civile de payer comptant la somme de 1648 livres 10 sols "... pour leur traitement en qualité de graveurs des Cartes de mes Chasses et Domaines..." aux artistes Charles BRUNESEAU, Joseph PERDOUX (1759-après 1810 ; paysagiste) et Ant. François TARDIEU (1757-1822), graveur de cartes géographiques.

Contresignée par Arnaud de LAPORTE (1737-1792, guillotiné), intendant de la liste civile, qui a ajouté après son nom : "à payer sur le certificat de Mr Berthier" ; cet ingénieur géographe n'était autre que le père du futur maréchal BERTHIER.

146. LOUIS XVI de France - P.S., 1 p. in-folio ; Paris, 6.VII.1792. 3 500/4 000 F

Le Trésorier général Tourteau de Septeuilest autorisé à payer comptantau Sieur BERTHIER, ingénieur géographe et père du futur Maréchal d'Empire, la somme de 2908 livres "... pour être employée au payement du traitement des trois Graveurs de la Carte de mes chasses pendant le Quartier d'avril 1792...".

Notons que ce document, dont le contenu se rattache au lot précédent, porte l'une des dernières signatures autographes de Louis XVI : elle fut apposée 35 jours avant son enfermement au Temple.

Pièce contresignée par l'Intendant de la liste civile, Arnaud de LAPORTE (1737-1792), lui-même arrêté après le 10 août et guillotiné deux semaines plus tard.

147. LOUIS XVIII de France (1755-1824) Roi dès 1814, il fut appelé au pouvoir à la déchéance de Napoléon Ier - P.S. par lui et par le futur CHARLES X, 1 p. in-4 ; Schonbornlurst (Coblence), 11.XI.1791. 2 500/3 000 F

Du château de Schonbornlurst, mis à la disposition des frères de Louis XVI par l'Electeur de Trèves, oncle des Princes, ces derniers confirment, conjointement, au comte François de Soustain, capitaine et député des officiers du Régiment de cavalerie Royal-Guyenne, l'ordre reçu de se rapprocher toujours plus des frontières du royaume. "Monsieur" et le comte d'Artois demandent en outre à ces militaires &qu ot;... de rester à leur régiment jusqu'à nouvel ordre de notre part, à moins qu'il n'arrive une insurrection dans leur corps, auquel cas leur présence ne pouvant plus y être utile, ils viendront nous rejoindre...", etc.

Pièce signée "Louis Stanislas Xavier" par Louis XVIII et "Charles Philippe" par Charles X. Ce dernier a de sa main ajouté le lieu et la date.

Autographes rares, de cette époque.

148. LOUIS XVIII et CHARLES X de France - P.S. par les deux, 1 p. in-4 ; Liège, 23.XI.1792. 4 000/5 000 F

Exemplaire original de la proclamation imprimée, portant les signatures autographes des deux princes, lesquels, parvenus à Liège, se voient dans l'obligation de licencier officiellement leurs troupes à la demande instante du roi de Prusse.

"... Depuis l'origine de nos malheurs, aucune situation ne nous a plus douloureusement affectés, que celle où nous nous trouvons. Les Puissances... exigent pour le moment présent, notre séparation et notre désarmement... rien n'ébranlera notre fidélité aux principes sacrés, dont nous avons entrepris la défense... Votre patience et votre courage finiront par vaincre tous les obstacles... Notre unique ambition sera t oujours de vivre pour vous ou de mourir avec vous...".

 

L'armée des émigrés et les princes, partis en août pleins d'espoir à la suite des austro-prussiens commandés par le duc de Brunswick, se trouvaient depuis la bataille de Valmy (20.IX.1792) dans une situation désespérée. Une fois leur armée licenciée, les comtes de Provence et d'Artois obtinrent enfin du roi de Prusse (28.XII.1792) l'autorisation de se rendre à Hamm, en Westphalie. C'est là que le 26 janvier 1793 ils reçurent la terrible nouvelle de l'exécution de leur frère, Louis XVI.

 

149. LOUIS-PHILIPPE Ier de France (1773-1850) Roi de 1830 à 1848 - L.A.S. (paraphe), 1 p. in-8 ; "Jeudi à 5 heures" (1831/1832). 1 500/1 800 F

Au général Horace SEBASTIANI, ministre des Affaires étrangères de 1830 à 1832, concernant "... L'affaire du Portugal [qui] se complique...", la jeune reine Maria II da Gloria venant d'être détrônée par son oncle Miguel Ier. La dépêche que Louis-Philippe a reçue de Charles BRESSON (1798-1847), en poste à Londres, lui semble fort importante et lui "... donne beaucoup à penser...&quo t; ; c'est pourquoi il désire en causer aussitôt que possible avec son correspondant jugeant qu'il est "... pressant de nous mettre d'accord avec l'Angleterre sur ce point. C'est le seul moyen d'éviter du mal, mais il faut arrêter notre marche absolument...", etc.

En avril 1831, Pierre Ier du Brésil avait abdiqué en faveur de son fils Pierre II. Deux mois plus tard, ayant levé des troupes en France et en Angleterre, il était revenu au Portugal dans le but de remettre sa fille sur le trône. Ce sera chose faite en juillet 1833.

150. LOUYS Pierre (1870-1925) Ecrivain français à la réputation sulfureuse de "poète érotique" - L.A.S. "P.", 2 pp. in-8 ; "Mardi soir". Enveloppe timbrée. 800/1 000 F

Missive quelque peu désenchantée, adressée à son frère Georges LOUIS pour lui faire part de ses difficultés quotidiennes à organiser son emploi du temps et à rencontrer ceux qu'il affectionne. "... Il faudra que je change mes heures. Je ne te vois plus. Le plus souvent, je ne sors pas... J'ai reçu ton bleu. Merci d'avoir été chez Mme Lequeux pour Henri (de Régnier ?). J'irai bientôt revoir Lando uzy...", le célèbre médecin thérapeute, spécialiste des maladies nerveuses et vénériennes.

151. MALLARMÉ Stéphane (1842-1898) Poète français, le maître de la génération symboliste - L.A.S., 2 pp. in-12 ; Paris, 12.III.1889. Enveloppe autographe. 15 000/20 000 F

Auguste VILLIERS DE L'ISLE-ADAM (1838-18.VIII.1889) vit ses derniers mois. Ses amis symbolistes - Mallarmé en tête - voudraient lui venir en aide, au moment où il traverse "... une crise, maladie, soucis, d'une durée incertaine...", et le moyen le plus simple pour lui adoucir l'existence serait de lui faire avoir, "... cinq francs fixes chaque mois... en bons de poste... On commencera tout de suite, en Mars...".

A son confrère Henri LAVEDAN, sollicitant sa discrétion et soulignant qu'il a préféré lui signaler la chose car "... vous sentiriez du regret à ne pas en être averti...", etc.

Emouvant témoignage d'une amitié profonde qui liait les membres du mouvement symboliste.

152. MANCINI Hortense (1646-1699) La plus jolie et la préférée des cinq nièces de Mazarin. Elle vécut longtemps à la cour de Charles II d'Angleterre qui s'éprit d'elle - L.A.S. (paraphe), 2 pp. pet. in-4 ; datée "ce 13 décembre" (1695 ?). Papier bruni. Adresse autogr. Cachet aux armes. 2 000/2 500 F

Lettre "Pour Mr l'abbé Dautteville à Paris", très probablement Pierre-Henri de MONTMORENCY-AUTEVILLE (1663-1700), abbé de St Michel et fils du maréchal F. H. de M., duc de Piney-Luxembourg. "... N'oubliez pas... de me mander si l'intandant de la Maréchalle de Criqui a receu les lettres que je vous aves adressée pour lui... je suis sure qu'il est chez madame la Contesse de Soisson (Olympe MANCINI, sa sœur aînée qu i avait quitté Paris en 1676 pour se fixer à Bruxelles) à Anvers et on a donné ordre à M.d Hill (Abigail HILL, l'amie de la reine Anne d'Angleterre ?) de le faire partir incessament...".

 

La duchesse de Mazarin envisage d'écrire à son autre sœur, Marie-Anne, duchesse de Bouillon, à propos du "... mariage de Mr le Duc d'Albret. Je n'en saves rien que ce que vous m'en aves mandes...". Quant aux nouvelles politiques : "... vous aves apris... la bonne disposition ou le parlement est d'assister le Roy de tout ce qu'il aura besoin pour la continuation de la guerre...".

Notons que le 22 novembre 1695, le nouveau Parlement anglais - pays où résidait désormais Hortense - avait apporté son soutien au roi WILLIAM III, en guerre contre les partisans de Jacques II, exilé en France. Quant au duc d'Albret, fils de Marie-Anne et de Godefroi de Bouillon, il s'apprêtait à épouser, le 1er février suivant, l'une des filles du duc de La Trémoille.

153. MANCINI Hortense - L.A.S. (paraphe), 2 pp. in-4 ; datée "ce 27e de iuin" (1698 ?). 1 500/2 000 F

La duchesse de Mazarin se plaint d'être sans nouvelles de son correspondant (l'abbé d'Auteville, voir lot précédent), de Lady Sandwich à laquelle elle avait adressé une lettre, et de sa sœur Marie-Anne, duchesse de Bouillon : "... la noce l'occupe trop pour pouvoir songer à personne...". La nièce d'Hortense, Louise-Julie de La Tour d'Auvergne, dit Mademoiselle de Château-Thierry, était en effet sur le point d'&e acute;pouser, le 28 juin 1698, le prince Fr. A. de Rohan-Montbazon.

Il est également question de Madame de BELLEFONDS, de la duchesse de NEVERS (femme de Philippe Mancini) et du poète Charles de SAINT-EVREMOND (1613-1703), exilé en Angleterre depuis 1661 et que Hortense protège à la cour de Saint James "... de sa petite main parfumée..." (v. P. Guth : Mazarin - p. 726).

154. MANCINI Hortense (L'époux de) - P.S. par Armand-Charles de La Porte, duc de La Meilleraye, puis de MAZARIN (1623-1713), 1 p. in-folio ; Paris, 11.V.1667. Sceau à ses armes. 800/1 000 F

Certificat de service délivré par le duc de Mazarin, Grand-Maître de l'Artillerie et lieutenant général, attestant "... que le S.r Gilbert Desjoly de Rocquejan est garde des pièces et munitions de guerre des magasins de la Ville de Salces, qu'il a servy actuellement aux fonctions de sa charge pendant les années dernières 1665 et 1666...", etc.

Fils du maréchal de La Meilleraye et descendant de Richelieu, Armand de La Porte, considéré un peu nigaud, avait été imposé en 1661 comme époux à Hortense par son oncle mourant, le cardinal Mazarin, pour lequel tout ce qui touchait à son ancien maître, le cardinal de Richelieu, était sacré. Avec lui, Hortense cumula deux montagnes d'or, ainsi que le titre de Duchesse et le nom illustre de son oncle. Le m&ea cute;nage fut des moins heureux, notamment à cause de la bigoterie grotesque du mari, devenu un loup-garou, un maniaque de la pureté, alors qu'il disposait chez lui de "la plus jolie femme d'Europe" (voir P. Guth : Mazarin, pp. 724/726).

155. MANCINI Marie-Anne (1648-1714) Duchesse de Bouillon, nièce du cardinal Mazarin. Protectrice de La Fontaine - L.A.S. (paraphe), 2 pp. in-4 ; Orléans, 27.VI.1686. Adresse et traces de cachets. Rare. 1 800/2 000 F

Affectueuse lettre à son fils, "Monsieur le prince de Turenne" (Louis de La Tour d'AUVERGNE, 1665-1692, tué à Enghien) : "Quoy que je croy que vous ne recevres les lettres de mille ans, je ne laisse pas de vous escrire pour vous assurer de la continuation de mon amitié et que je n'oublieré jamais rien de ce que poura vous estre avantageux... Mr vostre frère (le 3ème duc d'Albret) est icy de puis trois semaines ; il sera &agra ve; Evreux..." très prochainement.

Comme sa sœur Hortense, Marie-Anne eut aussi ses intrigues galantes qui obligèrent son mari à l'enfermer pendant quelques mois dans un couvent. Plus tard, ayant été, comme son autre sœur Olympe, mêlée à l'affaire des poisons, elle dut s'exiler quelque temps. Elle mourut riche, honorée, paisible, auréolée par la gloire de son fils, le prince de Turenne, vainqueur des Turcs sous les drapeaux de Venise.

156. MARESCHALL, Wenzel von (1784-1851) Lieutenant-général et diplomate autrichien - L.A.S., 3 1/2 pp. in-folio ; Parme, 3.XII.1831. 1 200/1 500 F

Envoyé à Parme pour y remplacer le baron Werklein à la tête du gouvernement de Marie-Louise, cet officier supérieur autrichien, homme de confiance de Metternich, se fait ici le porte-parole de l'ex-impératrice des Français auprès du comte Prokop HARTMANN (1787-1868 ; il occupait depuis juin les fonctions d'aide de camp du duc de REICHSTADT) à propos des comptes de la Maison du Roi de Rome : "... Cette auguste Princesse a a ppris avec un bien vif plaisir les intentions bienveillantes de S. M. l'Empereur (François Ier) pour son fils et m'a spécialement chargé de vous remercier... des démarches que vous avez faites à cette occasion... J'aurai l'honneur de vous adresser les premiers jours de janvier un nouveau crédit de 22.500 Fl. de manière à ce que vous conserviez toujours un surplus... cela me paraît aussi convenable à la dignité du Prince, afin que so n service ne puisse manquer dans aucune occasion...".

Le duc de Reichstadt allait décéder sept mois plus tard, le 22 juillet 1832.

157. MARIE Leszczynska (1703-1768) Reine de France, épouse de Louis XV et mère de dix enfants - L.A. (non signée), 1 p. in-4 ; (Versailles, été 1732). Adresse. Cachets de cire rouge aux armes royales avec soies. 5 000/6 000 F

Intéressante lettre à propos des démêlés de Louis XV avec le Parlement, adressée au cardinal de FLEURY, ministre d'Etat depuis 1726, homme prudent et désintéressé mais ferme dans l'exercice du pouvoir. La reine se dit "... enchantée de la fermeté avec laquelle vous dites que le Roy a parlé au parlement ; il me semble que cela devrait les mettre à la raison... Vous avez grande raison de dire que l'honneur de monter dans nos carrosses est avili car il y en a bien qui n'y devrait pas monter...".

Quelques lignes à la fin sont consacrées à la santé de son médecin, Jean Claude Adrien HELVETIUS (1685-1755), ainsi qu'à son époux : "... Je vous prie, mon cher Cardinal, écrit-elle, de faire mille compliment au Roy. Je compte luy escrire demain par le Page que j'enveyrais. J'ay bien de l'impatience de le revoir...".

Les deux souverains se retrouvèrent sans doute peu après car le 11 mai 1733 naissait leur fille, Victoire de France.

158. MARIE-ANTOINETTE de Habsbourg-Lorraine (1755-1793) Reine de France, femme de Louis XVI, elle fut guillotinée le 16 octobre 1793 - P.S. "payez - Marie Antoinette", 1 p. in-folio ; Versailles, 1.VII.1783. 12 000/15 000 F

La reine ordonne au "... Trésorier Général de nos Maison et finances..." de payer comptant à de hauts fonctionnaires de sa Maison, la somme de six cents livres qui leur a été accordée en récompense de leurs services. Ladite somme, qui sera prise sur les "... deniers dont est fait fonds par l'Etat arrêté pour l'entretient et nourriture de plusieurs de nos officiers... sera passée et allouée en la dépense de vos Comptes par nos chers et bien amés, les gens des Comptes du Roi, notre très honnoré Seigneur et Epoux...".

Pièce signée par un secrétaire pour la reine, laquelle a, de sa main,approuvé le paiement en ajoutant le mot "payez" avant d'apposer sa signature autographe. Contresignée par Jacques-Mathieu AUGEARD (v. 1735-1805), fermier général et secrétaire des commandements de la reine.

159. MARIE-LOUISE de Habsbourg-Lorraine (1791-1847) Impératrice des Français, seconde épouse de Napoléon Ier - L.A.S., 1/2 p. in-8 ; (Schönbrunn), 18.IV.1815. Adresse autographe, cachet de cire rouge. 3 000/4 000 F

De retour à Paris après son séjour forcé à l'île d'Elbe, Napoléon se prépare à affronter les armées de la Coalition. Marie-Louise, à laquelle les nombreuses infidélités de son époux avait été révélées (la dernière étant la rencontre de l'Empereur avec Maria Walewska les 1/3 septembre 1814) est quant à elle bien décidée &agra ve; ne plus s'unir à lui.

Dans cette lettre, adressée au baron Johann Ph. von WESSENBERG (1773-1858), diplomate et son meilleur porte-parole au Congrès de Vienne pour l'obtention du grand-duché de Parme, Marie-Louise montre ouvertement son tendre intérêt pour le Comte de NEIPPERG. Devenu son amant dans la nuit du 25 septembre 1814, celui-ci avait quitté Vienne le 1er avril 1815 pour aller affronter Murat en Italie. L'ex-impératrice en est de toute évidence inq uiète et presse de questions le baron de Wessenburg tout en s'excusant pour le dérangement qu'elle lui cause au moment où ses conférences au Congrès l'occupent. Elle désire savoir "... le jour et l'endroit où cette affaire (cette bataille !) a eu lieu, et s'il est vrai que le Comte Neipperg a eu la jambe cassée. J'espère que ce n'est pas vrai. Cela me fâcheroit...".

Depuis le 4 avril, les Autrichiens et les troupes de Murat s'étaient livrés plusieurs combats près de Carpi, non loin de Ferrare, et enfin à Bologne, ville que les Napolitains, vaincus, s'étaient vus contraints de quitter le 15 avril 1815.

Rare document évoquant la liaison entre Marie-Louise et Neipperg, ce conseiller discret et précis imposé par Metternich à l'ex-impératrice. Cette liaison allait être régularisée par un mariage morganatique (8.VIII.1821) après la mort de Napoléon. Entre temps, deux enfants étaient nés, auxquels on donna les titres de comtes, puis de princes de Montenuovo.

160. MARIE-LOUISE de Habsbourg-Lorraine - L.A.S., 1 1/3 pp. pet. in-4 ; (Schönbrunn), 23.IV.1815. 4 000/6 000 F

Alors que le lot ci-dessus laisse entrevoir une femme amoureuse, cette missive, écrite seulement cinq jours plus tard, nous montre une souveraine autoritaire, presque cynique.

L'ex-impératrice s'adresse à son préfet du palais, qui l'avait suivie à Vienne pendant l'exil de Napoléon à l'île d'Elbe, le comte L. F. J. de BAUSSET (1770-1835), lequel joue, en cette période, un rôle déterminant et ambigu visant à entraîner les deux époux vers une séparation définitive. Marie-Louise lui expose les projets d'organisation de sa Maison grand-ducale à Parme : " ... J'ai aussi réglé l'affaire de vos appointements en les mettant à vingt mille francs, je suis fâchée que les circonstances... ne me permettent de vous témoigner mieux ma reconnaissance. Mon père (François II) m'a dit que vous pouviez prendre le titre de grand maître de ma maison... Je donnerai au général NEIPPERG les mêmes appointements qu'à St Vitale ; je vous prierai d'arranger cette affaire avec lui car il est si d élicat dans les affaires d'argent que je ne sais si je parviendrai à les lui faire accepter...".

A propos de la nomination de Bausset, Marie-Louise ajoute une phrase qui ne laisse aucun doute sur les sentiments qu'elle porte désormais à Napoléon, lequel, après son retour triomphal, un mois plus tôt, à Paris, la suppliait sans cesse de venir le rejoindre avec leur fils, le roi de Rome. Elle pense en effet que Bausset aurait pu conserver le titre de "Grand maréchal" du palais qui n'aurait nullement été incompatible avec celui de "grand maréchal de France", car, pour ce qui la concerne, elle est bien décidée à "... ne plus rentrer dans ce pays (la France) dans aucune circonstance..." !

161. MARIE-LOUISE de Habsbourg-Lorraine - L.A.S., 1 p. in-8 ; Plaisance, 29.IV.1832. 1 500/1 800 F

Jolie missive à son amie de toujours, Victoire Poutet-Folliot de CRENNEVILLE (1789-1887), dont la lettre a été retenue sans raison au ministère par son chargé des Affaires étrangères, le Chevalier Lorenzo de Richer. Celui-ci "... trouve toujours bon de... garder [les lettres] 3 heures avant de les remettre aux gens, malgré tout ce qu'on lui dit..." ; ainsi ne reste-t-il à Marie-Louise que le temps de prier sa corresp ondante de lui procurer de la "... mousseline de Rosnati...", demande oubliée dans son précédent courrier.

L'ex-impératrice termine sa lettre en précisant que "... tout le monde va bien...", ce qui paraît quelque peu surprenant lorsqu'on sait que le comte de Dietrichstein lui écrivait régulièrement à propos de la santé de son fils, le Duc de Reichstadt, qui empirait de jour en jour. L'Aiglon aillait d'ailleurs décéder moins de trois mois plus tard.

162. MASSENET Jules (1842-1912) Compositeur français, maître de Charpentier et de Reynaldo Hahn - 14 L.A.S. ou C.A.S. (3), 20 pp. in-8 et in-12 ; Paris ou Egreville, 1885/1911. Joint : 1 carte de visite et une enveloppe autographes. 2 500/2 800 F

Cette correspondance semble être entièrement adressée à son "bien cher ami" Théodore DUBOIS (1837-1924), compositeur et professeur au conservatoire de Paris dont il fut aussi le directeur dès 1896.

 

Massenet le remercie pour un article ("... On m'apprend que vous avez écrit un article tout à fait beau sur notre ouvrage et l'interprétation..."), promet d'envoyer une partition, recommande "... la charmante fille..." d'Arthur Pougin, réclame des places pour le concours de violon, soulignant combien il a été heureux "... de notre petite causerie à nous trois dans la cour de l'Institut !...". Il demande aussi l 'adresse du jeune pianiste Armand Ferté, recommande encore "... très chaleureusement une des meilleures élèves de chant de la Maison : M.elle Decorne...", sollicite quatre places pour le concours de violoncelle qu'il compte offrir à son "... grand ami Frédéric Masson de l'Académie Française...", etc., etc.

Sur la carte de visite, datée du 22 novembre 1885, Massenet exprime ses regrets de n'avoir pu aller féliciter une dame de son succès : "... une répétition générale de Manon m'a privé de ce plaisir..." (la 79ème représentation de Manon fut donnée le 25 novembre 1885, avec Marie Helbronn).

163. MASSENET Jules - L.A.S., 1 p. in-8 ; Bruxelles, 8.V.1910. 500/600 F

Charmante missive à une dame qui semble avoir laissé une trace dans le cœur de Massenet ! "... Si je n'avais emporté la vision de votre bonté, lui écrit-il, le ciel d'hiver de la Belgique me paraîtrait plus sombre... mais j'ai le cœur rayonnant des souvenirs que je vous dois... Merci tendrement...".

164. MASSENET (Lettre à) - Curieuse L.A.S., 1 p. in-12 sur carte postale, du général Gaston GALLIFFET (1830-1909) ; Paris, 24.VI.1907. Adresse et cachet de cire au dos. 500/800 F

Le vieux général, tantôt considéré comme un héros pour ses faits d'armes, tantôt honni pour son impitoyable et sanglante répression de la Commune, s'adresse en ces termes au compositeur dont il espère obtenir des places pour différentes manifestations : "Mon jeune ami - (Déserteur du Bixio). Prêtez-moi votre oreille ! Rendez-moi le service de me procurer - pour l'Opéra Comique - deux billets pour le concours de violon... et deux autres pour le concours de Tragédie... Je tiens surtout aux deux billets pour le concours de violon du 9 juillet... Ne soyez pas sourd S.V.P....".

165. MAUPASSANT, Guy de (1850-1893) Ecrivain français. "Boule-de-Suif", qui parut dans le recueil collectif Les Soirées de Médan, détermina sa vocation de conteur et lui assura le succès - L.A.S., 1 p. in-8, sur papier en-tête "G M - La Guillette (Etretat)" ; (vers 1884-1886 ?). 3 500/5 000 F

Curieuse missive où l'écrivain prie un correspondant inconnu de dire à WILLETTE qu'il doit renoncer à le faire travailler, car "... mon amie, plus intéressée que moi dans la question, veut absolument un..." Maurice LELOIR ! Il ira, dès son retour à Paris, s'en excuser auprès de Monsieur Willette auquel il "... espère bien... demander autre chose...".

L'amie en question, obligeant ici Maupassant à renoncer à faire valoir ses préférences, pourrait être Hermine Lecomte du Noüy, chamante blonde cultivée, épouse d'un architecte établi en Roumanie, devenue l'une de ses voisines à Etretat. Hermine et l'écrivain s'étaient connus quelques temps avant la construction de cette Maison Tellier qui, grâce aux objections de la charmante dame, prit le nom plus cham pêtre et virginal de La Guillette... (Voir : J. Réda - Album Maupassant - page 221). Mais il pourrait aussi s'agir de Geneviève Strauss, que Guy avait séduite dès 1885 et qui allait devenir une habituée des promenades en mer à bord du Bel-Ami II...

166. MAZARIN Jules (1602-1661) Cardinal et homme d'Etat français d'origine italienne. Son intelligence, son habileté, sa souplesse, lui valurent de se voir confier par Louis XIII la direction du Conseil après Richelieu, charge conservée sous Louis XIV - L.S., 3 pp. in-folio ; Paris, 3/17.II.1648. 8 000/10 000 F

Importante missive politico-militaire adressée au futur maréchal Jacques de CASTELNAU (1620-1658), alors gouverneur de La Bassée (département du Nord). Commencé le 3 février et terminée deux semaines plus tard, cette lettre nous semble particulièrement intéressante car elle contient de nombreuses instructions détaillées révélant l'étonnante prise en main par le Cardinal de l'ensemble des roua ges politiques, militaires et religieux de la France.

Le principal ministre de la reine-régente Anne d'Autriche, dont il était sans doute aussi l'amant, ordonne et organise dans ce long document la construction de fortifications à Courtrai et La Bassée, la démolition de la place forte de Lens, le financement de ces travaux, la promotion d'officiers, etc. Il évoque aussi le "Père Vincent", fondateur de l'Ordre des Lazaristes SAINT VINCENT DE PAUL, auquel est confiée la gestion des "Abbayes des Filles", et à ce sujet Mazarin écrit : "... Je ne me mesle guères des abbayes de filles, quy aussitost qu'elles sont vaccantes, sont tousjours demendées par la pluspart des femmes quy sont auprès de la Reyne [ANNE], et j'en laisse la cognoissance et la direction au Père Vincent...", etc., etc.

Le traité de Westphalie (6 août 1848) mettait un terme à la guerre de Trente ans qui, sous le ministère de Mazarin, vit les victoires du Grand Condé à Rocroy (1643), Nordlingen (1645) et Lens (1648).

167. MAZARIN, Le Cardinal - L.S., avec long post-scriptum autographe, 1 p. in-4 ; Pontoise, 14.VIII.1652. Adresse et cachets de cire sur fils de soie. 4 000/5 000 F

La Fronde des princes a forcé Mazarin à s'exiler une deuxième fois, et sur le chemin qui le conduit - temporairement - au duché de Bouillon, il fait étape à Pontoise. En fait, ce départ volontaire n'est qu'une nouvelle ruse du Cardinal puisque de son exil il continue à gouverner la France par l'entremise de la reine, laquelle suit fidèlement ses conseils avec l'appui de Louis XIV, majeur depuis le 7 septembre 1651.

Cette lettre, destinée au marquis de Caluisson, en est une preuve de plus. Mazarin, apparemment en fuite, se dit en effet prêt à satisfaire les prétentions de son correspondant qu'il engage à ne pas s'inquiéter "... de la résolution que je prends (concernant son exil !) puisque le Roy [Louis XIV] en tirera de très grands avantages dans la conjoncture présente..." (phrase ajoutée de sa main par le Cardinal qui a visiblement voulu éviter de faire entrer son secrétaire dans la confidence !). Il serait donc selon lui injuste de penser "... que les Affaires de S. M. se mettent en bon état sans que les miens et ceux de mes amis n'en retirent un grand avantage...", etc.

168. MÉRIMÉE Prosper (1803-1870) Ecrivain français : Colomba, Carmen, etc. - L.A.S., 1 1/2 pp. in-8 ; "Lundi soir" (1.X.1855). 1 500/1 800 F

En tant qu'inspecteur des Monuments historiques, il envoie promptement l'architecte ABADIE à Fénioux (Charente-Maritime) "... où l'église tombe...". Il lui demande aussi d'écrire "... une lettre furieuse au préfet de la Vienne pour empêcher que les habitants de Chauvigny ne remisent des charrettes autour de l'apside et n'y entassent de la paille au risque de l'incendier. En présence de Courmont [Henri C., son collaborat eur], le charretier... a poussé sa charrette contre un des chapiteaux à l'ext.r du chœur...". Il y a lieu de "... poursuivre les délinquants s'ils récidivent...", etc.

169. MÉRIMÉE Prosper - Deux L.A.S., 4 pp. 8° ; Cannes, 15.I.[1867] et 2.II.[1868]. 1 500/1 800 F

A son "cher ami", l'architecte Emile BOESWILLWALD (1815-1896), inspecteur général des monuments à la direction des Beaux-Arts, alors sous la responsabilité du Comte de Nieuverkerke, concernant le buste de Victor COUSIN (qui vient de mourir) destiné à l'Académie : "... Il y a ici un sculpteur écossais, homme de talent, nommé MUNRO (Alexandre M., 1825-1871) qui avait commencé le portrait de M. Cousin ; il a moulé lui-même son masque...", etc. Missive en partie inédite, comme l'est aussi le message de 12 lignes A.S. du député Edouard FOULD (1834-1881) écrit à la suite de la lettre de Mérimée pour en appuyer le contenu.

Dans la seconde lettre, écrite l'année suivante au même, l'écrivain réclame le paiement du travail exécuté par Alexandre Munro, ajoutant : "... Il est d'autant plus à désirer qu'on se dépêche que le pauvre M. Munro est bien malade, et si l'on tarde encore beaucoup j'aurai je crois à vous demander de changer encore d'ordonn.t, et de le transmettre à sa veuve...", etc.

170. MÉRIMÉE Prosper - 5 L.A.S., 7 1/2 pp. 8° ; Paris et Cannes, 1869/1870. 5 000/6 000 F

Intéressante correspondance adressée à Jules TROUBAT, ayant appartenu à la bibliothèque de Louis Barthou, entièrement relative à SAINTE-BEUVE dont Troubat fut le dernier secrétaire.

 

1) missive non datée, mais se plaçant vraisemblablement au début du mois d'octobre 1869. Mérimée y annonce son prochain départ pour Cannes, exprime le désir de voir Sainte-Beuve afin de reprendre son livre russe, sollicite des nouvelles de son correspondant, sans se douter que sa fin est proche.

2) Cannes 17 octobre 1869. Sainte-Beuve est mort le 13. Mérimée est parti le lendemain. Il a appris "... la triste nouvelle... Il y a bien longtemps que nous nous connaissions. Nous avions commencé à écrire presque en même temps. Nous avons fait ensemble nos visites académiques ; nous avons été élus le même jour, et c'est chez Ste Beuve que j'attendais mon sort le jour de l'élection. Il me restait bien peu d'espoir la dernière fois que je l'ai vu, j'étais loin de m'attendre cependant à une fin si rapide. On me dit qu'il vous a laissé le soin de conserver et de publier ses mss., et je suis heureux de les savoir en si bonnes mains...".

3) Cannes 24 novembre 1869. Il remercie d'une photographie de Sainte-Beuve et parle des problèmes relatifs à la corres-pondance du critique et de la Princesse Mathilde. "... Il me semble qu'en de telles occurences, il faut être toujours ultra chevaleresque et je ne doute pas que ce ne fût l'opinion de Ste Beuve s'il vivait aujourd'hui. Que fait-on de sa bibliothèque ? Si on la vendait auriez-vous la bonté de m'en donner avis...".

4) Cannes, 18 mars [1870]. Il a reçu le catalogue de la vente de livres de Sainte-Beuve et fera acheter un ouvrage : "... grand ou petit il aura une place d'honneur dans ma bibliothèque...". Il ne sait s'il reviendra à Paris, mais aimerait voter à l'Académie pour Théophile Gautier, etc.

5) Cannes, 23 mars [1870]. Le livre lui est parvenu ; il le gardera comme un vrai trésor dans sa petite bibliothèque : "... je sais combien Ste-Beuve aimait les lettres de Mlle Aïssé et en suivant ses coups de crayon dans les marges il me semble que je vais l'entendre parler...". Mérimée évoque les luttes académiques et parle de la candidature d'Emile OLLIVIER au fauteuil de Lamartine : "... Je pense qu'il passera comme une lettre à la poste ; mais je ne sais pas quelle est la femme qui fait nos élections, ni honnête homme qui doit succéder à Sainte-Beuve. Serait-ce M. Cochin ? Je crois à son honnêteté mais qu'a-t-il fait pour être de l'Académie. Si quelque clérical vient jeter une pierre sur la tombe de Sainte-Beuve, ne feriez-vous pas bien d'écrire un petit livre sur notre ami que vous avez mieux connu que personne. Théophile Gautier a-t-il quelque chance ? J'aurais aimé qu'il fit l'éloge de Sainte-Beuve, il y aurait mis du cœur. On me dit que J. Janin a des chances. Je suis tellement patraque, que je doute fort d'être en état d'aller voter aux prochaines élections. Malgré le printemps et le plus beau temps du monde, je suis toujours souffrant et d'une faiblesse désespérante...". Mérimée mourra le 23 septembre suivant.

171. METTERNICH, Klemens, prince de (1773-1859) Homme d'Etat autrichien, il sut établir la paix en Europe pour une longue période - L.A.S., 1 p. in-8 ; Vienne, 6.V.(1851). 1 500/2 000 F

L'illustre diplomate manifeste ici toute sa rouerie politique dans les recommandations qu'il fait à son ambassadeur au sujet du voyage dont il faut dissimuler le véritable objet. Metternich suggère de faire paraître un article dans le journal L'Indépendance ; celui-ci "... ne courra pas le risque de se compromettre, si dans la forme d'une rectification de l'objet du voyage... [il] avance qu'il n'est point celui que lui attribuent les feuilles, mais q ue le C.te se rend par Paris à Londres pour y visiter l'Exposition. Tout faux bruit sert le désordre et il y en a bien assez dans ce meilleur des mondes ! ...".

172. MIRABEAU, Honoré Gabriel Riqueti, comte de (1749-1791) Orateuret hommepolitique révolutionnaire - L.A.S., 1/2 p. in-4 ; "Au Donjon de Vincennes", 27.XII.1779. 2 500/3 500 F

Après sa liaison avec la jeune Sophie, épouse du marquis de Monnier, avec laquelle il s'était enfui en Suisse puis aux Pays-Bas, Mirabeau fils avait été enfermé au château de Vincennes. C'est là qu'il rédigea ses fameuses "Lettres à Sophie" et son "Essai sur les lettres de cachet et les prisons d'Etat".

Cette missive est vraisemblablement adressée à son "ange protecteur", le lieutenant de police Jean-Ch.-Pierre LE NOIR (1732-1807) qui faisait son possible pour améliorer les conditions de vie de son illustre prisonnier : "... Voici la troisième année que je vois commencer ici... Cette époque sembleroit ne devoir m'apporter que de la tristesse. Cependant elle me pénètre d'un sentiment bien doux quand je pense à v os bienfaits... Oh ! croyez que je ne forme pas moins de vœux ni de moins ardens pour vous que pour celui de tout ce que j'ai de plus cher, puisque l'usage est de répéter dans ces momens l'expression de ce que l'on doit sentir en tout temps pour ses amis et ses bienfaiteurs...", etc.

173. MIRBEAU Octave (1848-1917) Ecrivain français. En tant que journaliste, il mena le combat pour la défense de l'Impressionnisme et de l'art moderne en général - Manuscrit A.S., 1 p. in-8 obl. 800/1 000 F

Texte au contenu énigmatique intitulé "Mystérieuse interview", paraissant être le point de départ d'un scénario de roman policier ! "Je ne dirai pas comment cela s'est fait - car je ne suis pas là pour servir la vindicte publique... - mais, hier soir, à sept heures, dans une fort élégante garçonnière d'un des plus élégants et des plus fréquentés quartiers de Paris, je fus présenté à M. Frédéric Humbert, par une des plus grosses personnalités judiciaires de ce temps... grosses, au figuré, s'entend... Vous voyez, me dit M. Humbert... tandis qu'on me cherche à Liverpool et qu'on fouille toutes les cales de tous les bateaux... je suis ici, tranquillement... sans fausse barbe...", etc.

174. MIRBEAU Octave - L.A.S., 1 1/2 pp. in-8 ; (Les Damps, 1891 ?). Avec petit POÈME dans le texte. 1 500/2 000 F

Mirbeau vient de lire la fameuse et curieuse "Enquête sur l'évolution littéraire" publiée par son ami et confrère Jules HURET (1864-1915). L'ouvrage "... est extraordinaire. C'est, évidemment, le plus ironique monument qu'on ait élevé à la bêtise littéraire, la pire de toutes les bêtises... Vous avez eu... l'art suprême de rendre dans leur vérité... et plastique, toutes ces physionomies diverses. Cela grouille de vie, et d'esprit... dont l'ironie est délicieuse... Votre préface est un chef d'œuvre de malice distinguées...". L'écrivain regrette que Bergerat, dans son article, ait assimilé Huret "... à Xau. Voilà un rapprochement que je trouve deshonnête...". Son intention est d'écrire un papier pour L'Echo de Paris :

"... Ce serait pour l'autre lundi... Quand venez-vous ?

Je voudrais bien un peu de soleil.

Moi, j'attends un peu de soleil,

Moi, j'attends que le sommeil passe,

Moi, j'attends un peu de réveil

Avec ses doigts purs sur ma face...".

Puis, revenant sur le livre de Huret : "... Vous me donnerez un volume, n'est-ce pas ? avec une dédicace qui atténuera un peu ma lourde sottise, si bien rendue. Ou ! votre MAUPASSANT ! Ou ! votre Coppée !".

175. MONET Claude (1840-1926) Peintre français, l'un des maîtres de l'Impressionnisme - L.A.S. "Ton vieux qui t'aime - Claude", 4 pp. in-8 pleines ; Giverny, 27.II.1902. En-tête à son adresse. 12 000/15 000 F

Belle lettre à propos de son bassin des Nymphéas et des travaux de plantations aquatiques qui l'ont retenu à Giverny.

Le peintre annonce à sa femme Alice Hoschedé ("Ma bonne Chérie") qu'il va devoir retarder son départ, ayant encore quelques problèmes à résoudre : "... outre que j'ai à faire par dessus la tête avec ce bassin, il aurait fallu que la voiture soit absolument réglée... et puis le temps était tellement épouvantable cette nuit que nous aurions trouvé des routes impossibles... Bref la voiture sera en état pour demain et... nous partirions demain vendredi pour être près de vous samedi..." à Paris. Il a été dans l'impossibilité de l'avertir plus tôt : "... le jour du voyage à Paris cela m'a été impossible et hier j'ai été pris au bassin par les plantations ainsi qu'aujourd'hui et c'est ce qui m'a fait te télégraphier que je ne pouvais rester absent plus de 5 jours... A bient&oc irc;t ma vieille chérie, je t'envoie toutes mes tendresses...", etc.

Monet avait obtenu, avec beaucoup de difficultés de voisinage, l'autorisation de détourner un petit bras de l'Epte, le Ru, pour alimenter en eau un bassin qu'il allait planter de nénuphars. Ses premières toiles, inspirées par ce thème, apparaissent en 1898 et deux ans plus tard, une série de 25 Nymphéas sera exposée chez Durand-Ruel. De 1902 à 1908, toute référence à la terre ferme sera remplac&eacu te;e dans les tableaux de l'artiste par une surface d'eau verticale où flottent des groupes de nymphéas qu'encadrent des touffes d'iris et d'agapanthes (v. : S. Monneret - L'Impressionnisme et son époque ; pp. 574-575).

176. MONTESQUIOU, Robert de (1855-1921) Ecrivain et dandy, coqueluche de la "Jet Society" française au début du XXe siècle. Ami de Proust et de Reynaldo Hahn - L.A.S., 3 pp. gr. in-4 ; Neuilly, 3.IX.1907. 1 500/2 000 F

"Chère Madame, La lecture du Figaro de ce matin... se sera permis de vous donner tort - et, pour une fois, je l'en loue - en prouvant, par l'accueil fait aux beaux vers de Monsieur FRANCE, que les Altesses ne mériteraient pas ce nom... si elles laissaient... affaiblir les émotions qui leur viennent de la poésie...". Plus loin, Robert de Montesquiou avoue avoir imaginé son texte "... dans le désir de vous plaire, et de marquer une fo is de plus, de mon déférent attachement à un homme que j'admire et qui, deux fois, me fut bienveillant. Mais il est décidément très difficile de se faire entendre dans cette planète de malentendus...", etc.

Sans doute à Madame de CAILLAVET, l'amie d'Anatole France, suite à la parution du volume "Altesses".

177. MURAT Joachim (1767-1815) Maréchal d'Empire, roi de Naples. Fusillé lors de sa tentative de reconquérir ses Etats - L.S., 2 pp. in-4 ; Finkenstein, 25.IV.1807. 1 500/1 800 F

"... Je suis enchanté d'une décision qui mettra mon régiment dans le cas de donner à Sa Majesté des preuves non équivoques de son dévouement...", écrit Murat, devenu grand-duc de Berg, au maréchal BERTHIER. "... Cependant je ne dois pas ignorer... qu'il serait de toute nécessité de m'accorder des officiers supérieurs français, tant pour commander... [le] dépôt que pour l' organisation des 3ème et 4ème Bataillons dont j'ai ordonné la formation...". Et le prince d'Empire de citer les noms d'Offmeyer, Saye, Guise, Weiss, Foercke et Geoffroy Daimer : "... Ce sont des officiers qui mettront mes régiments en état de bien servir Sa Majesté...".

Le 8 février précédent, Murat avait arrêté à Eylau la marche en avant des Russes. Tout comme l'Empereur - qui s'y trouvait avec la comtesse Walewska - le Maréchal avait établi à Finckenstein son quartier général où il préparait la reprise des combats et la grande bataille de Friedland (14.VI.1807), et la marche sur Tilsitt...

178. MUSSET, Alfred de (1810-1857) Ecrivain français, poète au romantisme agressif – Manuscrit autographe, 2 pp. gr. in-folio ; (Paris, vers 1838 ?). 4 000/5 000 F

Manuscrit autographe de premier jet, très raturé et corrigé, d'une courte nouvelle sans titre ("Croisilles en scènes", d'après une annotation ancienne tracée au dos de l'une des feuilles) où une Baronne s'entretien avec son filsparti tôt chasser : "... La Baronne : Est-elle levée ? - Une Voix : non Mme pas encore -... Le Comte rentrant... - La Baronne : Vous êtes allé à la chasse ? - Le Comte : Oui... - La B. : et hier ? - Le Cte : Hé bien... C'est ma femme et quand bien même je l'aimerais, je n'aurais fait qu'épouser ma maîtresse. Ma mère, l'amour que j'ai vu dans une charmante tête est entré dans mon cœur ! S'il avait encore quelque jeunesse ; il l'aurait encore éveillée...", etc.

Plus loin, après avoir exprimé ses doutes sur l'amour qu'il porte à son épouse, le Comte répond à la question de la Baronne lui demandant pourquoi il est allé chasser : "... Ce matin ? oui et je me suis levé à 4 heures - la B. : et pourquoi ça - le Cte : Hé pourquoi ma mère ? parce que l'amour si jeune qu'il soit n'arrête pas l'habitude toute vieille qu'elle est et parce que la P.cesse toute bel le qu'elle est ne m'empêche pas d'entendre aboyer mes chiens (le Cte : il jette son fusil). Voilà pourquoi je suis allé à la chasse...".

C'est en 1839 que "Croisilles", d'après les Contes et Nouvelles, fut édité pour la première fois.

179. NAPOLÉON Ier Bonaparte (1769-1821) Général corse, Empereur des Français - P.S. avec 5 mots autographes ("Approuvé - Le général en chef - Buonaparte"), sur 1 p. in-4 obl. ; (Paris, mi-février 1796). Montée. 8 000/10 000 F

A propos de la démission d'un lieutenant - dont il manque la demande, datée de "Versailles, le 18 pluviose 4ème année Rép.e" - que Bonaparte accepte en tant que commandant en chef de l'armée de l'Intérieur, après qu'elle ait été approuvée par le chef de Brigade Daunant et par le général de Division J.-F. BERRUYER (1738-1804), alors employé à Versailles comme inspecteur de Cav alerie.

Une des dernières signatures "Buonaparte" du futur Empereur. Le 19 pluviose [7 février] étaient publiés les bans de son mariage avec Joséphine, cérémonie qui allait avoir lieu le 8 mars suivant ; cette date est généralement retenue comme étant celle où le général corse abandonna sa signature "italienne" pour celle de "Bonaparte".

180. NAPOLÉON Ier Bonaparte - L.S. "Bonaparte", 1 p. in-4 ; Paris, 18.III.1800. En-tête avec vignette gravée. Texte de la main de son secrétaire Bourrienne. 6 000/8 000 F

Moins de quatre mois après sa prise du pouvoir, suite au coup d'Etat du 18 Brumaire, le Premier Consul déclare, en réponse à la lettre reçue de Jean DE BRY : "... Je crois qu'il n'était pas convenable que vous portassiez le vœu du Tribunat... Comment effectivement annoncer l'espoir de la paix, vous présent, sans au préalable témoigner du désir de vengeance de l'affront qui a été fait à la natio n entière dans votre personne ? Vous ne seriez pas juste si vous doutiez de l'empressement que je mettrai à... vous donner une preuve de l'estime toute entière que j'ai pour vous...".

Le 9 mars précédent, Bonaparte avait reçu les vœux du Tribunat, dont faisait partie DE BRY, pour la nouvelle Campagne d'Italie. Le souvenir de l'attentat (28.IV.1799) contre les plénipotentiaires français au Congrès de Rastadt n'était pas encore effacé : seul des trois diplomates, De Bry, gravement blessé, avait réussi à s'échapper. Bonaparte allait donc en Italie pour vaincre les Autrichiens, mais aussi p our venger "... l'affront... fait à la nation entière...", ainsi qu'il l'écrit dans cette importante lettre portant une superbe signature...

181. NAPOLÉON Ier Bonaparte - L.S. "Np", 1/2 p. in-4 ; Paris, 13.II.1809. Texte de la main de son secrétaire le Baron Fain. 3 000/4 000 F

"... Je vois qu'il y a à Sedan 700 hommes appartenant aux trois régiments de la Vistule : donnez ordre - écrit Napoléon à son ministre de la Guerre CLARKE - qu'on en fasse partir 600. Le plutôt possible. Faites également partir 180 lanciers à Cheval...". L'Empereur prépare sa Campagne d'Autriche ; bientôt les noms d'Eckmühl, Essling, Raab et Wagram seront, pour les Français, synonymes de moments glor ieux.

182. NAPOLÉON Ier Bonaparte - L.S. "Napole", avec quelques corrections autographes, 1 1/2 pp. in-4 ; Ghjat, 3.IX.1812 "à 3 heures du matin". Texte de la main du Baron Fain. 15 000/18 000 F

Extraordinaire document militaire - adressé au maréchal BERTHIER, avec lequel il vient d'avoir une altercation d'une telle violence que ce dernier ne partagera plus ses repas avec l'empereur jusqu'à Mojaïsk ! - où Napoléon, désormais aux portes de la capitale russe, nous livre la stratégie qu'il va employer durant l'iminente bataille de la Moskova. (7.IX.).

"Mon Cousin, donnez ordre au Roi de Naples [MURAT] de faire aujourd'hui 14 à 18 verstes (environ 15 à 20 kilomètres) ; - au vice-Roi [EUGÈNE] et au Prince Poniatowski de continuer leur mouvement par la gauche et par la droite ; - au Prince d'Eckmühl [DAVOUT] de se tenir à 10 ou 12 verstes derrière l'avant-garde et de partir un peu tard afin que le soleil ait un peu séché le chemin ; ... au Duc d'Elchingen [NEY] de partir à midi et de se porter à 5 ou 7 verstes en avant de la ville ; au duc d'Abrantès [JUNOT] de se poster à Ghjat...", etc.

L'Empereur dicte encore les positions que devront prendre les troupes du maréchal Mortier, des généraux Sorbier, Chasseloup et Eblé, ordonne la mise en état des chemins, indique l'heure de départ de la Cavalerie de la Garde, etc., etc., avant de modifier, de sa main et à huit endroits, le nombre de "verstes" que les différents corps d'armée auront à parcourir.

En-tête, quatre lignes autographes signées (paraphe) de BERTHIER : "L'exécution de cet ordre a été annulée - S. M. a ordonné un double séjour", ce que confirme l' "Itinéraire de N. B.", où l'on peut effectivement lire que tous les mouvements vers la Moskova démarrèrentle 6 septembre seulement... Très belle signature, texte semble-t-il INÉDIT.

183. NAPOLÉON III Bonaparte (1808-1873) Président, puis Empereur des Français de 1852 à 1870 - L.A.S. "Napoléon Louis B.", 1 p. in-8 ; (Fort de Ham), 26.VIII.1842. Adresse autographe sur la IVe page. Rare, de cette époque. 2 000/2 500 F

Belle lettre à Ludovic LALANNE (1815-1898), auteur du Dictionnaire historique de la France . "... Je veux vous remercier... de l'aimable envoi de votre livre sur le feu grégeois. Vos savantes recherches prouvent que les anciens n'étaient ni si ignorants ni si habiles qu'on les représente. La civilisation en effet ne marche pas par bonds. Il y a filiation dans les idées comme dans les êtres. Les inventions sont l'effet de la science et non du h asard... La poudre a existé 2000 ans avant qu'on sut en tirer tout le parti possible...".

En 1841, Lalanne avait fait paraître un ouvrage intitulé "Recherches sur le feu grégeois et sur l'introduction de la poudre en Europe" qui semble avoir beaucoup intéressé le futur Napoléon III. Pour occuper positivement ses journées durant les cinq années passées à Ham, le prisonnier consacrait entre autres son temps à l'étude de la physique et de la chimie, se livrant à des expérien ces dans son laboratoire ; il étudia notamment les amorces fulminantes et la fabrication des armes, peut-être après avoir lu le livre de son correspondant...

184. NAPOLÉON III Bonaparte - L.S. "Napoléon", 1/2 p. in-8 ; Palais de St Cloud, 17.X.1859. Texte de J. F. C. MOCQUARD (1791-1864), son secrétaire et ami. 800/1 000 F

"Mon cher Maréchal (RANDON, ministre de la Guerre ?), Je vous renvoye avec le rapport... Votre lettre, à laquelle je donne mon entière approbation...".

La deuxième guerre d'indépendance italienne s'était terminée par la signature (11.VII.) de la paix de Villafranca. Un traité de paix entre la France, l'Autriche et la Sardaigne allait être signé le 10 novembre à Zürich. Il n'est pas impossible que le rapport qu'approuve ici Napoléon III ait quelque chose à voir avec ces événements.

185. NAPOLÉON III Bonaparte - L.A.S. "N", 3 pp. in-8 ; Chislehurst, 6.VIII.1871. 4 000/5 000 F

L'Empereur déchu, vaincu à Sedan et prisonnier des Prussiens, a enfin trouvé refuge en Angleterre auprès de son épouse et de son fils. Ses ambitions politiques semblent encore vives, comme en témoigne cette longue lettre confidentielle, adressée à son ancien Président du Conseil Eugène ROUHER (1814-1884), resté son confident et ami. Rentré en France après la Commune, celui-ci avait échou&eacu te; face aux Républicains lors des élections partielles de juillet 1871 et le député bonapartiste de Bastia allait, un mois plus tard, lui céder sa circonscription ; il fallut cependant attendre février 1872 pour que le gouvernement accepte d'organiser un scrutin permettant à l'ancien ministre d'entrer à l'Assemblée Nationale.

"Mon cher Monsieur Rouher, - écrit Napoléon III - puisque vous trouvez difficile de reprendre vis à vis des frères Abbatucci les conventions arrêtées (vraisemblablement pour le remboursement des frais du député bonapartiste démissionnaire), je m'y résigne, mais je ne trouve pas juste que vous supportiez le sacrifice auquel est attaché la démission de Séverin [ABBATUCCI]. Je ferai donc remettre a ux deux frères les sommes convenues...". Pour ce qui est de la grande politique, l'ex-Empereur partage l'avis de son correspondant : "... l'avenir est gros d'orages, l'intérêt du public aujourd'hui est que Mr THIERS reste à son poste...". Pietri vient de lui parler d'un "... homme sensé et dévoué... qui a des chances pour être nommé député. Ce qu'il importe le plus c'est de trouver des bons candidats pour les &eac ute;lections prochaines...".

Napoléon III nous révèle aussi un trait particulier du caractère de sa femme Eugénie : "... entre nous et confidentiellement,... l'Impératrice comme toutes les femmes a ses antipathies non raisonnées ; elle a pris en haine Bure et croit comme l'évangile ce que lui disent ses fils... Je vous prie de garder le secret de ce que je vous dis et de brûler ma lettre après l'avoir reçue..." ! Rappelons que Pier re BURE (1807-1882), ancien trésorier de la Couronne, n'était autre que le compagnon de jeux de Napoléon III enfant à Arenenberg ; sa fidélité à l'Empereur était allée jusqu'à épouser en 1858 Eléonore VERGEOT, mère des deux enfants naturels nés de ses amours avec le prisonnier de Ham...

Magnifique document !

186. NAPOLÉON III Bonaparte - Carte de visite imprimée à son nom ("Le Prince Louis Napoléon Bonaparte"), avec adresse autographe rajoutée : "94 Charlotte st. - Portland place".

Joint : photo-carte de visite de sa femme Eugénie. 500/600 F

187. NAPOLÉON III (L'épouse de) - L.A.S., 4 pp. in-8, de l'Impératrice EUGÉNIE (1826-1920) Farnborough Hill, 22 juin (1884 ?). 800/1 000 F

"Ma chère Adèle, J'ai reçu hier la visite du Prince Nap. il avait reçu une lettre de Mme L. au sujet du Livre dont il a été question. C'est un long voyage pour quelqu'un qui y est étranger... J'attends qu'il ait paru pour faire la part des responsabilités. Je ne comprends la démarche du P[rince] que pour son désir d'atténuer la sienne... je réserve mon jugement pour plus tard, mais je suis bien d&eacu te;cidée à ne laisser aucun équivoque... et à régler ma conduite vis à vis de lui selon ce qu'il fera...", etc.

188. NEY Michel (1769-1815) Maréchal d'Empire, prince de la Moskova. Fusillé au retour des Bourbons - L.A.S., 2 pp. in-4 ; "Aalbenrod, près Hachenburg" (Wahlrod), 15.X.1795. 3 000/3 500 F

Importante lettre militaire où le brave des braves - qui n'était alors que colonel - s'adressant au général de Division KLÉBER, son supérieur responsable de l'aile de l'armée de Sambre et Meuse dont JOURDAN était le commandant en chef, explique qu'il n'a pu pousser sa reconnaissance jusqu'à Hachenburg, le pays étant extrêmement entrecoupé et difficile de passage pour l'artillerie. Le futur duc de la Moskova ne peut donc, pour l'heure, fournir les renseignements demandés sur la force de l'ennemi en mouvement ; il espère être en mesure d'en rendre compte dès le lendemain.

Ayant passé le Rhin en septembre 1795, l'armée poussait des pointes à travers le Westerwald et le Siebengebirge vers les sources de l'Ems. Les troupes ennemies ne furent signalées qu'au confluent de la Dill et de la Lahn à Wetzlar.

Notons que cette région de l'Allemagne verra Ney et Kléber s'illustrer en écrasant les Autrichiens sous les murs d'Altenkirchen, le 4 juin 1796. Autographe rare, de cette époque !

189. NEY Michel - Plaquette de 4 pp. in-4 ; Paris, 7.XII.1815. 1 000/1 500 F

Imprimé original renfermant les "DÉTAILS - sur la Séance qui a eu lieu - à la Chambre des Pairs - concernant - Le Procès du Maréchal Ney - Sa condamnation à la peine de mort", "Bulletin de la Séance du 6 Décembre 1815", "N° 8 - Et dernier", se terminant par la lecture du jugement - en l'absence des défenseurs de l'accusé - et par l'impitoyable Nota Bene suivant : "En consé ;quence des lois citées dans le jugement, le maréchal Ney doit être fusillé".

190. O'MEARA Barry Edward (1786-1836) Médecin militaire irlandais en poste à Sainte-Hélène, il fut relevé de ses fonctions pour avoir pris trop ouvertement le parti de Napoléon Ier, son patient - L.A.S., 1 1/2 pp. in-4 ; London, 27.VII.1828. Adresse autographe. 1 200/1 500 F

A un... collectionneur d'autographes, résidant à Glasgow, dont il ne peut tout à fait satisfaire la demande : "... I regret that it is not in my power to send you a better specimen of Napoleons autograph than the enclosed one in pencil... the authenticity of it is undeniable...", etc.

 

191. ORLÉANS, Philippe d' (1674-1723) Régent de France, neveu de Louis XIV - Pièce manuscrite anonyme le concernant, 3 pp. in-4 ; (Versailles, 1.IX.1715). 8 000/10 000 F

Projet de déclaration que se proposait de faire le duc d'Orléans à l'ouverture du testament de LOUIS XIV devant le Parlement, le 2 septembre 1715.

"1ère proposition - Mgr le duc d'Orléans demande la régence avant l'ouverture du testament comme elle luy appartient par les loys du royaume...", etc.

"... Seconde proposition qui ne se fera qu'après l'ouverture du testament - Mgr le duc d'Orléans demande que le conseil de régence porté par le testament soit cassé...", etc.

"3ème proposition - Mr le duc d'Orléans demandera que la tutelle demeure comme elle est établie avec les mêmes personnes à la réserve du titre de tuteur...", etc.

"... quatrième proposition - S'il y a un conseil de conscience on en demandera la cassation...".

Texte d'une importance exceptionnelle, rédigé le jour même de la mort de LOUIS XIV par un des proches conseillers du futur Régent ; il était déjà notoire que par son testament le roi défunt appellerait le duc d'Orléans à présider un Conseil de régence dont il ne choisirait pas les membres et lui retirerait l'éducation du jeune Louis XV...

A cette occasion, le duc d'Orléans, qualifié d'indolent et indécis, poussé par ses amis dont le duc de SAINT SIMON, prit l'initiative inouïe, dans le contexte de soumission aux volontés de Louis XIV, de faire casser (1.IX.1715) le testament du roi par le Parlement qui, en échange du "droit de Remontrances", va par la même occasion lui conférer les pleins pouvoirs que le Régent va exercer jusqu'à la major ité de Louis XV en 1723.

Document historique resté semble-t-il inédit.

192. PÉTAIN Philippe (1856-1951) Maréchal de France, chef de l'Etat français à Vichy - L.S., 1 p. in-4 ; Madrid, 2.I.1940. En-tête : Ambassade de France en Espagne. 2 000/2 500 F

Il approuve l'idée, suggérée dans sa lettre par Ch. LORMAND (n. 1884, pharmacien, secrétaire de la Commission du Codex), "... de distribuer en Espagne au nom du Laboratoire National du Contrôle des médicaments, un exemplaire en langue espagnole de la pharmacopée française de 1937. Je ne puis que vous féliciter de cette heureuse initiative... certainement très bien accueillie dans les milieux gouvernementaux et scien tifiques... Elle contribuera... au maintien de la tradition des échanges culturels entre la France et l'Espagne...", alors gouvernée par FRANCO.

1940 fut une année cruciale pour la France : les Allemands entrèrent dans Paris le 14 juin ; deux semaines plus tard le gouvernement s'installait à Vichy. Début mai, Pétain avait été rappelé en France et le 12 juillet il se voyait remettre le pouvoir par le Président Lebrun.

193. PEYREFITTE Roger (1907-2000) Ecrivain français, ancien diplomate - L.A.S., 2 pp. in-8 ; Paris, 24.V.1964. 1 500/2 000 F

L'écrivain répond ici à un jeune admirateur dont la lettre a visiblement émoustillé le célèbre auteur des "Amitiés particulières" : "... Je vous appelle "mon jeune ami", bien que je ne vous connaisse pas et qu'il y ait des chances que je ne vous voie jamais : les rencontres entre auteur et lecteur sont presque toujours décevantes de part et d'autre...". Puis, plus loin : "... Il est doux... de r ecevoir des confidences d'un garçon de seize ans, qui sait déjà ce que c'est que la vie et qui trouve dans certains livres des raisons de la savourer mieux... Elisez-moi votre confesseur, si vous le voulez bien. Mais, comme le père de ce Trenus de ce livre où vous vous reconnaissez, je n'aime que les "confessions complètes". Les détails sur vos débuts "cousinesques" seront faits pour me plaire. Qu'est-ce, aussi, que "cette sale gymnastique"... Je suppo se toutefois, puisqu'elle dure deux heures, que ce ne doit être que de la gymnastique officielle... En tout cas, les confidences que vous semblez souhaiter me faire et dont aucune ne saurait me choquer, ne doivent pas vous empêcher de travailler ferme... Ne faites donc pas du "particulier", si agréable qu'il soit, l'ennemi du "général"...".

Il termine par le post-scriptum suivant : "... Il faut, en me faisant vos confessions, me parler comme si c'était à un confesseur de votre âge. Je me sentirai, alors, des trésors d'absolution".

194. PIRON Alexis (1689-1773) Poète licencieux et auteur dramatique français - Manuscrit autographe, 6 pp. in-4 ; (Paris), "1745" (en fait 1746). Portrait lithographié joint. 2 000/2 500 F

"Epître à Mr De Txxx Pour Mr Bxxx - Professeur de l'Académie de peinture - Qui demandoit au Louvre un Logement qu'occupoit de son vivant Mr Coustou", 132 vers, entièrement écrits de la main du célèbre auteur satirique et commençant ainsi :

 

"Sage et vigilant Majordôme

Que le Dieu de la Nation

Chargea de la direction

Des Paradis de son Royaûme ;

De grace, audiance un moment.

Coustou qui donnoit à la pierre

De la vie et du Sentiment,

Vient de vider un logement

. . . . . . . . . . . . . . . .

Pour passer vraisemblablement

Dans le céleste apartement...", etc.

Par cet "Epître" adressé à "T.", Directeur des bâtiments du roi (Le Normant de TOURNEHEM, oncle par alliance de la marquise de Pompadour et ancien amant de la mère de cette dernière !), le poète sollicite en faveur de "B." (l'illustre François BOUCHER, auquel Piron fait dire ici : "Moy, de [ma cervelle]... je ne tire - Qu'objets fripons, jolis minois, - Qu'amour et tout ce qui l'inspire...") le l ogement au Vieux-Louvre qu'occupait le sculpteur Guillaume COUSTOU (1677-1746), mort le 20 février.

Charmante pièce relative à l'illustre protégé de Madame de Pompadour, le célèbre peintre de la légèreté et de l'amour, François BOUCHER (1703-1770).

195. PISSARRO Camille (1830-1903) Peintre français, l'un des maîtres de l'Impressionnisme - L.A.S., 1 p. in-8 ; Paris, 19.XI.1897. En-tête de l'Hôtel de Rome, à Paris. 2 000/3 000 F

"Mon cher Rodolphe, - écrit le peintre à son fils LUDOVIC-RODO (1878-1952), lui-même artiste post-impressionniste - J'ai reçu ce matin un télégramme. Ta mère est bien arrivée à Londres, Titi allait un peu mieux. Je tâcherai de partir demain... Viens au devant de moi avec la brouette... Je vous embrasse tous...".

Le quatrième enfant de Camille Pissarro, Félix, dit "Titi" (1874-1897), lui aussi peintre, était tombé malade à son retour en Angleterre. Sa mère s'était rendue auprès de lui pour le soigner, mais il mourut quelques jours plus tard, peu après l'arrivée de son père qui, d'une santé désormais chancelante, se faisait transporter en "brouette" (chaise à porteur à deux r oues)...

Le 9 décembre 1897, dans Le Journal, Octave MIRBEAU qualifiera la mort du jeune Félix Pissarro, disparu à l'âge de 23 ans, de vraie perte pour l'Art : "... Sa main était aussi souple et adroite que son esprit... [et ses] études de chevaux... des pures merveilles...".

196. POMPADOUR, Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de (1721-1764) Favorite officielle du roi Louis XV, elle était détestée de la Cour et se trouva en butte à de multiples cabales. Amie des écrivains et des philosophes, c'est grâce à elle que la manufacture de Sèvres devint célèbre - L.A.S., 1 p. in-12 ; sans date. Adresse autographe sur la IVe page, beau cachet de cire rouge armoriés aux trois tours. 10 000/12 000 F

Curieuse missive (ex-collection BARBET, n° 296 de la vente de 1932) témoignant de l'influence de la Marquise dans les affaires du royaume. "... Je n'ay pas entendu, écrit-elle au Comte de St Germain, faire de plainte icy du dettachement que vous commandiez. J'ignore s'il est des gens à l'armée qui eussent désiré que vous vous fussiez fait battre, ce sentiment serait d'un trop mauvais citoyen... Quoiqu'il en soit, soyez très persuad&eac ute; que la vérité ne m'est pas cachée... et qu'en conséquence, je vous rends... toutte la justice qui vous est due...".

Au comte Charles-Louis SAINT-GERMAIN (1707-1778), ministre des armées sous Louis XVI ; il participa à la guerre de Sept Ans où il eut une conduite plus courageuse que celle des autres officiers : "il avait fuit moins loin", dit Lacretelle ! Mais son caractère le portait à ne voir autour de lui que complots et traîtres conjurés pour le perdre...

Lettre rare et intéressante, d'une grande fraîcheur.

197. POMPADOUR (L'époux officiel de Madame de) - L.S., 2 pp. in-4, de Ch. G. LENORMANT d'Etioles (c. 1710-c. 1785) ; Neuilly, 9.VI.1784. 600/800 F

Neveu d'un Syndic de la ferme générale nommé Lenormant de Tournehem, qui vivait publiquement avec Madame Poisson, mère de la future Marquise, Guillaume Lenormant d'Etioles accepta d'épouser en 1741 la jeune, belle et intelligente Jeanne-Antoinette, éduquée sans aucun souci de la morale. Dès son mariage, elle fit tant pour réaliser la prédiction qui la voyait un jour "maîtresse du roi" que, dès 174 5, elle remplaça Madame de Châteauroux à Versailles. Epoux complaisant, Monsieur Lenormant d'Etioles consentit en juin 1745 à une séparation officielle.

Guillaume Lenormant d'Etioles survécu longtemps à Madame de Pompadour. Dans cette lettre de 1784, il remercie un Comte pour ses bontés envers lui : "... ma sensibilité et ma délicatesse souffroient infiniment du défaut de réponse...", lui écrit-il au sujet d'un problème de voisinage et de construction d'une... glacière.

Après la séparation de biens des deux époux et la mort prématurée de leurs deux enfants, Madame de Pompadour avait acquis en 1760 l'office de secrétaire du roi, moyennant cent dix mille livres et en avait pourvu son mari avec la survivance.

198. PROUDHON Pierre Joseph (1809-1865) Socialiste français, journaliste et théoricien politique, souvent considéré comme un initiateur du marxisme - L.A.S., 4 pp. in-8 ; Bruxelles, 5.VI.1859. Enveloppe autographe. 3 000/4 000 F

Intéressante lettre relative au droit d'exploitation d'un de ses ouvrages ("La guerre et la paix"), adressée à son avocat parisien G. Chaudey.

"... Pourquoi Bonnard est-il si important, et moi si pauvre ?... si j'avais de quoi manger, j'aurais pris mon temps, je n'aurais pas demandé un centime de subvention, et j'aurais un beau jour dit à Bonnard : Tenez, publiez-moi cela !... mais au pauvre la besace ; au pauvre, à celui qui n'a pas d'avances, l'usure, l'escompte, et tout ce qui s'ensuit. Sans doute, il n'est pas possible de commanditer gratis celui qui n'a qu'une idée... je dis qu'il est possib le d'arranger les choses de telle sorte que tout homme de valeur obtienne sa part de capital, et se fasse une somme d'avances, qui lui permettrait de faire ensuite, par ses propres forces, ses propres desseins. Aujourd'hui les avances sont entre les mains d'un petit nombre. Elles sont à la bourse, aux emprunts nationaux, au gaspillage... ma corpulence a beaucoup diminué ; et ma tête s'est trouvée aussi, comme à la suite de mon attaque de choléra, fort affaiblie. J'ai eu une peine extrême à penser et à écrire. Je me sentais bête, froid, bien commun, l'imagination nue, l'esprit en dégoût... les forces ont commencé de revenir, et avec les forces les idées. Je mets la dernière main à une publication de 250 pages, sur la guerre et la paix, qui sera je crois du plus grand intérêt. Cela paraîtra dans la première quinzaine de juillet, et ouvrira aux esprits une nouvelle porte su r l'avenir...".

Puis, plus loin : "... ce qui est sûr, c'est que le gâchis est en Europe, et que la guerre d'Italie y met le comble. Mais je crois la France, malgré ses corruptions, ses servitudes et ses blagues, très près d'un retour à la vérité ; la guerre d'Italie, de quelque manière qu'elle finisse, suivie bientôt d'un désillusionnement complet, sera le moment d'une renaissance de l'opinion...".

 

199. PROUDHON Pierre Joseph - L.S., avec quatre mots autographes, 1 1/2 pp. in-8 ; Passy, 12.I.1865. 6 000/8 000 F

Emouvante missive - l'une de ses dernières, sinon la toute dernière ! - dictée à sa fille Catherine et adressée à un "Cher et Digne Ami" dont il a reçu une caisse de raisins, d'oranges et de pommes qui l'auraient probablement aidé à guérir de son asthme "... si les produits du bon Dieu pouvaient prévaloir contre les vertus du diable...". La lettre de son correspondant, datée du 8 janvie r et annonçant un envoi de Monsieur Chevalier, lui est parvenue : "... je ne la lirai de longtemps... sa longueur m'a paru d'avance bien précieuse...". Se sentant fort mal, Proudhon doute plus que jamais de sa "... résurrection... je sue sang et eau pour appliquer encore une fois ma griffe sur cette missive, dont je ne voudrais pas jurer qu'elle ne sera pas la dernière...". Puis, d'une main très hésitante, il signe : "A vous, à toujou rs - P. J. Proudhon".

La mort allait l'emporter quatre jours plus tard.

 

Marcel PROUST

(1871-1922)

L'illustre auteur de "A la recherche du temps perdu"

 

200. Lettre-poème autographe, 2 pp. in-8 ; vers 1884. 4 000/5 000 F

Charmant manuscrit de jeunesse - l'écrivain devait être âgé d'une douzaine d'années - inspiré par l'affection qu'il portait à sa mère, Jeanne Proust. Ces 40 vers, tracés d'une main incertaine et titrés "A Maman - De l'amour à quatre - Farce en 1 acte", commencent ainsi :

"Ma chère

petite maman

Tu fus malade bien longtemps

Ma chère - petite maman - Enfin après 2 mois d'absence

Nous sommes revenus

Louise en était de ce jour de jouissance...", etc.

201. L.A.S., 4 pp. pleines in-8 ; (mi-juillet 1905). Papier de deuil aux bords effrangés (loin du texte). Petit cachet au chiffre de R. de Montesquiou. 15 000/20 000 F

Missive au style éblouissant, adressée au comte Robert de MONTESQUIOU qui lui a fait parvenir son Pavé Rouge, aussitôt lu et dévoré par Proust : "... Il demanda du pain et on lui en apporta en Pavé, mais les pierres lui étaient du pain (St Matthieu)... Je ne connais rien de vous écrit dans cette même liberté, cette verve, cette fringance, cette furie, cette magnificence trépidante et trépignante, et toujours noblement caracolante. On peut dire que vous l'aviez brûlé, le pavé, et

fait jaillir des étincelles

Et du feu de vos pieds

Mais ce pavé là n'est pas celui qui dallera l'enfer... [ni] même pas le pavé d'Agnès, auquel du moins elle avait trouvé le moyen de joindre un billet doux...".

Puis, plus loin, après trois lignes soigneusement censurées (par Proust ? par Montesquiou ?), l'écrivain poursuit : "... Tout cela est une merveille. Je trouve bien injuste pour Jacques Blanche. Il est vrai qu'en disant cela j'ai l'air de l'être moi-même pour Bourget, ce que je ne veux pas, toujours le terrible jeu des comparaisons dont il n'y a plus moyen de se tirer...".

Un long passage est consacré au texte écrit par Montesquiou à propos des tableaux du peintre américain John S. SARGENT : "... je n'en ai jamais vu. Mais ce que vous dites peut s'appliquer à tout un art... Et pour ce qui est personnel à Sargent, on sait tout... puisque vous redessinez chaque tableau et repeignez mieux. Ça a dû être une des dernières joies du pauvre Yturri...", l'ami et secrétaire de Montes quiou, mort deux semaines plus tôt.

Le texte de cette lettre présente quelques variantes par rapport à celui publié en 1930 (n° CLVI des "Lettres à R. de M.").

202. L.A.S., 14 pp. in-8, datée "Jeudi midi". 20 000/25 000 F

Longue et amusante lettre à Reynaldo HAHN ("Mon cher petit Reynaldo").

L'écrivain fait d'abord le pittoresque récit d'une soirée chez Madame Arman [de Caillavet] avec les Lemaire [Madeleine Lemaire et sa fille Suzette], Rosny, Montesquiou et Anatole France. "... Le soir, entre autres Morenos, Melle Gonzieu a chanté des chansons espagnoles puis Le Cimetière et d'Une Prison..." de R. Hahn. Proust vante le grand talent de la chanteuse : "... Sa voix a pris quelque chose d'âpre et de doux en même temp s, une sorte de caresse rude qui est irrésistible. Tout le monde était bouleversé...". Seules les deux Lemaire, "... comme ayant le soin de ta mémoire, et blâmant sans doute ce divertissement qu'elles n'avaient pas ordonné, regardaient fixement le piano comme Charles-Quint le tombeau de Charlemagne... Ce qui n'a pas empêché, les mélodies finies, ces deux dames de répandre sur Melle Gonzieu le miel répété d'une amabilité mensongère..." !

Les sarcasmes et la terrible faculté d'introspection de Proust se déchaînent alors sur les "dames Lemaire". C'est d'abord une allusion aux rapports de Suzette avec Mademoiselle Enstir, "... au regret des printemps morts et l'inquiétude pour les étés à venir, Révillon [le château des Lemaire] ou Dieppe..." ; puis la conversation pendant la promenade "... empilés dans la voiture où aucun de n ous trois et surtout aucune des deux dames ne pouvait se trouver bien puisqu'aucun poète n'a jamais dit dans un grenier qu'on est bien à cinquante ans, à peine Madame Lemaire eut-elle en vain essayé sur moi les trésors d'initiative amoureuse cachés dans sa dentition et m'eut-elle offert avec le blanc de son œil le jaune de ses trente-deux dents, que Mademoiselle Suzette, toutes chambres réunies comme la cour de Cassation, n'a pas laissé attendre son ar rêt à la fille Gonzieu...". Et Proust de "cafarder" tous les propos virulents des deux dames contre la chanteuse qui selon elles trahissait la musique de Reynaldo Hahn, puis d'ajouter ce qu'il répondit lui-même pour la défense de la chanteuse. Il demande pardon à Reynaldo de "... troubler de ces plaintes parisiennes votre tranquillité hambourgeoise. Mais elles viendront comme ces plaintes dont parle Baudelaire

mourir au bord de votre éternité..."

Enfin, toujours anxieux, l'écrivain demande à R. Hahn de lui rendre cette lettre à son retour, "... sans cela je croirais toujours qu'elle a été trouvée par les dames peintres. Mais ne la renvoyez pas maintenant. Vous n'auriez qu'à vous tromper d'enveloppes et à l'adresser rue de Monceau...".

203. L.A.S., 12 pp. in-8 gr.;"Nuit de Samedi à dimanche", [10.I.1920]. Enveloppe autographe. 25 000/30 000 F

Longue lettre à Jacques BOULENGER, qu'il n'a jamais rencontré ("... Je ne vous ai même jamais aperçu...") et qu'il s'efforce visiblement de séduire tout d'abord en lui écrivant plus "lisiblement" que d'habitude, ce qui est très rare et révélateur de son intérêt pour cette nouvelle relation... Proust est tellement conscient de cette anomalie qu'il se sent en devoir de préciser : "... je n'ai pas besoin de vous dire que ce n'est pas mon secrétaire qui écrit cette lettre...", ajoutant avec fausse modestie : "... elle serait joliment mieux...".

Proust propose, avec beaucoup d'urbanité, que son correspondant vienne dîner chez lui, bien que "... seul avec moi et mon secrétaire, vous vous ennueriez trop... Et puis... Céleste me répondrait que c'est trop tard, qu'elle ne trouvera plus de langouste à cette heure là, le dimanche..." ; il suggère plutôt d'aller "... vous et moi tout seuls dîner au Ritz et cela ne nous empêchera pas dans une quinzain e de dîner avec des gens...". Car son programme pour les jours à venir est déjà établi : "... Lundi, mardi et mercredi, il faut que je reste couché et... les sorties que ce repos parera seront elles-mêmes suivies d'un repos forcé. Ne soyez du reste pas trop effrayé de ce désir de vous connaître... Jusqu'à la révélation Jacques Boulenger, je voyais les gens les plus amis une fois tous les 10 ans. Vous ave z tout bouleversé. Mais mes forces ne me permettront tout de même pas de me lever très souvent. Je me levais une fois par hasard pour un dîner, pour un duel. Je n'ai pas été au Louvre depuis 20 ans...".

Il est encore longuement question de son Prix Goncourt. "... Je ne cherche qu'une chose, c'est à éclaircir. Il est vrai que ce sont des choses assez obscures... Je ne sais pas pourquoi on m'en veut tant d'avoir eu le Prix Goncourt, je ne l'ai jamais demandé ; les amis de Mr Dorgelès ne me pardonnent pas... [et] leur antipathie s'exerce d'une façon qui me chagrine...". Par exemple, le Crapouillot "... annonçait un article sur moi de M. Marx. On l'a supprimé...", etc.

Document d'un intérêt biographique et littéraire hors du commun.

204. L.A.S., 2 pp. pleines in-8 ; non datée (mais 25 oct. 1922). 30 000/40 000 F

L'une des trois dernières lettres connues de Proust, écrite à Jacques RIVIÈRE d'une main tremblante quelques jours avant sa mort, marquant la rupture entre les deux vieux amis et témoignant de l'état d'épuisement dans lequel se trouvait l'écrivain au bout de sa vie.

 

"Cher Jacques, je profite d'un intervalle de quintes... pour vous dire que, dans ce que vous m'envoyez, de Mes réveils est rien. Ce que je vous envoie d'utile est votre mise en page ; ne mettez rien des dernières lignes...". Il transcrit de courts passages de son texte afin que Rivière les place dans un ordre différent, "... Mais ne laissez pas une seule des lignes d'Eliot et ces crétineries, etc... Il faut une fin frappante...".

Le dernier paragraphe est des plus poignants : "... Et puis, Jacques, laissez un malheureux qui n'en peut plus et qui, se sentant mieux hier, a corrigé un livre entier pour Gaston [GALLIMARD] et écrit pour vous pour le prix Balzac. VOUS M'AVEZ TROMPÉ en faisant croire à des corrections dont aucune n'a été faite. LAISSEZ-MOI, ma souffrance aujourd'hui va jusqu'à la détresse. JE N'AI PLUS CONFIANCE EN VOUS..." !

Dans un post-scriptum, ajouté quelques heures plus tard, l'écrivain tente de s'excuser : "... pardonnez-moi mais on vous prend en haine quand on voit que la vie des autres, l'âme des autres n'existe pas pour vous, mais seulement dix lignes, quand même elles seraient si mauvaises qu'elles détruiraient tout...", etc.

Le 25 octobre 1922, Proust avait reçu les premières épreuves de son extrait sur Le Sommeil d'Albertine destiné à la N.R.F., auquel il avait ajouté, parce que c'était trop bref, un autre passage sur les réveils du Narrateur, intitulé "Mes réveils". Trouvant que la fin de ce dernier passage n'était pas à son goût, et oubliant qu'il n'avait pas donné à Rivière d'instructio ns pour changer cette fin, il fit à son ami des reproches d'une sévérité qui ne lui était pas coutumière. Le loyal Rivière fit arrêter les presses à Abbeville. La veille, 24 octobre, Proust avait achevé "La Prisonnière" pour l'éditeur Gallimard, et continua à travailler à la révision d'"Albertine disparue". Vers le 8 novembre, l'écrivain contracta la pneumonie qui dix jours plus tard devait l'emporter... (voir G. D. Painter : PROUST - Les années de maturité, pp. 440/443).

205. PROUST Marcel (Lettre de Jeanne Proust à) - L.A., 1 pp. in-8, datée "Mardi matin 9 h." (Evian, août 1900). 2 000/2 500 F

Peu après la publication de la seconde partie de John Ruskin, en août 1900, le docteur et Madame Proust reprenaient une fois de plus le chemin du Splendid Hôtel à Evian où Marcel allait bientôt les rejoindre. "Mon chéri, écrit-elle à son fils, j'espère que quand tu n'écris pas, c'est que tu fais des expéditions intéressantes ou agréables, ou hygiéniques. Nous sommes allés hier soir à 2 actes de Catherine de Lavedan, cela m'a semblé bien mauvais..." !

Elle parle ensuite du peintre Raffaele PONTREMOLI (qui semble être un proche d'"Alice"), ainsi que de Maître PLOYER, bien renseigné sur Vichy et sur les potins parisiens : "... Il m'a dit avec un fin sourire : Vous savez que Madame LEMAIRE va habiter la maison de J. BLANCHE ? - Eh ! bien le propriétaire ira-t-il voir sa locataire ?... On a parlé et plaisanté décorations - sujet brûlant - car il devait y prétendre c omme ancien bâtonnier...".

Jeanne Proust "... embrasse mille fois [son] cher petit..." avant de reprendre sa lettre à 11 heures pour annoncer à son fils l'arrivée de sa missive et lui conseiller de retarder son voyage à Evian : "... Ce n'est pas que notre hôtel soit brillant, mais il est comble et bruyant par suite..." !

Cet été-là, en attendant de se rendre auprès de ses parents au début du mois de septembre, Marcel Proust poursuivait ses pèlerinages ruskiniens (ces fameuses "expéditions intéressantes et agréables" dont parle ici sa mère).

. . . . . o . . . . .

206. PUCCINI Giacomo (1854-1924) Compositeur italien : La Bohème, Madame Butterfly, Tosca, etc. - L.A.S. "Giacomo", 2 pp. in-8 obl. ; (Torre del Lago, 29.IX.1910). 2 000/2 500 F

Désormais riche et célèbre grâce au succès international de ses opéras, Puccini vient en aide à sa nièce, tombée madade. "... Il Prof. Bardelli - écrit-il à sa sœur Assuntina - mi conferma ciò che mi hai scritto ; dunque Otilia può essere adesso tranquilla... Manda a dire, senza complimenti, quanto spendeste nella gita a Firenze...".

Célèbre oculiste, le professeur Lorenzo BARDELLI (1869-1942), qui fera également un carrière de sénateur, avait opéré la reine d'Italie, Marguerite de Savoie. Puccini n'avait visiblement pas regardé à la dépense pour ce qui était de la santé de la fille de sa sœur Assuntina, dont il avait pris en charge les frais.

207. RANAVALONA-MANJAKA III de Madagascar (1862-1917) Reine de 1883 à 1896, exilée ensuite à l'île de la Réunion puis en Algérie - Sa carte de visite avec six lignes autographes. Enveloppe autographe. [Alger, 2.VI.1902]. Portrait joint. Autographe peu commun. 600/800 F

"Ranavalona - Ex-Reine de Madagascar - regrette de n'avoir eu le plaisir de remercier... de vive voix pour le joli vase..." envoyé par sa correspondante à laquelle elle souhaite un bon voyage. Joint : portrait mi-buste (carte poste de 1901).

208. RENOIR Jean (1894-1979) Le plus français des cinéastes d'avant guerre, le grand maître du réalisme poétique - L.S. "Jean", 1 p. in-4 ; Beverly Hills, 11.II.1958. 2 000/2 500 F

Au cinéaste belge Charles SPAAK (1903-1975), auquel Jean Renoir avait fait recours pour La Grande Illusion (1937).

"Cher Charles : Je suis désolé de ne pas faire "Normandie-Niemen" avec toi, surtout pour une raison : c'est que notre réunion m'enchantait... Ginette m'a annoncé une séance à la Sorbonne et me demande un petit enregistrement. Je vais aller le faire... chez Clifford Odets... Je suis bien embarrassé. Les journaux américains... racontent tant d'histoires sur le bombardement du village tunisien que je me sens gêné quand il s'agit de parler d'un film de guerre...". Renoir lui recommande donc de vérifier son "... laïus avec Ginette et... [de ne pas sortir son enregistrement]... s'il semble hors de saison...".

Rappelons que lors de ses opérations en Tunisie, aux premiers temps de l'indépendance de ce pays, l'armée française, qui l'occupait, venait de bombarder (8.II.1958) le village de Sakhiet-sidi-Youssef, provoquant la mort de soixante-quinze personnes, en grande partie des réfugiés algériens. Cet épisode accéléra l'évacuation des militaires français. La nouvelle, qui venait de parvenir aux Etats-Unis, avait m is l'opinion publique en émoi.

Quant au film Normandie-Niemen, il sera réalisé en 1960 par Jean Dréville, sur un scénario de Charles Spaak.

209. RICHELIEU, Armand Jean Du Plessis, cardinal de (1585-1642) L'illustre prélat et homme d'Etat français - P.S. "Armand Eves.[que] de Luçon", 1 p. in-folio ; Luçon, 23.VI.1609. Rare, de cette époque. 4 000/5 000 F

D'abord destiné à la carrière des armes, le jeune Richelieu était devenu l'évêque de Luçon en 1607, à la suite de la renonciation de son frère. Il administra avec zèle son diocèse, comme en témoigne ce document. "... Ayant eu advis qu'en notre Seigneurie des Magnils... il y auroit une pièce de terre... maigre et innutile... Nous pour le bon proffit et utilité et augmentation du revenu de notre dite Seigneurie... icelle... baillons par ces présentes à honnorable homme André Nicou Sr de la Mellerays...", lequel se chargera de remettre la terre "... en bonne nature d'agriculture..." et paiera "... la Sixte partie des fruits y croissans par droit de terrage...". Texte de spm secrétaire Denis CHEVALIER, qui a également contresigné le document.

210. ROBERT du Var, Joseph-Pierre-Bazile, dit (1810-1852) Journaliste républicain et socialiste, disciple de Pierre Leroux. Auteur d'une Histoire de la classe ouvrière, depuis l'esclavage jusqu'au prolétaire de nos jours - Manuscrit autographe, 53 pp. in-8 et in-4 pet. ; (Paris, vers 1848 ?). Chemise d'époque. Une pièce jointe. 6 000/8 000 F

Rarissime manuscrit (la vie même de son auteur reste insaisissable pour les biographes) de l'ouvrage intitulé "Les Mystères dévoilés", resté inédit par la mort prématurée de son auteur.

Le texte principal de l'ouvrage est précédé d'une intéressante "Introduction explicative" où Robert du Var expose ses théories sur à la manière d'aborder la rédaction d'un manuscrit. "... L'élément pittoresque récréatif de ce livre ressort assez du sous-titre que nous lui avons donné - promener l'esprit du lecteur à travers mille objets, mille formes, mille costumes... M ais... l'écrivain qui ne se propose que l'amusement exclusif du lecteur n'est pas sans affinité avec le Saltimbanque. L'écrivain... doit toujours - soutient ici Robert du Var - parler au nom d'un principe quelconque qui justifie, jusqu'à un certain point, l'œuvre qu'il livre au public...". Plus loin, il conclut qu'il espère avoir "... eu une raison morale de publier les Mystères Dévoilés... [mettant] en relief la plupart des grands principes et des hautes vérités sur lesquels roule et pivote la civilisation...", etc.

Le manuscrit lui-même, dont les feuilles sont irrégulièrement numérotées, échut par héritage - comme le précise, sur la chemise d'époque, une note de "Me Lindet, notaire à Paris" - au père de l'écrivain, Joseph-Antoine ROBERT. Celui-ci, vingt-trois jours à peine après la mort de son fils, signait un contrat (ici présent) avec l'éditeur Jean-Michel LENZ : "Article premier - Mr Robert cède... les manuscrits intitulés Les Mystères dévoilés... de manière que Mr Lenz puisse les considérer comme sa propriété, les faire continuer et les éditer..." contre une "... pension viagère et alimentaire..." de 25 francs par mois.

L'ouvrage semble n'avoir jamais été terminé ni édité. Les rares renseignements biographiques sur Robert du Var que l'on possède proviennent de la Correspondance de George SAND, car c'est à ce publiciste natif de Cuers (Var) que la femme de lettres avait pensé confier en 1843 la rédaction du journal L'Eclaireur.

211. ROCHAMBEAU, Donatien de Vimeur, comte de (1755-1813) Général français. Il avait servi sous son père dans la guerre d'Indépendance américaine, puis remplacé Leclerc à la tête de l'armée de Saint-Domingue - P.A.S., 1 p. in-folio ; vers 1783/1784. 1 000/1 200 F

Le "Colonel du Rgt R.al Auvergne" Rochambeau adresse au roi Louis XVI ce "Mémoire pour un Congé" et sollicite Les "... Bontés de Sa Majesté..." en faveur du chevalier de Sourdon dont la santé est médiocre.

A son retour d'Amérique, le jeune Rochambeau avait été nommé maître de camp commandant le régiment Royal-Auvergne dont son père, le Maréchal, avait eu le commandement en 1759.

212. RODENBACH Georges (1855-1898) Poète belge, proche de Mallarmé - L.A.S., 1 p. in-8 ; "Jeudi" (vers 1886). 600/800 F

Jolie lettre à un de ses amis poètes [Catulle MENDÈS] qui vient de lui offrir son dernier ouvrage Zo'har. Rodenbach l'a lu d'un trait "... dans ma caline ville de province flamande, devant un horizon de tuiles et de clochers, et l'effet a été grand sur mon âme, au milieu de cette vie morte, d'une aussi violente et exaspérée passion. Vos amants sont superbes...", etc.

En post-scriptum, le Poète exprime le désir de savoir si Gil Blas a parlé de sa Jeunesse blanche, sa première œuvre notable parue en 1886.

213. RODOLPHE II de Habsbourg (1552-1612) Empereur germanique, roi de Hongrie et de Bohème - P.S., 1 p. in-folio obl. ; Prague, 25.IV.1594. Parchemin. En latin. Cachet au dos. Signature légère. Pièce jointe. 1 200/1 500 F

Missive officielle annonçant au souverain pontife l'arrivée prochaine à Rome du baron Franz von Dietrichstein, porte-parole de l'empereur et futur cardinal.

Joint : lettre de son frère et successeur, l'archiduc MATHIAS qui, en 1592, sollicite la bienveillance du même destinataire en faveur de l'évêque d'Albano afin que celui-ci soit élevé au cardinalat.

214. ROSSINI Gioacchino (1792-1868) Compositeur italien. Son Barbier de Séville connut un succès éclatant - L.A.S., 1 p. in-4 ; Bordeaux, 25.IV.1832. Adresse autographe et marques postales au dos. 5 000/6 000 F

Rossini, qui s'intéresse vivement à la carrière de sa correspondante, sa jeune protégée (et élève ?) le mezzo-soprano Peppina AMIGO (celle-ci chantera en 1835 au Théâtre-Italien dans la première des Puritani de Bellini), s'inquiète à propos de sa voix et espère que le choléra qui sévit à Paris soit pour elle sans conséquences. Il s'est pour sa part réfugié &a grave; Bordeaux "... colla famiglia Aguado..., paese bello e dove il Colèra non esiste..." et ne retournera dans la capitale "... che allorquando Parigi sarà libera del male. Mi figuro che andrai presto in Campagna ; mi duole al sommo di non esserti vicino, pensa sempre ai mercoledì !!! ma ciò che più mi interessa sono i tuoi progressi nella musica...".

Le compositeur prie sa jeune amie d'embrasser tendrement "Mustafa" de sa part (personnage de son opéra Une Italienne à Alger !) et de lui dire que personne ne lui porte plus d'affection que lui : "... Spero che egli è sempre buono per te, come tu sei angelica per lui...".

215. ROSTAND Edmond (1868-1918) Auteur dramatique. Son Aiglon et son Cyrano de Bergerac ont connu un succès extraordinaire - L.A.S., 1 p. in-12 ; vers 1894. Pièce jointe. 600/800 F

Au critique dramatique de L'Entracte, auteur d'un article élogieux sur "Les Romanesques", pièce du jeune Rostand que l'on venait de représenter avec succès. "... L'article est véritablement trop flatteur, et je ne l'accepte que comme encouragement généreux à un début...".

Joint : carte de visite autographe avec trois lignes au même : remerciements pour une critique favorable de son drame "La Princesse lointaine" (1895).

216. SAINT-JUST Louis Antoine Léon (1767-1794) Révolutionnaire français, membre du Comité de salut public avec Robespierre et Couthon. Comme eux, il fut guillotiné - L.S., 2 pp. in-4 ; Paris, 15.IV.1794. En-tête imprimé, avec vignette du Comité de salut public. Cachet de collection. 5 000/6 000 F

Les membres du Comité (Lazare CARNOT et Robert LINDET ont également signé la lettre) réclament d'une manière péremptoire au ministre de la Guerre les "... états exacts de toutes les opérations du Comité de remonte, de tous ses achats, de tous ses traités, du nombre des chevaux d'artillerie qu'il s'est procuré sur les lieux où ils sont rassemblés, du nombre sur lequel il compte encore, et des pa ys d'où il les auroit tirés. Tu sens la nécessité de donner les ordres les plus prompts...", etc.

En-tête, quatre lignes autographes du ministre de la Guerre J. B. BOUCHOTTE (1754-1840) donnant sa réponse.

217. SAINT-PIERRE, J. H. Bernardin de (1737-1814) Ecrivain français, disciple préféré de Jean-Jacques Rousseau, grand voyageur et précurseur du romantisme. Auteur entre autres d'un Voyage à l'isle de France et de Paul et Virginie - L.A.S. ("ton ami Bernardin"), 1 p. in-4 ; (Paris), 19.XI.1806. Adresse autographe. Cachet de collection. 3 000/4 000 F

Affectueuse lettre à sa femme, restée à Eragny-sur-Oise. L'écrivain est de retour de Mortefontaine, le château de Joseph Bonaparte créé roi de Naples quelques mois plus tôt : "... j'y ai reçu cent témoignages d'amitié. Le plus touchant est l'éloge que la Reine [Julie] y a fait de toi et de nos enfants...". Il ajoute quelques nouvelles de ses proches avant de continuer : "... Pour moi, ma ch&eg rave;re moitié, je ne vivrai que quand je te verrai. Je suis charmé que tu approuves les arrangements de la grotte. J'y deviendrai ton Télémaque et toi mon Eucharis...", la plus belle des nymphes de Calypso !

"... Ta Calypso sort d'ici, avec la nymphe Ernestine, elles m'ont pris au saut du lit pour me demander des billets pour la Séance de la réception de Mr le Cardinal Maury [à l'Académie]. Calypso profitera des deux billets que je te destine... Au reste cette séance n'est point déterminée. J'espère qu'elle aura lieu à notre retour... Je te ramène avec nos enfants... si tel est ton bon plaisir...".

"... Je compte t'embrasser demain au soir... Je te conjure de ne point te donner la peine de venir au devant de moi... Il n'y faudra pas même de lanterne, car nous avons un beau clair de lune. Je donne mille baisers à ta mère, à nos enfants chéris, pour toi je t'embrasse de tous mes sens...".

Bernardin de Saint-Pierre s'était remarié en 1800, à l'âge de 63 ans, avec Désirée de Pelleporc, une toute jeune fille de 20 ans qui le choya jusqu'à sa mort.

218. SAND George (1804-1876) Romancière française, elle fut la maîtresse de Musset et de Chopin - L.A.S., 5 pp. in-8 ; [Nohant, 27.VII.1855]. 12 000/15 000 F

Superbe lettre où George Sand répond à DELACROIX qui venait de lui faire part de sa déception après la lecture, dans La Presse, du début du grand extrait de son dernier roman. Elle promet de lui faire parvenir "... tout l'ouvrage quand il sera complet... [car il] n'est pas du genre de ceux qui peuvent plaire en feuilletons, si tant est que quelque chose puisse être lisible dépecé ainsi... Plus tard, vous me direz... Travai llez, c'est vous qui avez un monument à continuer pour l'écrasement de tous ces pygmées..." !

Elle donne ensuite un compte rendu pittoresque et humoristique de son dernier voyage en Italie consacré aux grands peintres italiens. "... J'ai revu à Gênes et à Florence les vieux maîtres... tous les Raphaël que je n'avais jamais vus. En fait de Raphaël il y en a de beaux parmi une foule d'apocryphes. J'entends par apocryphes les fresques dont il n'a fourni que les cartons et que ses élèves ont peinturluré en rouge briq ue, en jaune serin et en bleu de prusse. Ce sont justement ceux-là devant lesquels les Ingristes se pâment...". Quant aux Stanze, elles sont si noires "... qu'on y voit tout ce qu'on veut...", et George Sand a ce jugement cruel sur Raphaël : "... Son œuvre est une grande blague, et lui-même est pas mal poseur...". Elle dit par contre son immense admiration pour la Chapelle Sixtine de Michel-Ange : "... les plafonds, surtout, vous laissent une stupeur, un e terreur, un enthousiasme qui vous font en pitié regarder le reste, les Ghirlandajo, les Albane, les Salvator et tutti quanti, - mais non pas Mr Titien et autres vénitiens que l'on retrouve à Florence, ni les Rubens et les Van Dyck que l'on retrouve à Gênes...".

Les chefs-d'œuvre de Michel-Ange lui rappellent sa visite au Palais des Beaux-Arts "... devant tous ces modelages en plâtre que vous m'appreniez à voir et que notre pauvre bon CHOPIN ne voulait pas voir..." en septembre 1840. Admiration aussi pour les petits chanteurs de Luca della Robbia ; puis, de retour à Paris où elle est allée visiter l'Exposition, c'est Delacroix qu'elle admire : "... Je suis sortie de là, vous mettant toujours , sans hésitation et sans crainte d'aucune partialité, à côté des plus grands dans l'histoire de la peinture, et au-dessus, mais à deux cents mille pieds au-dessus de tous les vivants...".

En rentrant chez elle, George Sand a trouvé l'épreuve du Chapitre de ses mémoires, écrits à Nohant avant son départ. "... Je l'ai relue bien tranquillement et loin d'avoir à en retrancher... j'en aurais mis le double si je n'avais crains de vous faire assassiner. J'ai dû me faire pas mal d'ennemis dans la peinture, mais je m'en fiche pas mal aussi. J'aurais voulu aller vous embrasser, mais... je n'ai pas osé me risquer &ag rave; cette grande course. J'avais à revenir vite ici, faire en quinze jours tout un gros volume, c'est-à-dire 2 volumes in 8° de mes mémoires...", etc.

 

219. SAND George - L.A.S., 2 pp. in-8 ; Nohant, 17.XII.[1865]. Enveloppe autographe timbrée. 2 000/2 500 F

Missive au contenu énigmatique, adressée à Mercédès Lebarbier de Tinan, pour lui demander de vouloir bien remettre sa lettre au baron TAYLOR. "... Voici ma réponse à M. Taylor... vous n'avez pas d'idée de la pression morale que j'ai subie pour promettre. Mais je ne peux pas tenir. J'en mourrais...". C'est pourquoi elle charge son amie de faire parvenir son message au destinataire indiqué "... en vous priant d'en prendre copie, car si ces messieurs ne s'y rendaient pas, entre nous, je serais forcée de la publier... Je compte sur vous pour me délivrer d'un tourment affreux...", etc.

1865 avait été une année très douloureuse pour George Sand qui vit mourir son jeune compagnon Manceau ; l'année 1866 allait commencer plus sereinement, et elle écrit : "... Ma fille (!) Lina va très bien et nous attendons tous les jours notre Messie...". Ce sera une fille : Aurore, dite "Lolo".

 

220. SAND George - L.A.S., 4 pp. in-8 ; Nohant, 28.IV.1871. 12 000/15 000 F

A Gustave FLAUBERT, après la défaite et la proclamation à Paris de l'éphémère "Commune". Le caractère particulier de certaines observations faites ici par George Sand s'explique par le fait que cette étonnante lettre - qui nous renseigne aussi sur l'état d'esprit d'une grande partie de la population française face aux Communards... - se place au beau milieu d'une des plus tragiques périodes qu'ait connu l'Histoire de France.

"Non certes, je ne t'oublie pas. Je suis triste, triste, c'est à dire que je m'étourdis,... je regarde le printemps,... je m'occupe,... je cause comme si de rien n'était : mais je n'ai pas pu être seule un seul instant depuis cette laide aventure... je ne veux pas être découragée,... renier le passé et redouter l'avenir...". Plus loin, elle s'exclame : "... Pour moi, l'ignoble expérience que Paris essaie ou subit ne prouve rien contre les lois de l'éternelle progression des hommes et des choses... Il y a longtemps que j'ai accepté la patience comme on accepte le tems... la vieillesse, l'insuccès... Mais je crois que les gens de parti (sincères) doivent changer leurs formules... Je ne peux pas m'endormir sur la souffrance et même sur l'ignominie des autres. Je plains ceux qui font le mal... On plaint un oisillon tombé du nid, comment ne pas plaindre une masse de consciences to mbées dans la boue ? On souffrait moins pendant le siège par les prussiens. On aimait Paris malheureux malgré lui... aujourd'hui... on ne peut plus l'aimer... Le mépris de la France est peut-être le châtiment nécessaire de l'insigne lâcheté avec laquelle les parisiens ont subi l'émeute et ses aventuriers...".

George Sand s'inquiète de savoir comment Flaubert a retrouvé Croisset occupé par les Prussiens : "... brisé, sali, volé ? tes livres, tes bibelots... Ont-ils respecté ton nom, ton atelier de travail ? Si tu repeux y travailler, la paix se fera dans ton esprit... On ne sait plus si on n'a pas cent ans. Mes petites seules me ramènent à la notion du tems...", etc.

221. SARTRE Jean-Paul (1905-1980) Philosophe, écrivain et critique français. Prix Nobel (refusé) en 1964 - Manuscrit autographe, 1 p. in-4 ; (Paris, vers 1954). 3 000/3 500 F

Beau manuscrit, une pleine feuille raturée et corrigée, se rapportant à ses souvenirs d'enfance et ayant servi à la première version de son roman autobiographique Les Mots.

"... Dans mon joli bocal, dans mon âme, mes pensées tournaient, chacun pouvait suivre leur manège... Pourtant, sans mots, sans forme ni consistance, diluée dans cette innocence transparente, une transparente certitude gachait tout : j'étais un imposteur. Comment jouer la comédie sans savoir qu'on la joue ? Elles se dénonçaient d'elles mêmes, les claires apparences qui composaient mon personnage... Je me tournais vers les gr andes personnes, je leur demandais de me garantir mes mérites : c'était m'enfoncer dans l'imposture...", etc.

Viennent ensuite une vingtaine de lignes entièrement rayées de traits obliques ne gênant pas leur lecture, lignes renfermant un intéressant texte de souvenirs et réflexions : "... Mon grand père, la bouche ouverte... somnolait, ses lunettes tombaient... Je me précipitais pour les ramasser, il s'éveillait, m'enlevait dans ses bras. Nous filions notre grande scène d'amour : ce n'était pas ce que j'avais voulu..." , etc.

222. SKORZENY Otto (1908-1975) Officier allemand. En 1943, il commanda l'opération militaire qui libéra Mussolini, interné au Gran Sasso - P.A.S., 2 pp. in-12 obl. ; 1975. Autographe peu commun. 800/1 000 F

Pensée autographe signée ("Si les braves ne se battront plus, ce sont les lâches qui gagneront") tracée à quelques semaines de sa mort au dos d'une carte où il a signé un court résumé dactylographié de sa biographie citant déjà la parution de son livre "La Guerre inconnue", publié en 1975.

223. STANISLAS Ier Leszczynski (1677-1766) Roi de Pologne à deux reprises, il renonça à la couronne en 1738 et vécut ensuite en Lorraine, embellissant sa capitale, Nancy - L.A.S., 1 p. in-4 ; Lunéville, 5.VIII.1737. 3 000/4 000 F

Chassé par les Russes, Stanislas avait quitté la Pologne en 1736 pour aller se fixer dans le duché de Bar.

De Lunéville, il s'adresse à son "cher Evêque", Claude de SAINT-SIMON (1695-1760), évêque de Metz alors à Versailles où son cousin le mémorialiste jouait un rôle important auprès du jeune roi Louis XV. Il a été obligé de lui manquer de parole : "... C'est sur mon voyage de Metz que j'avois résolu de diférer jusqu'à vostre retour et que je me vois obligé de fai re cette semaine pour me préparer à celuy de Versailles..." ; d'autre part, le Comte de Bellisle doit "... aller en Alsace et faire plusieurs tournées...". Après ces fatigants voyages, l'ex-roi se réserve d'en entreprendre un pour le plaisir durant lequel il ne manquera pas d'aller embrasser son correspondant et lui assurer qu'il est de tout cœur son très affectionné.

224. TALLEYRAND, Charles Maurice, prince de (1754-1838) Diplomate et homme d'Etat français - L.A.S., 1/2 p. in-4 ; "8 ventose an 6" (Paris, 26.II.1798). Adresse et cachet de cire rouge. 1 800/2 000 F

Le nouveau ministre des Relations extérieures propose à l'ambassadeur de Sardaigne de différer leur rencontre : "... Demain est un jour d'audience publique ; voulez-vous permettre que notre rendez-vous soit pour primidi (premier jour de la décade, c'est-à-dire le 11 ventose = 1er mars) à une heure et demie...".

 

Le futur prince de Bénévent tentait alors de convaincre le Directoire d'envoyer une expédition en Egypte ; celle-ci allait être confiée à Bonaparte le 5 mars suivant. Quant à l'ambassadeur de Sardaigne, le comte Prospero BALBO (1762-1837), il avait sans doute de sérieuses raisons pour vouloir rencontrer Talleyrand car la France s'apprêtait à envahir le Piémont ! Il ne pourra cependant rien faire pour empêcher cette occupation et devra s'exiler pendant quatre ans en Espagne et à Florence.

225. TALLEYRAND, Charles Maurice, prince de - L.S., 1 p. in-4 ; Paris, 12.VI.1800. En-tête imprimé, avec vignette. 1 000 /1 200 F

"Le Ministre des Relations extérieures" informe le "Citoyen Peré, fils - A l'Ecole centrale du Panthéon" qu'il a reçu sa pétition par laquelle il lui exprime le désir d'être compris dans l'organisation du département des Relations extérieures qu'il dirige. Talleyrand se propose de se faire présenter le moment venu "... votre demande et les titres ou les témoignages sur lesquels vous l'aure z appuyée...".

 

226. TALLEYRAND, Charles Maurice, prince de - L.A.S., 1 p. pleine in-folio ; Munich, 1.XI.1805. 8 000/10 000 F

Importante missive écrite durant la campagne d'Autriche, adressée au prince EUGÈNE, pour lui transmettre le dernier Bulletin des opérations militaires de l'armée napoléonienne. Talleyrand se trouve encore à Munich où il a suivi l'empereur, alors que ce dernier est déjà à Ried, près de Linz.

"Monseigneur, les progrès de l'armée... retardent chaque jour de quelques heures les bulletins de ses opérations. J'eus l'honneur d'annoncer le 7 brumaire (29.X.)... que l'empereur venait de partir... Deux jours après son départ, il avait fait une marche de près de 40 lieues et se trouvait à Braunau au milieu de son armée. Je m'empresse... d'adresser... le bulletin que je viens de recevoir de son nouveau quartier gén&eacu te;ral. L'empereur jouit de la meilleure santé et continue à être parfaitement content de son armée...", etc.

Talleyrand précise en post-scriptum qu'il joint à son message "3 lettres de l'empereur" (non citées dans la "Correspondance" éditée en 1862).

A Ulm, puis à Elchingen, l'armée autrichienne avait été culbutée (15/20 octobre) ; le 13 novembre suivant, Vienne était prise et Napoléon couchait le soir même à Schönbrunn, dans le château de son ennemi...

227. VALÉRY Paul (1871-1945) Poète français. A la suite de Mallarmé, il voulut atteindre par la dialectique du son et du sens une pureté qui fut gage de durée - POÈME A.S., 1 p. in-4. 6 000/8 000 F

Titré "La Fausse Morte", ce poème de onze vers illustre parfaitement le mélange d'abstractions raffinées et de voluptés temporelles qui constituait une des facettes surprenantes du génie du Poète.

"Humblement, tendrement sur le tombeau charmant,

Sur l'insensible monument,

Que d'ombres, d'abandons, et d'amour prodiguée,

Forme ta grâce fatiguée,

Je meurs, je meurs sur toi, je tombe et je m'abats,

Mais à peine abattu sur le sépulchre bas,

Dont la close étendue aux cendres me convie,

Cette morte apparente en qui revient la vie,

Frémit, rouvre les yeux, m'illumine et me mord,

Et m'arrache toujours une nouvelle mort

Plus précieuse que la vie !"

228. VALÉRY Paul - Portrait signé à l'encre dans la marge inférieure blanche, 4° ; vers 1926. 3 000/3 500 F

Beau portrait de face, gravé par le peintre André de SZEKELY (n. 1877-m. avant 1958), lequel a également signé son œuvre.

229. VALÉRY Paul - L.A.S., 1 p. in-4 ; Nice, 28.II.[1934]. En-tête du Centre Universitaire Méditerranéen. Enveloppe autographe. 1 500/1 800 F

A Yves-Gérard LE DANTEC (1898-1958), critique littéraire et lui-même poète, qui avait sollicité la collaboration de Paul Valéry pour certaines préfaces. Ce dernier se voit dans l'obligation de refuser : "... J'ai encore sur les bras (de l'esprit) celle de l'anthologie des poètes NRF et je n'y arrive pas... Les épreuves du volume sont depuis 6 mois quelque part... D'ailleurs, je voudrais bien me délivrer des pr&eacut e;faces !...", etc.

230. VERLAINE Paul (1844-1896) Poète français dont les vers au pouvoir suggestif musical ont inspiré des compositeurs tels que Fauré, Debussy, Ravel, Stravinsky... - L.A.S., 2 1/2 pp. in-8 ; "Jeudi soir... 17 rue de la Roquette" (Paris, début avril 1883 ?). Réparations au scotch de mauvaise qualité. 4 000/5 000 F

Rare lettre au jeune Georges COURTELINE qui, avec J. Madeleine avait lancé une revue (Paris-Moderne) chez Vanier. "... J'ai été Vendredi dernier au Voltaire sans avoir le plaisir de vous y voir. Je le regrette d'autant plus qu'il va m'être difficile d'aller là aussi souvent que je le voudrais..." ; tous les jours "impairs", en effet, il est occupé à des leçons qui le fatiguent beaucoup. De plus il a "... un am i des plus malades que je visite le plus assidûment possible. Mais j'espère fermement en sa très prochaine convalescence...".

Il fera son possible pour "... aller au Voltaire un de ces lundis... jour où vous venez de préférence..." et envoie aux deux amis de son correspondant (Madeleine et Vanier ?) ses "... bien cordiales civilités...".

Verlaine ajoute un post-scriptum où il demande un exemplaire de Signal, s'excuse de son style et de son écriture : "... Je vous écris parmi trente six préoccupations désagréables à l'envi...".

Le pauvre Verlaine avait depuis peu loué avec sa mère un logement coquet rue de la Roquette et avait retrouvé un nouvel élan littéraire et de nouveaux jeunes admirateurs. Cependant, on venait de lui refuser à l'Hôtel de Ville un emploi qui l'aurait complètement stabilisé ; cet échec l'avait beaucoup affecté. Mais le coup de grâce allait lui être porté le 7 avril 1883 : après une courte ag onie, son tendre et jeune ami et élève, Lucien LETINOIS, mourait de la fièvre typhoïde. Cette double catastrophe, c'est plus qu'il n'en pouvait supporter et une dépression nerveuse commença à l'anéantir... Par bonheur, il venait de donner à Lutèce une étude sur Mallarmé, Corbière et Rimbaud qui, réimprimée chez Vanier sous forme de plaquette ("Les Poètes maudits") allait rencontrer un succ ès immédiat.

231. VERNE Jules (1828-1905) Ecrivain français. Son roman Cinq semaines en ballon, publié par Hetzel en 1863 et très apprécié du public, fut le premier de la série des Voyages extraordinaires - L.A.S., 3/4 p. in-8 ; (Paris), 16.XI.1875. Fentes restaurées aux plis. 6 000/8 000 F

Ce n'est qu'en 1873 que l'on commença à traduire et à éditer en Allemagne les œuvres de Verne.

A la suite d'une longue L.A.S. de 3 1/4 pp. de l'éditeur Jules HETZEL (1814-1886), l'écrivain adresse ses chaleureux remerciements au libraire-éditeur Johann-Jakob WEBER (1803-1880), propriétaire d'un journal illustré de Leipzig (Die illustrierte Zeitung) dans lequel vient de paraître un article sur lui plutôt flatteur dont l'auteur, que Verne remercie aussi, est le suisse Johann-Jakob HONEGGER (1825-1896), professeur de littérature &a grave; Zurich ayant récemment publié en Allemagne une Histoire critique de la littérature française.

Hetzel précise que cette missive "... est la première que je me sois décidé à écrire en Allemagne depuis 1870. Je vous devais de faire exception pour vous. Mais de mon cœur serré, rien ne pouvait sortir qui allait de ce côté...". Il a pris connaissance de l'article concernant VERNE et "... cette lecture m'a touché. Elle a touché Verne aussi... Je voulais, vous rappelez-vous... dès les d&eacut e;buts de cet écrivain, que vous le fissiez traduire. J'étais sûr de l'avenir de son œuvre. Il eut aidé grandement au succès de votre journal... et le Verne Complet... eut été une bonne affaire pour votre maison et... j'aurois été heureux de le voir...".

"... Le vieux Weber va-t-il écrire au vieux Hetzel... ? Mes affaires vont bien. Je laisserai à mon fils... associé fidèle, habile et sûr depuis sept ans, une Maison solide, excellente. Je pourrais ajouter, riche... Nous serions heureux si 1870 et ses conséquences pouvoient être effacées de nos cœurs français et alsaciens tous ensemble...".

Rappelons que J.-J. Weber était né à Bâle, en Suisse et que sur l'autre rive du Rhin se trouvait l'Alsace sous domination allemande depuis 1871...

Document hors du commun réunissant les autographes du grand éditeur et de son plus prestigieux auteur.

232. VIOLLET-LE-DUC Eugène (1814-1879) Architecte et théoricien français, chargé de la restauration de nombreux monuments anciens - L.A.S., 1 p. in-8 ; Paris, 18.XII.1849. En-tête : Cathédrale de Paris - Travaux de Restauration. Adresse autographe. 500/800 F

Au peintre et statuaire Auguste DEBAY (1804-1865). "... La chapelle où doit être élevé le tombeau de Mgneur AFFRE est à votre disposition et la porte qui donne dans cette chapelle dans le chœur de la cathédrale est posée...", etc.

Archevêque de Paris pendant les journées de juin 1848, Denis AFFRE (1793-1848) avait tenté d'empêcher une effusion de sang et fut tué par méprise devant la barricade du faubourg Saint-Antoine. Un mausolée, commissionné à Debay, fut effectivement érigé à sa mémoire à Notre-Dame.

233. VOLTAIRE, François Marie Arouet, dit (1694-1778) Ecrivain et philosophe français, ami et correspondant de Frédéric II de Prusse - L.A.S. (initiale), 2 1/2 pp. in-4 ; Potsdam, 6.IX.1752. 12 000/15 000 F

Depuis deux ans, Voltaire est l'hôte du roi de Prusse et consacre son temps libre à écrire des ouvrages historiques, notamment son célèbre "Siècle de Louis XIV".

Cette très intéressante missive, adressée à son éditeur Georg Conrad WALTHER, témoigne de la précision que mettait l'écrivain à se documenter. Il sollicite l'envoi de plusieurs ouvrages. "... J'attends le livre italien... Je veux le confronter avec La Guerre de 1741. Cela est absolument nécessaire. Je vous conseille d'imprimer une nouvelle tragédie intitulée Amélie ou le Duc de Foix... Il pourr ait très bien arriver qu'on la volast, et qu'on la défigurât, comme on a fait la tragédie de Rome sauvée... Vous pourez l'imprimer à part, et la joindre ensuitte à mes œuvres...". Puis, plus loin : "... Vous savez qu'on a encore imprimé sous mon nom une partie d'une Histoire universelle encor plus tronquée et plus méconnaissable que la tragédie... On me vole, on m'imprime de tous côtéz..." ! Ceci l'oblige à éditer lui-même une Histoire allant de Charlemagne à Louis XIV : "... C'est un ouvrage dans le goust de ce Siècle que vous imprimez... Mais pour achever tous ces travaux, il me faut des livres, et j'en manque...". Aussi, Voltaire demande-t-il le dictionnaire de BAYLE, des Histoires de ROLLIN, LA MARTINIÈRE, MARSILLY, du père BARRE, etc. "... Cherchez je vous en prie tous ces ouvrages dont je ne peux me passer... Il faut que vous me procuriez les moyens de vous obliger..." !

Quatre mois plus tard (1.I.1753), Voltaire, demandant son congé de Frédéric II, lui renvoyait sa clé de chambellan et son cordon de l'Ordre, accompagnant le tout d'un quatrain fameux : "Je les reçus avec tendresse - Je vous les rends avec douleur...". Le 26 mars, il quittait la Prusse et son roi qui ne lui faisait plus confiance.

234. WAGNER Richard (1813-1883) Le grand compositeur allemand - L.A.S., 1 1/2 pp. in-8 face à face ; (Paris), 29.XII.1860. En français. 20 000/25 000 F

A propos de ses représentations parisiennes. "... Je ne comprends pas grand chose de la lettre du vieux Normand... Je n'ai pas vendu les billets extraordinaires de mes premières 6 représentations ; personne ne m'a pas encore [demandé ?] ces billets...". Wagner note que la seule chose que ce Monsieur a faite, c'est de signer "... un simple ordre à M. Porcher, d'émettre mes billets de droit d'auteur...". Il semblerait en effet qu e d'autres entrées gratuites aient été distribuées, mais plutôt comme "... une faveur spéciale de la part de l'Opéra...", etc.

Wagner était arrivé à Paris le 15 septembre 1859 avec l'espoir d'y faire représenter son Tannh-user. Les trois premiers concerts donnés en janvier et février 1860 lui avaient procuré un... déficit dépassant les dix-mille francs. Le 24 septembre 1860, il avait enfin commencé les répétitions du Tannh-user qu'il continuait cependant à remanier... Ainsi la version parisienne de cet opéra ne sera- t-elle créée que le 13 mars 1861, après 164 répétitions !

L'aventure parisienne de Wagner se révèlera être un fiasco total : manœuvré par la clique adversaire, le public bouda ses œuvres. Voilà probablement pourquoi même cette histoire de billets, distribués comme "... une faveur spéciale de la part de l'Opéra...", ne plaisait pas du tout au compositeur, notamment après qu'une protestation contre la "musique de l'avenir" des Néo-Allemands Wagner et Lis zt avait commencé à se propager dans Paris dès décembre 1860, précisément à l'époque où fut écrite cette lettre.

235. YOUSSOUPOFF Félix (1887-1967) Prince russe, meurtrier de Raspoutine en 1916 - L.A.S. "Félix", 2 pp. in-8 ; Pau, 19.VII.1947. Enveloppe autographe. 2 000/2 500 F

Etonnante missive où il fait un méchant portrait d'Evita PERON. "... Jugeant par les journaux et les photos, la Souveraine argentine est une vraie grue décharnée et la réception aux tomates elle l'a bien méritée. Son plus grand succès est dû à la vulgarité de notre époque. Croyez-moi que tout cela va changer car un faux diamant n'aura jamais l'éclat d'un vrai. On ne peut vivre éternelleme nt dans l'ersatz..." ! Il est toujours désargenté et, craignant de ne pouvoir trouver "... les fonds nécessaires pour dégager la perle..." d'ici à deux mois et demi, sa situation deviendra tragique, etc.

Les tendances homosexuelles de Félix Youssoupoff étaient célèbres à la cour de Russie. Le Prince, qui avait un faible pour les bijoux et aimait, dans sa jeunesse, se rendre aux soirées huppées de Saint-Pétersbourg déguisé en femme, avait d'ailleurs rencontré quelques obstacles au moment d'épouser la grande-duchesse Irène de Russie.

236. ZOLA Emile (1840-1902) Ecrivain français, chef de file des romanciers naturalistes - L.A.S. sur carte in-24 ; vers 1898/1899. 1 000/1 200 F

Douze lignes pour sa "bonne Georgette" (?), tracées au recto/verso de sa carte de visite portant l'adresse de la "Rue de Bruxelles, 21 bis" où les Zola avaient emménagé en septembre 1889, quelques jours seulement avant la naissance de Denise, fille du romancier et de Jeanne Rozerot, la jeune lingère.

"... Il ne faut pas te mettre en rage - écrit Zola au moment où il est attaqué de toutes parts pour avoir pris la défense du commandant Dreyfus -, il faut au contraire rêver de paix et de concorde. Merci pour ta chère tendresse... Je suis soutenu par la pensée de tous ceux qui veulent bien m'aimer. Je t'embrasse...", etc

 

 

 

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IMPORTANT ENSEMBLE D'AUTOGRAPHES

LETTRES ET DOCUMENTS

Historiques Littéraires Artistiques Scientifiques

Collection Pierre PRUVOST - Deuxième partie

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LOUIS XIV : Précieux manuscrit militaire de 5 pages du 23 mai 1672

NAPOLÉON Ier : Ordres avant la bataille de la Moskova en 1812

CÉLINE : 25 lettres sur son œuvre et son procès

PROUST : Plusieurs lettres à R. Hahn, Montesquiou, J. Boulanger, Princesse Soutzo, Rivière ainsi qu'une lettre-poème à sa mère

Lettres et documents d'Anne d'Autriche, de la famille Bonaparte, de Bugeaud (sur la répression de 1848), Catherine de Médicis, Charles IX, Cinq-Mars, Grand Condé, Fersen, Fouquet, Guise le Balafré, Henri II, III et IV (importante lettre autographe signée au Duc de Montpensier), Louis XII, XIV, XV (lettre autographe au Prince de Lamballe), Louis XVI et Marie-Antoinette, les sœurs Mancini, Marie-Louise, Mazarin, Mirabeau, Murat, Napoléon I et III, N ey, Pétain, Cardinal de Richelieu, Rochambeau, St-Just, Talleyrand (superbe lettre autographe signée au Prince Eugène), etc.

Lettres et manuscrits d'Apollinaire (poème et important manuscrit autographe), Aragon (manuscrit autographe signé), Barbey d'Aurevilly, Chapelain (1664), Chateaubriand (plusieurs, dont lettre et document sur son discours de réception à l'Académie, censuré par Napoléon Ier), Cocteau (manuscrit sur Paris), Colette, Dumas fils (importante correspondance avec l'éditeur H. Souverain, env. 80 lettres), Eluard (poème et lettre), Flau bert (à Louise Colet et à Feydeau), Anatole France (partie du manuscrit autographe de Crainquebille), Florian, Gide (d'Alger, entre autres), Victor Hugo, Adèle et Juliette Drouet, Lamartine (correspondance d'environ 50 lettres à H. Souverain), Léautaud, Maupassant, Mérimée, Musset (manuscrit autographe, esquisses d'une pièce), Piron (sur le peintre Fr. Boucher, 1746), Proudhon (sur La guerre et la paix, ainsi que sa dernière lettre connue, 1865) , B. de Saint-Pierre (lettre d'amour à sa femme), George Sand (à Delacroix et à Flaubert), Sartre, Valéry (lettres et poème), Verlaine, Verne (avec Hetzel), Voltaire, Zola.

Et encore : Le Corbusier (manuscrit autographe avec dessins relatifs aux constructions qu'il fit bâtir à Pessac), Pissarro, Monet, Kisling, André Lhote (manuscrit sur l'évolution de sa peinture), l'alpiniste Jacques Balmat, Louis de Broglie (sur la mécanique ondulatoire), De l'Isle, Gounod, Massenet, Puccini, Rossini, Wagner, etc.

 

EXPERT

Renato SAGGIORI

Librairie L'AUTOGRAPHE S.A.

1, rue des Barrières CH-1204 GENÈVE (Suisse)

Tél. (+ 41 - 22) 348 77 55 - Fax : (+ 41 - 22) 349 86 74

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